****SHAFFER MARY A., ANNIE BARROWS, LE CERCLE LITTÉRAIRE DES AMATEURS D'ÉPLUCHURES DE PATATES
24/03/2011 13:20 par livresentete
SHAFFER MARY ANN, ANNIE BARROWS
LE CERCLE LITTÉRAIRE DES AMATEURS D’ÉPLUCHURES DE PATATES,
Un moment de lecture sympathique
« Sous forme de correspondances, Mary Ann Shaffer et sa nièce Annie Barrows nous narre les aventures de Juliet, jeune femme drôle et pleine d’entrain. Celle-ci va correspondre quelques mois avec ses nouveaux amis de Guernesey avant de s’y rendre.
L’idée de construire un roman à travers une correspondance entre plusieurs personnes est inhabituelle. Par contre, bien que cela ne m’ait pas gêné, le style de chaque correspondant est identique. Il est difficile de distinguer les différents protagonistes. Il y en a parfois tellement qui n’interviennent qu’une ou deux fois qu’à certains moment, je me suis sentie un peu perdue entre les « vies » des habitants de Guernesey.
Divisée en deux parties, ce roman est agréable à lire et les personnages, attachants (y compris Adelaïde, femme aigrie qui se fait un devoir de dénoncer les pratiques de ses semblables). J’ai beaucoup aimé Isola, une vieille fille excentrique et très ouverte aux autres. Juliet est amusante et son regard sur ce qui l’entoure se ressent. Il y a donc beaucoup de bonne humeur et de vie dans ce qu’elle peut raconter à travers ses lettres. J’ai également apprécié le fait que les auteurs ont su rendre si vivante le personnage d’Élisabeth à travers ce que les autres habitants disent ou écrivent sur elle alors qu’elle est le personnage absent de cette histoire.
Quand à l'île de Guernesey respire le bien-être et on se laisse facilement transporter sur cette île. En ouvrant les pages de ce roman et notamment la deuxième partie, une impression d’être en vacances se faisait sentir. On embarquerait facilement sur un bateau pour partir y vivre !
Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates est un bouillon d’humanité dans le contexte de la reconstruction entre les souvenirs douloureux et une envie de rebâtir. Un moment de lecture agréable. »source :www.critiqueslibres.com
« Ce livre est un bon mélange d'éléments:
Un roman épistolaire, mais dont la lecture n'est pas fastidieuse.
Un roman avec des références historiques.
Un roman de filles, avec des papotages, des ragots.
Un roman d'amour, un peu mais pas trop.
Un roman humoristique.
Un roman sur les livres et la lecture en générale.
J'ai apprécié la lecture de ce livre. Je ne le relirai pas plusieurs fois, mais j'ai été contente de succomber à son titre accrocheur et à sa couverture attrayante. Les échanges de lettres m'ont fait sourire. Les bavardages à la fois sérieux et amicaux s'enchainent sur un ton léger.
Comme un autre des critiques, j'ai été étonnée des délais d'envoi des courriers. Ils se suivent très rapidement. Réaliste ou pas ?
Livre à conseiller, sans hésitation.
Kik (Rennes,26 ans) - 7 janvier 2011
Source :www.critiqueslibres.com
Personnellement j’ai bien apprécié la lecture de ce roman contruit de façon inhabituelle sous forne de correspondance entre personnes inconnues dans une période précise, celle du la dernière guerre mondiale. Au début j’ai trouvé ardu de me souvenir de tous ces personnages en majorité féminins et quelques-uns masculins. Finalement une fois cet effort fourni j’ai pris plaisir à découvrir des êtres à la recherche d’identité, d’amitié, d’un désir intense de prendre contact avec des personnes pouvant partager une autre réalité que celle de la guerre d’où le prétexe de ce cercle littéraire qui se voulait de rapprocher des gens isolés.
Le style est fluide mais rapide, parfois des lettres très rapprochées ne serait-ce que d’un jour malgré les difficultés du service postal de l’époque. Le tout est sympathique et nous donne le goût de connaître ces personnes plus profondement et de leur rendre visite. Roman original, une approche humaine très louable et réussie.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
"L'art de lire c'est l'art de penser avec un peu d'aide." inconnu
SHAN SA
LA CITHARE NUE, Albin Michel, 2010, 325 pages
L'impuissance d'une femme
« En l’an 400, dans la plaine du Milieu en Chine, une jeune fiancée issue de la noblesse des Hautes Portes est enlevée par le capitaine Liu de l’armée impériale saccageant la ville. Malgré ses origines de paysan très pauvre, celui qui est devenu son époux grimpe petit à petit les échelons militaires à force de manigances et de complots. Pendant qu’il mène combat sur combat, la Jeune Mère est laissée à elle-même avec pour seules tâches l’éducation de ses deux enfants, une fille et enfin un fils tant attendu, ainsi que la construction et l’embellissement de leur demeure. Elle se résigne à attendre, parfois des années, les retours de son mari, cloîtrée chez elle.
En l’an 581, dans le royaume du sud du Yangzi, Shen Feng est un jeune apprenti luthier timide et sans le sou, qui rêve de trouver une femme. Un ami voleur le pousse à l’aider à violer la tombe supposée d’une impératrice.
Ces deux récits sont contés en parallèle et finissent par s’entremêler...
Dans l’ensemble, ce livre est original et intéressant. On y apprend beaucoup de choses sur la Chine et ses temps d’incertitude barbares. Même si je trouve que le rythme de l’histoire est parfois inégal, l’écriture de Shan Sa est toujours remarquable. La vacuité de la vie de la Jeune Mère et son impuissance révoltent. La violence des conflits incessants entre le nord et le sud, les trahisons au sein du pouvoir sont écoeurantes. Shen Feng, par contre, est attendrissant. Mais la fin devient totalement délirante et donne une impression de queue de boudin à l’eau de rose et pseudo-poétique. »
source : www.critiqueslibres.com
Roman historico-poétique dans le style coloré et philosophique de Shan Sa qui nous porte à réflexion sur les différentes réalités de ce monde aux mains des dominants et cela depuis des millénaires : le pouvoir passe mais les arts demeurent, restent un souflle de vie, de bonheur pour le peuple assujetti. GiL
« Les dignitaires de la dynastie se livrent entre eux des combats sournois. Une tuerie entraînant d’autres tueries, les troubles ne cesseront plus. Quel est ce désir farouche de posséder, se s’imposer, de monter en grade, de siéger près de l’empereur, à la place de l’empereur? page 125
« Deux bras forts la saisissent alors qu’il roule sur elle. Joue contre joue, poitrine contre poitrine, il se glisse sous sa peau, dans sa respiration. Il prend racine dans sa chair et puise sa force en elle. » page 126
« La Mère est lasse de tant de beauté. Fleurs er arbres concourent à lui plaire, soufflant des parfums subtils. Elle les contemple avec un pincement au cœur. La beauté lui rappelle que les jours s’enfuient, que son printemps achève. »page 194
« Les années de bonne récolte, on laisse aux paysans juste de quoi survivre. Les années de mauvaises récoltes, à défaut de payer l’impôt, ils sont arrêtés et deviennent esclaves sur les chantiers impériaux. » page 249
« Les vivants partagent leur espace vital avec les morts, les esprits, les dragons, les demi-dieux, les êtres célestes. » page 302
Les récits se déroulent sur deux époques où s’entrecroisent les personnages principaux que sont la jeune Mère an 401 et le jeune luthier Shen Feng an 581. On ne peut rester indifférents à tant de beauté, d’amour face au pouvoir et à la haine.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Shan Sa, connue pour son magnifique roman, La joueuse de go vient de publier en juin 2010 aux éditions Albin Michel, un roman captivant au titre étrange: La cithare nue.
Un livre où la musique est le personnage principal et le trait d'union entre les deux personnages dont on suivra la vie mouvementée en huit chapitres alternés. Ils vivent à cent cinquante ans d'écart .
La femme, fille des Hautes Portes, descendante illustre d'un clan est joueuse de cithare, musicienne d'exception, elle joue divinement sur l'instrument de la poétesse Cai Yan. Elle deviendra l'otage d'un chef de guerre de basse extraction, sa femme, la mère de ses enfants, puis son époux gravissant tous les grades, femme du gouverneur, puis impératrice de la dynastie Song. Son époux mort, elle choisit la voie de la pauvreté et de la méditation.
Lui, Shen Feng, est luthier, enfant trouvé, élevé par un facteur de cithare d'exception. Le jeune Shen Feng cherche un bois millénaire pour fabriquer une cithare à sept cordes capable de rivaliser en qualité avec la cithare mythique de la poétesse Cai Yan. Voulant honorer une dette d'honneur envers son ami Shu Bao en l'aidant à s'enfuir avec de l'argent pour vivre, il l'accompagne dans sa recherche de trésors enfouis et profane un tombeau du monastère de La grande Compassion. Ils ne ramèneront rien si ce n'est le couvercle de bois du sarcophage, bois précieux pour fabriquer une cithare. Mais il faut au minimum "deux ans pour traiter le bois, six mois pour le sculpter" et le temps presse! Shen Feng reste seul avec la planche. Il la cache, la polit, la découvre, dort contre elle, la façonne. Alors, il connait l'amour: une femme lui apparait, l'enlace. Le fantôme lui parle: "je ne suis pas une femme ordinaire qui garde en elle les émotions des mortelles. Je parcours la terre à la poursuite de la lune. Je murmure avec la forêt. Je suis dans le rêve des oiseaux, dans la respiration des fauves qui chassent. Toi, tu me plais, et pour toi, je veux faire des miracles. toi, l'enfant abandonné, je t'offrirai le printemps éternel..." La cithare prend forme humaine. La musique, par cette allégorie, est élevée au sublime. Rien, du monde réel, concret, ne peut lui être comparé. Elle crée des mondes, abolit l'espace et le temps, ouvre la porte à tous les rêves, transforme les êtres, même les plus frustres, comme Liu, le guerrier.
La poésie est la toile de fond de ce roman, Les images délicates, l'évocation du raffinement de la vie de la cour des Hautes Portes ou le faste de la cour impériale, de la Cité Interdite enchantent . On se perd dans les corridors, les chambres secrètes, on partage la vie du quartier des épouses et concubines. L'auteur restitue la saveur des mets ou des toilettes compliquées, le bruit des sandales de bois sculpté qui frappent les dalles de marbre, donne à entendre la subtile mélodie des cordes de la cithare, à voir les tableaux qu'elle compose. "Sur le tableau, sans fin le fleuve Yangzi s'allonge et la montagne Force du Nord étend ses sommets et ses vallées.Les toits dorés des temples flottent dans les nuages.Sur un sentier abrupt, la jeune Mère ajoute un jeune homme vêtu d'une tunique blanche. Il porte sur son dos une cithare ..." Elle nous fait suivre le tracé léger du pinceau en poils d'écureuil sur la soie fine. On pourrait presque sentir aussi, comme sous les doigts du luthier, la chaleur du bois précieux, suivre les veines colorées et entendre sa résonance sous l'ongle qui le frappe.
Et pourtant!....
Le roman commence dans le sang et la tourmente, en l'an 400, baigne dans le sang et les carnages, se termine dans le sang et la mort en 444.
La Chine se déchire dans des combats incessants entre le nord et le sud au cinquième siècle, sous la dynastie Jin de l'Est puis à partir de l'an 420 sous la dynastie Song. Les frontières ne cessent d'être l'objet des convoitises autour du fleuve Yangzi: le sang coule à flots, la barbarie, les pillages, les incendies, les tueries incessantes font le quotidien. La lutte pour le pouvoir ne connaît pas de morale, les crimes fratricides ou les trahisons ne connaissent pas de trève...ou si courtes!
En l'an 581, celui de l'histoire de Shen Feng, la barbarie a toujours cours et les arts de la poésie et de la musique ne sont plus qu'un vague souvenir. On tue sans scrupule et les exécutions publiques sont un spectacle de choix auquel accourt la ville entière
La reconstruction de cette histoire compliquée et mouvementée est traitée par Shan Sa avec autant de poésie que l'histoire d'amour et le raffinement des arts qui parcourent le roman. Cette histoire de crimes atroces devient un poème épique, aux dimensions du mythe et la cithare elle même se met au service de la guerre.
Le dernier chapitre, le neuvième, très court, se passe au XXIème siècle. Rencontre du monde ancien et du nouveau au coeur de la musique...
Il est parfois difficile de suivre l'Histoire de la Chine médiévale et de s'y retrouver dans les noms des personnages, distincts à un accent près..., de se souvenir des consonances étranges, de comprendre les subtilités de l'art mélodique de la musique chinoise traditionnelle, mais je trouve, pour ma part, que cet obstacle de la langue et de la civilisation est un charme supplémentaire dans la lecture de ce roman. Qu'en serait-il de la construction de cet univers onirique et particulièrement "exotique" de l'Empire du Milieu pour des Occidentaux pragmatiques si la magie du langage et la poésie de ses métaphores ne la soutenaient?
Un bien beau roman, à savourer avec lenteur et délectation... »
Source : www.les plaisirsdemimi.over-blog.com
CONNELLY Michael
DEUIL INTERDIT, Seuil, 2005, 456 pages
Résumé de "Deuil Interdit"
« Dans la Los Angeles de l'été 1968, une jeune fille de 16 ans, Becky Verloren, est enlevée chez elle, puis retrouvée morte quelques jours plus tard. Elle a été tuée d'une seule balle tirée en pleine poitrine. Tout fait penser à un suicide et si les premiers enquêteurs ont, eux, songé à un meutre, personne n'a jamais été arrêté. Dix huit ans plus tard, l'inspecteur Harry Bosch qui vient de réintégrer la police de Los Angeles après trois ans de retraite, reçoit les résultats d'une analyse ADN qui remet toute l'affaire Lire la suiteen branle.
Superbe reconstitution d'une affaire ancienne qui a vu une jeune métisse de 16 ans se faire enlever chez elle puis tuer par des individus qui, bénéficiant de très hautes protections, n'ont jamais été inquiétées. Auteur du Poête, Créance de sang, L'Oiseau des ténèbres, Lumière Morte, Los Angeles River, entre autres ouvrages publiés dans la collection Seuil Policiers, Michael Connelly est président de la Mystery Writers of America et a reçu tous les plus grands prix internationaux décernés aux auteurs de romans policiers. Il partage son temps entre la Floride et Los Angeles, sa ville fétiche. »
Source :www.chapitre.com
Présentation de l'éditeur
« Dans la Los Angeles de l'été 1988, une jeune fille de 16 ans, Becky Verloren, est enlevée chez elle, puis retrouvée quelques jours plus tard, une balle tirée en pleine poitrine. Tout fait penser à un suicide et si les premiers enquêteurs ont, eux, songé à un meurtre, personne n'a jamais été arrêté. Dix-huit ans plus tard, l'inspecteur Harry Bosch, qui vient de réintégrer le LAPD après trois ans de retraite, reçoit les résultats d'une analyse d'ADN qui remet l'affaire en selle. Et, plus ennuyeux pour lui qui doit se tenir à carreau s'il ne veut pas se retrouver définitivement hors course : avec ces résultats, ce sont les premières menaces qui arrivent. Colère, douleur et surtout danger, l'enquête prend vite des allures de cauchemar.
Une autre enquête de Harry Bosch, le célèbre enquêteur de Michael Connelly. L'enquête tourne en résumé sur un meurtre dans les années 88. Connelly nous entraîne donc une enquête bien structurée et assez intéressante. »source :www.critiqueslibres.com
Très bon polar de Connelly. Le rythme est lent, nous tient constamment en haleine en découvrant élément par élément toute la reconstitution de ce drame raciste. Les personnages sont authentiques par leur psychologie, leur convictions, leur milieu de vie autant que par leur drame personnel. Cette tragédie raciale révèle les raisons profondes, sociales, économiques, culturelles qui se cachent profondément en chacun des protagonistes de cette époque donnée. L’auteur nous dévoile comment des pressions racistes, la colère, la douleur, la haine, peuvent conduire à de pareils cauchemars.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
DESPENTES Virginie
APOCALYPSE BÉBÉ, Grasset, 2010, 342 pages
Un roman inclassable, mais fort...
« Lucie est une jeune détective privée qui doit surveiller Valentine une ado fragile en rupture de lycée que son père et sa grand-mère soupçonnent de mener une double vie. Mais un jour elle la perd dans le métro, provoquant la colère de ses commanditaires qui exigent qu'elle la retrouve illico. Lucie, aidée de La Hyène, une privée lesbienne aussi étrange que violente, se lance sur ses traces en cherchant des indices auprès de tous ceux qui l'ont fréquentée, ses amis, ses rencontres d'un soir, mais aussi sa mère qui l'a laissée à son père alors qu'elle n'était qu'un bébé. Les deux femmes vont faire bien des découvertes au cours d'une enquête qui les mènera de Paris à Barcelone. Retrouveront-elles vivante la petite fille riche égarée ?
« Apocalypse bébé » est un roman assez inclassable, à la limite de plusieurs genres. A la fois polar noir et thriller, il fait également la part belle à la satire sociale et à la romance sentimentale homosexuelle. Despentes s'étend assez lourdement sur les bonheurs incomparables du sexe entre lesbiennes ce qui peut finir par lasser.
Au niveau de l'intrigue, c'est assez léger et le lecteur sent bien que le côté policier est plus un prétexte qu'autre chose d'autant plus que la fin, qui explicite le titre du bouquin, est plus qu'improbable. Si l'on ajoute un style approximatif assez proche du premier jet (coquilles, erreur dans les noms de personnages, phrases mal équilibrées et utilisation de la première puis de la troisième personne du singulier aux moments les plus incongrus ce qui ne peut en aucun cas passer pour un effet de style), l'ensemble pourrait sembler assez faible s'il n'y avait l'humour, l'ironie, le regard intelligent et plein de finesse d'une auteure qui est d'abord et avant tout une observatrice impitoyable des travers d'une société qu'elle passe au vitriol et au scalpel de sa plume véhémente. Et rien que pour ça, il faut lire ce bouquin car il recèle des fulgurances remarquables de justesse. (Un exemple: « Les gens bien nés se reconnaissent à l'odeur, et repèrent les intrus de la même façon. ») » source : www.critiqueslibres.com
Roman moderne
"Apocalypse bébé, c’est le déroulement de l’enquête d’une détective et de son acolyte parties à la recherche d’une ado disparue. Leurs recherches les amènent sur la piste d’une foule de personnages, que l’auteure place tour à tour sous ses projecteurs pour l’espace d’un chapitre. Le récit alterne donc entre le déroulement de l’enquête de Lucie et la Hyène et les histoires de ces multiples personnages, qui sont plus originales les unes que les autres. C’est ainsi que l’histoire de Valentine est graduellement reconstituée à travers les récits des gens qui l'ont côtoyée.
La formule n’est peut-être pas nouvelle, mais elle est efficace et je trouve que l'auteure a très bien su en tirer profit. Un nouveau personnage à mettre en scène, c’est une nouvelle histoire à raconter à l’intérieur de celle qui court déjà le roman et loin de créer un effet "nouvelles", j’ai trouvé que le résultat était prenant. J’ai aussi beaucoup aimé le style de Virginie Despentes. Les images qu’elle prend pour illustrer ses idées, les remarques pleines de vérité placées juste au bon endroit, sa façon de décrire les personnages et de parler pour eux sans que ça ne sonne jamais faux… C’est aussi un roman moderne; des romances lesbiennes sont décrites sans tabous, Facebook, Twitter et Myspace font tous partie de l’enquête, etc. C’est un peu le portrait de notre époque, avec tout ce qui la caractérise.
Il y a par contre ces petites coquilles qui rendent certaines phrases plus difficiles à comprendre, et l’abondance d’expressions françaises m’a aussi un peu agacée parce que je ne les saisis pas toujours. Et puis, moi non plus je n’ai pas vraiment aimé la fin. Dommage, parce que tout me semblait mis en place pour boucler la boucle... »
Gabri, lecteur, source :www.critiqueslibres.com
Par l’éditeur : » Valentine disparue… »Qui la cherche vraiment? Entre satire sociale, polar contemporain et romance lesbienne, le nouveau roman de Virginie DESPENTES est un road-book qui promène le lecteur entre Paris et Barcelone, sur les traces de tous ceux qui ont connu Valentine, l’adolescente égarée…Les différents personnages se croisent sans forcément se rencontrer, et finissent par composer, sur un ton tendre et puissant, le portrait d’une époque. »
Un roman spécial avec un style spécial avec des héroïnes spéciales. On n’aime pas ou on craque. Ce roman frappe par sa modernité, sa marginalité, son style puncheur.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
GRISHAM John
LA DERNIÈRE RÉCOLTE, Robert Laffont, 2002, 362 pages
Le coton du désespoir
"John Grisham, l'auteur américain le plus au monde, maître incontesté du thriller juridique, change ici de registre en nous proposant un roman rural, inspiré de sa propre enfance, dont l'histoire se situe en Arkansas dans les années 50.
C'est l'histoire d'une famille de fermiers pauvres qui n'ont pour seule ressource que quelques champs pour cultiver le coton et survivre. Car c'est bien de survie qu'il s'agit : travail harassant, journées interminables, météo capricieuse, conflits entre saisonniers, l'inquiétude reste permanente chez les Chandler.
Grisham choisit comme narrateur un jeune garçon, Luke, qui décrit l'arrivée des saisonniers pour la récolte du coton, "ceux des collines" et une bande d'ouvriers mexicains en septembre 1952 et dont la vente permettra de rembourser les dettes familiales et préparer la saison suivante. Seules distractions de cette famille, l'office religieux du dimanche et leur passion pour leur équipe fétiche de base-ball des Cardinals de Saint-Louis, dont ils suivent les matches à la radio. On retiendra le drame quotidien de cette famille américaine qui use sa vie pour une récolte misérable, dont les parents du petit Luke se décideront quand même à quitter pour tenter de trouver un nouvel élan ailleurs et fuir cette pauvre destinée.
L'auteur, à travers cette oeuvre personnelle, inspirée de ses souvenirs d'enfance, livre un témoignage émouvant de la bataille quotidienne de cette famille pour rentrer la récolte, les difficultés à gérer l'indispensable participation de saisonniers, l'univers d'un petit monde de l'Amérique profonde des années 50 d'avant la télé, la rudesse de la vie de fermier en raison des conditions climatiques aléatoires, des lois du marché. Un livre très attachant et qui reste encore d'actualité. » source : www.critiqueslibres.com
Un récit touchant, maîtrisé et mesuré
« John Grisham nous livre un récit parfaitement maîtrisé, où les petites anecdotes alternent avec des évènements plus graves voir tragiques, mais sans jamais sombrer dans la surenchère.
L'auteur a eu l'intelligence de rester mesuré dans la proportion prise par les évènements (climatiques notamment) conférant à la narration un aspect tout à fait crédible et tout simplement réel. On peut certes reprocher la minceur de l'intrigue mais cela est tout simplement voulu dans un souci de cohérence et de conformité à la réalité historique.
Le choix d'un narrateur de 7 ans peut amener quelques critiques quant au style d'écriture, simple et léger mais il amène aussi son lot de moments de naïveté touchante et de rêves perpétuellement changeants.
C'est aussi un moyen pour l'auteur de relater une perception différente de ce monde d'adulte entourant le petit Chandler. Lui voit d'un œil extérieur la récolte du coton (bien qu'il y participe) car indirectement impliqué dans les aspects économiques. Et il voit aussi le désir d'un avenir différent dans le regard de sa mère.
Et puis il est expansif là où les adultes préfèrent se taire et cacher leurs émotions. Lui pleure, s'émeut, a peur et découvre (déjà) les premiers émois que peuvent procurer la gente féminine.
Il en reste un roman simple (dans un sens non péjoratif), touchant, d'un milieu qu'on se surprend parfois à vouloir mieux connaître malgré sa rudesse. Les valeurs, le mode de vie, l'époque... sont bien éloignés de nous et pourtant à certains moments on se prend à s'imaginer à travers champs, loin finalement de la civilisation.
Un instant fugace qui s'efface quelques secondes à peine après cette drôle d'idée... » source : ww.critiqueslibres.com
Très bon roman de Grisham dont la réalité des années 1950 nous rattrape par son réalisme, par ses personnages aussi authentiques qu’attachants. Il y a les bons, les méchants, les riches, les pauvres, les croyants Baptistes et Méthodistes, les fermiers, les commerçants, les travailleurs saisonniers Mexicains et les femmes de tous âges qui jouent un rôle important dans cette société rurale. Un grand roman social par la portée des événements et des drames auquels sont confrontés les personnages. Le regard apporté pour le narrateur de sept ans sur les événements dont il est le témoin et de tous les secrets dont il est le garant rend ce roman inattaquable, incontestable dans sa réalité. Trois générations partageant la même maison, la même passion qui est également leur seule source de survie, la récolte du coton.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
BEAULIEU Victor-Lévy
MA VIE AVEC CES ANIMAUX QUI GUÉRISSENT, Éditions Trois-Pistoles, 2010, 236 pages et photos.
• L'arche de VLB - Un écrivain par-devers ses bêtes
L'arche de VLB - Un écrivain par-devers ses bêtes
Josée Blanchette 23 juillet 2010 Actualités en société
Photo : Christian Lamontagne
« Aussi adroit avec les brebis qu’avec les chats, les cochons ou les chevaux, Victor-Lévy Beaulieu aurait pu être vétérinaire. Il rêvait d’étudier le cerveau. Il a plutôt consacré ses heures à décrypter l’âme humaine tout en se réfugiant auprès des animaux.
Trois-Pistoles — À Trois-Pistoles, l'homme passe pour une bête sauvage, un loup-garou errant la nuit pour se transformer le jour en barbu hirsute qui soigne ses animaux à poils et fuit la bêtise du monde en se repliant sur son territoire, ceinturé par la 132 et le fleuve. J'ai dit bêtise? Fumisterie, merdier, naufrage, uniformisation, ennui auraient tout aussi bien pu convenir.
Apprivoiser Victor-Lévy se fait doucement et n'entre pas dans sa tanière qui veut. Depuis belle lurette, l'écrivain québécois, que Grasset vient d'éditer dans sa section «littérature française», ne se prête plus à la divine comédie sauf pour donner du fil à retordre aux politiciens ou se moquer des journalistes.
Dans son «empremier du monde», Victor-Lévy est aussi souverain que les drapeaux du Québec qui nous accueillent devant sa maison d'édition, qui redonne un sens au terme puisqu'il y loge.
Son refuge d'animaux lui tient lieu d'antre, de bibliothèque et de salon, de bureau et de clinique vétérinaire. Dans cette arche accostée, VLB règne en silence sur les mots et les bêtes qui lui répondent dans leur patois à elles, mélange d'aboiements et de miaulements, de bêlements et de hennissements, de couinements et de cancanages. Du moins, ce prince des marées échappe aux commérages et ragots qui sont le lot du vulgaire sur les rives...
Victor-Lévy connaît aussi le langage des plantes, entretenant plates-bandes et vagabondes avec le même élan qui le pousse vers tout ce qui est naturel et indigène, ne le trahit ni ne le juge, lui laisse toute liberté d'être, en toute simplicité.
Je connaissais le VLB polémiste, politicien, écrivain, éditeur et scénariste. J'ai fait connaissance avec Victor-Lévy, le sage-homme qui materne et soigne, accouche ses brebis, prépare des biberons, cuisine du foie de boeuf pour ses chats, fait pousser de la lavande, récolte ses framboises.
Ici, ni cirque ni voltige; seule la complicité silencieuse entre la vraie nature de l'homme et ses compagnons de fortune prévaut.
«Ce qui me passionne chez les bêtes, c'est qu'elles vous forcent à rester curieux. [...] Depuis vingt ans que je vis maintenant au quotidien avec des animaux, dans ma maison, dans ma grange-étable et autour de mes bâtiments, je ne cesse pas d'être étonné par l'esprit de générosité de la nature quand on lui porte respect, qu'on fait corps avec elle plutôt que de vouloir la dominer de l'extérieur», écrit-il dans son dernier livre qui traite de sa passion pour les animaux depuis l'aube de son existence, de leur pouvoir balsamique, de sa victoire sur l'alcoolisme et de ses zoothérapeutes.
Jamais moins que les Grâces, jamais plus que les Muses
Pour arriver à donner une trentaine de chatons qui couraillaient dans sa cuisine (Victor-Lévy est contre la stérilisation), l'éditeur a fait paraître un curieux communiqué de presse le mois dernier: «Adoptez un chaton et recevez gratuitement et autographié personnellement, Ma vie avec ces animaux qui guérissent.» J'ai accouru à Trois-Pistoles après m'être plongée dans ces mémoires animalières du célèbre écrivain du Bas-du-Fleuve, abondamment garnies de photographies et d'anecdotes truculentes, de souvenirs et de réflexions sur notre monde en voie de décimation.
Pour une fois, la culture a aidé la nature; les chatons ont trouvé preneurs aisément. Victor-Lévy en conserve neuf près de lui, ainsi que ses deux chiens blancs, Bonhomme et Tifille. «Comme a dit le poète, jamais moins que les Grâces, qui étaient trois, jamais plus que les Muses, qui étaient neuf», précise ce rebelle issu d'une tribu de 13 enfants et qui estime être né sous une bonne étoile.
On saisit, à la lecture de son récit, à quel point VLB a eu besoin des animaux pour apprivoiser ses propres démons, repousser les muses noires de l'autodestruction: «Si je n'avais pu profiter de mes soirées et de mes nuits à me bercer parmi mes animaux, je ne crois pas que j'aurais pu résister aux sirènes du gros gin ou à celles du whisky écossais. Les animaux constituaient pour moi une belle leçon de choses, ils avaient une conception zen de l'existence: on ne vit jamais que des instants qui sont dans leur chacun un privilège; si on a la santé, le gîte, le boire et le manger, on n'a plus qu'à en jouir, en toute sérénité, sans culpabilité ni remords», écrit encore l'homme de lettres, qui s'est infligé deux cures volontaires en clinique de désintoxication, il y a quinze ans. «Normalement, le séjour était de 3-4 semaines; j'ai décidé d'y rester durant huit. Ils hésitaient même à m'accepter au cas où j'arrête d'écrire. Mais je n'ai jamais écrit quand je buvais», raconte l'écrivain, dont l'oeuvre compte 75 titres et plusieurs pièces de théâtre et téléromans populaires.
Il cite en exemple William Burroughs, Raymond Chandler ou Timothy Leary, puis se rappelle les écrivains qu'il a connus, Yves Thériault, Ferron, Gérard Bessette: «Je ne voulais pas mal vieillir, amer, aigri. J'en ai trop vu. Je veux jouir de la première heure du jour, peu importe ce qui est arrivé la veille, et me réveiller de bonne humeur à 70 ans», me confie Victor-Lévy, qui ne dort que quatre heures par nuit, écrit tous les matins, bien avant que la «jument de la nuit» ne disparaisse.
Moulin à paroles
«Les gens qui écrivent sont plus vulnérables et fragiles que les gens ordinaires. Ils se questionnent plus et ne trouvent pas nécessairement de réponses. Ça les met dans un état d'angoisse», m'explique celui qui a materné nombre d'écrivains à titre d'éditeur. «Je n'ai jamais compris les gens qui écrivent et trouvent ça souffrant. Moi, j'écris un livre, trois jours plus tard j'en écris un autre. Je n'ai pas de mérite, ça vient avec les gènes.» Puis, Victor-Lévy me cite de mémoire Xavier Galarneau dans L'Héritage comme s'il avait vraiment existé, bourre sa pipe, ajuste ses petites lunettes rondes et reprend, intarissable, sur les missions spatiales, la disparition des dinosaures, la racine latine du mot «ennui» (vivre en état de haine), la mafia de la construction au Québec, le métier d'éditeur qui l'a amené à envoyer deux chapitres de son dernier ouvrage dans 750 animaleries, son prochain livre consacré à Nietzsche, qu'il est à tout relire, le pelage mouillé de ses chats qui s'affalent sur ses pages manuscrites, qu'il doit retranscrire à la mitaine, les jeunes écrivains vaniteux au talent moyen, son prochain voyage au Mali avec le conteur Toumani Kouyaté, ses chapeaux Borsalino qui font de lui un personnage de roman.
J'aurais aimé l'écouter encore et encore. Je suis repartie en catimini, avec deux pots de confiture et une chatte sous le bras... que j'ai baptisée Victoire, en son honneur.
Pour le reste, on peut faire confiance à la nature; elle ne parle pas, elle ronronne tout son content.
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Reçu: des mains de VLB, le seul exemplaire disponible au Québec de son autoroman Bibi publié chez Grasset. L'ouvrage sera lancé à Paris début septembre, pour la rentrée littéraire. La quatrième de couverture présente l'auteur ainsi: «Vivant aux Trois-Pistoles, bourgade québécoise au bord de l'Océan, Victor-Lévy Beaulieu est éditeur, gentleman-farmer, et milite activement pour l'indépendance du Québec. Il est considéré comme un des plus grands écrivains de son pays.» VLB rigolait en me la lisant.
Aimé: le dernier livre de VLB, Ma vie avec ces animaux qui guérissent (éd. Trois-Pistoles). Plus grand public, cet ouvrage nous montre un homme à nu devant ses animaux, tel qu'en lui-même. VLB nous apprend les bêtes et démontre une connaissance intime de ses amis à quatre pattes, tant au plan comportemental qu'au plan médical. »
Source : www.ledevoir.com
J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre car comme VLB j’ai toujours vécu avec des animaux autour de moi selon les différentes étapes de ma vie : chats…évidemment : siamois et autres…chiens….bien sûr et plus qu’un…des hamsters, des oies, des chèvres, un cheval, un veau, des tourterelles, des pintades, des cailles, un faisan, un singe capucin, un mainate et actuellement un Jack Russel et un cockatiel.
Comme VLB j’ai compris que j’avais eu des animaux parce que c’était moi qui avais besoin d’eux. Ils m’ont aidé à me réaliser, à devenir une personne meilleure. J’ai appris à m’oublier, à donner plutôt qu’à vouloir recevoir.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
BROUILLET Christine,
SOUS SURVEILLANCE, les Éditons de la Courte Échelle, 2010, 331 pages
« Avez-vous déjà eu la sensation d’être passé à coté de quelque chose qui vous aurait manqué si vous ne l’aviez pas connu ? Après ma lecture de «Sous surveillance», je me suis demandé comment il se faisait que je n’avais pas encore suivi les aventures de la détective Maud Graham, création de la Québécoise Chrystine Brouillet.
Premièrement, il faut dire que Chrystine Brouillet est très connue ici au Québec; personnage télévisuel et radiophonique, passionnée de gastronomie et d’oenologie, même sans la lire, on pourrait penser la connaître. Grâce à la maison d’édition de La courte échelle, j’ai pu avoir ce premier contact et je peux affirmer que j’ai beaucoup apprécié ma lecture.
Parlons un peu de l’auteure ! Madame Brouillet est ce genre de personne que l’on voudrait avoir comme amie. Sympathique, aimant la vie, avec beaucoup d’humour, un rire communicatif, une passion pour la littérature et une propension aux plaisirs de la table, solides et liquides. Bref, on aimerait la recevoir à souper ... et ensuite, être reçu à sa table.
Chrystine Brouillet est une écrivaine prolifique; en plus de sa série sur Maud Graham («Sous surveillance» est le 11e de la série), elle a écrit une trilogie historique, mettant en vedette le personnage fictif de Marie Laflamme (excellente série !) et des romans pour les adultes et pour la jeunesse. Cependant, selon l’avis général, la série sur Maud Graham et plus particulièrement son roman «Le collectionneur», sont ses plus grandes réussites.
«Sous surveillance» est un roman puissant ! L’histoire s’installe graduellement; les personnages, nombreux, font peu à peu leur entrée dans l’intrigue; on ne voit pas tout de suite émerger les liens. Cependant, au cours de notre lecture, l’auteure relie très habilement chaque élément de sa toile pour nous tisser une trame psychologique assez angoissante.
Quels sont les personnages marquants de cette histoire ?
Gabrielle Leland revient à Québec après un exil d’une dizaine d’années; elle avait quitté sa ville natale pour fuir le souvenir d’un sentiment de culpabilité qui hantait ses jours et ses nuits. Comment sera-t-elle accueillie ? Est-ce que ses démons reviendront la hanter ? Comment son passé viendra-t-il lui faire revivre ce drame ? Employée dans un centre de conditionnement physique, Gabrielle fera de nouvelles rencontres mais elle sent que, quelque part, derrière elle, quelqu’un la surveille, l’épie et la harcèle. Et tout doucement, inconsciemment, elle tombera dans les filets d’un amoureux tourmenté.
Alexandre Mercier est à la recherche de la femme parfaite, celle qui ne le décevra pas, comme les autres, celles d’avant, celles qui ont été punies ou qui auraient dû mourir. Au «hasard» d’une rencontre, il s’amourache maladivement de Gabrielle. Graduellement, il s’en approche, la surveille, l’isole, s’en assure l’exclusivité et commence à bâtir un piège, aboutissement d’une chasse effrayante, entourant Gabrielle de leurres, de pièges et surtout, en faisant le vide autour d’elle.
Maud Graham, personnage que j’ai découvert avec plaisir, imbue de préoccupations familiales et amicales, son intérêt pour la bonne bouffe et pour son intelligence, ne peuvent que nous porter à faire un rapprochement avec son auteure. On la sent pleine de sensibilité, humaine, vitaminée à l’empathie et à la compassion. Elle utilise une technique, non une science d’enquête, basée sur les perceptions, les sentiments et l’intuition et un coté social (Mère Thérésa ...) caractéristique. Quel personnage attachant! Il arrive que le personnage ressemble tellement à l’auteure que parfois, j’entendais la voix de Chrystine Brouillet quand Maud Graham parlait.
Évoluant autour de ces acteurs principaux, l’auteure met en scène certains personnages récurrents que les habitués de la série retrouvent avec plaisir. André Rouaix et Pierre-Ange Provencher font partie de l’équipe depuis longtemps; une nouvelle fait son apparition, Tiffany McEwen, personnage qui me semble plein de promesses pour les prochains romans. De plus, une série de personnages secondaires, habilement introduits dans le développement de l’intrigue, viennent alimenter le suspense et faire monter graduellement l’angoisse et la tension autour de Gabrielle.
Le roman dépeint l’expression d’un instinct de possession excessif, qui porte Alexandre à mentir, à surveiller les moindres gestes de sa proie, à être à l’affut du moindre contact avec les autres, à contrôler l’entourage, à connaître les moindres commentaires, à écarter toute personne envahissante ou même à éliminer un rival trop entreprenant pour avoir, seul et seulement lui, accès à l’image de la perfection de son amour. Tous les moyens sont bons, si sa proie se réfugie près de lui pour y retrouver une relative sécurité.
Et voilà, la force de l’écrivaine. Réussir à engluer son lecteur dans un espèce de tourbillon, une intrigue désarmante, une descente en spirale débutant tout en douceur pour nous mener, à la fin, dans une course vertigineuse vers le moment crucial, où le lecteur attend avec impatience, le dénouement de l’écheveau. «Sous surveillance» débute en douceur mais attention à la vitesse de croisière ! Sans le savoir, sans avertissement, le coup est parti et le lecteur se met à courir d’un chapitre à l’autre, comme un coureur de cent mètres à quelques foulées de la ligne d’arrivée.
Le style de Chrystine Brouillet est énergique, simple mais percutant. Le lecteur a intérêt à se reposer dans les premiers chapitres, là où s’installe l’intrigue, à prendre graduellement son souffle car la fin ne lui laissera aucun répit. L’écrivaine a démontré une habileté remarquable dans la construction d’un personnage, de sa psychologie et des comportements qui en découlent. Le développement psychologique des personnages est un des éléments majeurs qui m’a fait grandement apprécier ce livre. Tout au long du roman, l’auteure nous dépeint le personnage d’Alexandre Mercier tout en nuances; graduellement, elle ajoute des couches d’horreur qui viennent alimenter le suspense et surtout augmenter la tension dramatique. Suivre l’évolution de ce psychopathe, apprendre ce qu’il a fait dans le passé et anticiper le cauchemar du drame éventuel, voilà dans quel genre de tissu d’horreurs, Chrystine Brouillet vous enveloppe.
Et pour bien préparer la table à ces derniers chapitres qui vous transporteront, une série de personnages secondaires:
Hubert Sicotte, l’amoureux silencieux; Jocelyn Vignola, l’enseignant jaloux de son collègue Rémi Bergeron, marathonien mais surtout tombeur de ses plus belles élèves; Nicole Rhéaume (quel beau personnage ! ) la voisine écornifleuse; Daniel Couture, l’avocat; Anaïs Rancourt, l’escorte de luxe; tous ces personnages ont une place importante dans cette fresque de la montée de la peur.
Un pur plaisir de lecture ! Une lecture d’été idéale !
Je vous présente quelques extraits à titre d’apéro (Il faut bien être dans le ton avec l’auteure ! ):
Et oui, on parle un peu gastronomie ! «Quand Liette, la sommelière, déposa le boudin noir aux pommes caramélisées et la joue de boeuf braisée aux légumes racines, Rouaix sourit.»
L’expression précoce de la violence . «Très jeune, il avait su faire les gestes nécessaires pour protéger ses intérêts. Il avait réussi à évincer sa soeur Alice qui prenait trop de place.»
Un peu de publicité pour les polars: « Elle lisait rarement des polars, mais Anaïs avait parlé de Vendetta avec tant d’enthousiasme qu’elle s’était laissé tenter.»
Et la pensée profonde du personnage d’Alexandre: «Il aurait dû maintenir une ligne de conduite plus dure. Avec les femmes, on n’avait pas le choix. La manière forte était la plus efficace. Les femmes étaient instables; elles avaient besoin d’être dirigées. Il avait été vraiment trop laxiste avec Gabrielle. Quand donc apprendra-t-il à se méfier de sa propre gentillesse.»
En terminant, j’avoue que j’ai eu un fantasme de lecteur. Voir dans un roman écrit à quatre mains, les personnages de Lola Jost et d’Ingrid Diesel de Dominique Sylvain, assises à la même table que Maud Graham, tentant de résoudre une affaire de meurtres ayant eu lieu à Paris et à Québec. Le lecteur a toujours le droit de rêver ! » source : www.lecturederichard.over-blog.com
Un bon roman polar du genre thriller mêlant intelligement intrigues et grands frissons. J’ai eu un peu de difficulté avec les personnages que parfois l’auteure nomme par leur prénom et d’autres fois par leur nom de famille. Il y a beaucoup de personnages dans ce roman et il faut découvrir les liens entre chacun d’eux. Un beau casse-tête pour lecteur averti.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
CELLES QUI ATTENDENT, Flammarion 2010, 326 pages
• « Celles qui attendent »
roman de Fatou Diome
Éditions Flammarion
327 pages, 08.2010
« Mères avant tout....
Je me suis régalé il y a plusieurs années en lisant « le ventre de l'Atlantique » de Fatou Diome. Elle a su aborder avec un humour inégalé une question grave comme celle de l'immigration.
Aujourd'hui, elle récidive avec un nouveau roman et une nouvelle approche même si la problématique reste la même.
Encore une fois, l'auteure nous offre une œuvre soignée, truffée d'expressions imagées,: c'est un plaisir renouvelé page après page.
Bougna et Arame, deux femmes sénégalaises connaissent une vie difficile sur leur île
Elles s'inquiètent pour l'avenir de leur fils respectif et comme beaucoup de mères, rêvent du « paradis » européen....
Après beaucoup d'hésitations, l'idée venue se précise jusqu'à l'ultime formulation qui précède la décision définitive :
« Les mots avaient mûri en elle comme des chrysalides prêtes à livrer leur trésor. Les yeux dans les yeux de son amie, Bougna libéra les papillons qui battaient déjà des ailes dans la bouche. »
L'Europe paraît la terre promise et malgré les dangers d'une traversée de l'Atlantique en pirogue, ils sont nombreux à vouloir tenter leur chance. S'ils ne rencontrent pas la mort sur leur chemin, ils seront tout à tour exploités et chassés, victime d'un mirage entretenu et d'une politique irresponsable.
Si le colonialisme est et doit être dénoncé et combattu, il faut aussi-ce que fait bien l'auteure-pointer toutes les responsabilités et notamment celle des gouvernements « nationaux »
« l'ignorance est le premier obstacle à la démocratie » et cette ignorance entretenue permet à une clique au pouvoir de freiner le développement harmonieux du pays qu'elle gouverne.
Elle n'est pas tendre non plus avec la tolérance de certaine européenne : « Ses clichés sur la polygamie, la supposée grande famille solidaire, aggravaient sa berlue et la rassuraient, quand toutes les femmes du village ne souhaitaient que sa disparition » !
La vie continue, avec les amours, les secrets de famille et une soif de bonheur contrariée par un système archaïque faisant des femmes dès leur entrée dans l'adolescence des victimes, non maîtresses de leur destinée.
Ces deux femmes commettent certes des erreurs mais leur amitié réciproque et leur amour maternel sont des bras de levier puissants leur permettant de vaincre beaucoup de difficultés.
Jean-François Chalot
"Ceux qui nous font languir nous assassinent"
« Celles qui attendent », ce sont ces mères, ces épouses et ces filles restées au pays et qui espèrent durant des années le retour de l’homme que leur cœur chérit.
Cet homme est un fils, un mari ou un père à qui l’on a vendu des rêves de fortune et la quête ultime de sa dignité. Fasciné par le chant des sirènes venu d’Europe, il ne craint pas d’affronter les vents ni les tempêtes. A bord de son frêle esquif plein à craquer, il est ravi de quitter Charybde et ne se doute guère qu’il va bientôt rejoindre les tentacules de Scylla. Car la réalité est malheureusement tout autre que celle, étincelante, qu'on lui a présentée...
Fatou Diome nous livre un récit vibrant d’émotion qui fait la part belle aux femmes et à leur attente désespérée. Elle raconte avec éloquence ces Pénélope sénégalaises qui mettent leur cœur en jachère pour une période indéterminée. Mais toutes ces femmes sont-elles totalement à plaindre ou portent-elles également leur part de responsabilité dans l’ambition et l'aveuglement qui dévorent leurs hommes ?
« Celles qui attendent », c’est aussi la jalousie, la quête de la dignité, la solitude et un certain cynisme. Pour ma part, je suis restée scotchée dès les premières lignes, charmée tant par la superbe plume de l'auteur que par la profondeur du récit. »
Source :www.critiqueslibres.com
Roman magistral dans un style sobre mais combien pénétrant.Les images sont fraîches, imprégnées de la vie quotidienne africaine. La pauvreté, la misère, le manque de ressources poussent les jeunes hommes vers l’Europe laissant derrière eux épouses, mères, familles, abandonnant leur culture, leurs racines afin de survivre et envoyer de l’argent à celles qui les attendent comme espoir final.Un excellent roman de Fatou Diome qui nous brosse un tableau réaliste de la situation inhumaine des clandestins africains.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
CONNELLY Michael,
L’ÉPOUVANTAIL, Seuil, 2010, 491 pages
Pervers
"Douze ans après l’enquête qui les avait réunis dans Le Poète, on retrouve dans L’Epouvantail l’agent Rachel Walling, FBI, et le journaliste Jack Mc Evoy du LA Times, dont il se fait virer au début du livre.
Par bravade (ou dignité selon un vocable à la mode) il décide d’écrire THE article avant de partir et se penche sur un fait divers sordide qui se révèle vite être, ô jackpot, le nième crime d’un serial killer super malin, démoniaque et vicieux comme seuls savent l’être « les serial killers » américains.
Sentant vite que ses petits bras ne seront pas de taille à lutter contre la bête, Jack fait appel à Rachel qu’il a tant aimée mais dont il a détruit la carrière au FBI. Celle-ci entendra-t-elle son appel au secours ? Le méchant, qui les aura bien vite repérés, sera-t-il vaincu à la fin dans un ultime retournement de situation ? Ou pas ? Vous le saurez, et bien d’autres choses encore, en lisant l’Epouvantail, qui sent quand même un peu la routine il faut bien le dire.
Un passage intéressant, celui où le méchant (je ne vous dis pas son nom mais on le connait très vite dans l’histoire) retrouve la trace des enquêteurs grâce à Internet ; c’est foudroyant. Internet est d’ailleurs un sujet central du livre : respect de la vie privée, protection des données, réseaux de malades et de pervers, réflexions sur le journalisme à l’heure du Web… intéressant et impressionnant."
Source : www.critiqueslibres.com
« Viré du LA Times, le journaliste Jack McEvoy hésite entre le dégoût et la rage.
Mais c'est la fierté qui finalement l'emporte : dans les quinze jours qu'il lui reste, il compte mener une enquête qui lui vaudra ? - le prix Pulitzer. Et les pontes de la direction n'auront plus que leurs yeux pour pleurer. Son temps est compté, et a priori l'histoire d'Alonzo Winslow, un dealer meurtrier de 16 ans, n'a rien de prometteur : le gamin a avoué. Mais dans des conditions pour le moins douteuses...
Embarqué dans une aventure qui le dépasse, convaincu que la police a triché, Jack lance un SOS à Rachel Walling, l'agent du FBI qu'il aime depuis toujours. Sans se douter que dans le même mouvement, il enclenche le piège machiavélique tendu par un tueur d'une intelligence et d'une cruauté ahurissantes. »source :www.decitre.fr
Attachez vos ceintures! Car Michael Connelly met en scène un tueur en série d’autant plus terrifiant qu’il maîtrise à merveille l’univer de l’informatique et réussit à pirater tous les systèmes de sécurité pour repérer les futures victimes de ses fantasmes abjects.Un thriller époustoufflant qui nous offre une plongée dans les abysses du Mal absolu.
Source : Sélection du livre
Un très bon polar de Connelly. L’intrigue est menée de main de maître, les personnages
attachants, authentiques, asticieux et intelligents. Un très bon moment de lecture jusqu’à la fin.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
HARRIS Joanne
VIN DE BOHÈME , 2001
Un livre à lire absolument.
« Le temps de trois merveilleux étés passés chez ses grands-parents, le jeune Jay Mackintosh a rencontré un homme très mystérieux : Joe. Ce personnage énigmatique transformait la réalité en une fête exubérante. Surtout, il fabriquait un vin particulier dont chaque gorgée était un élixir magique. Joe a disparu et cet univers s'est soudainement évanoui. C'était il y a quinze ans mais son souvenir le hante encore.
Depuis, jay est devenu un écrivain célèbre. Mais, en panne d'inspiration, il s'adonne volontiers à la boisson... jusqu'au jour où une annonce immobilière le conduit sur les traces de son passé. Le château à vendre ressemble étrangement à un lieu que lui avait décrit son ami.
L'histoire ait raconté par une bouteille de vin, au début c'est un peu troublant, mais on s'habitue vite. Elle est très riche en émotions, en sentiment, l'enfance de Jay, sa vie d'adulte, ses rapports avec sa compagne... Tout est décrit avec beaucoup de soin, mais sans que cela soit ennuyeux. L'auteur réussit un coup de maître, on a du mal à se détacher du livre, tant il est captivant. Il faut le lire à tout prix, c'est un chef d'oeuvre. » source :www.critiqueslibres.com