PETITJEAN-CERF CYPORA---LA BELLE ANNÉE
16/04/2012 17:58 par livresentete
PETITJEAN Cypora
LA BELLE ANNÉE, Stock, 2012, 316 pages
Beau récit de la vie d’une enfant de onze ans qui comme tout le monde a des amis, se pose des questions sur la vie, la famille, l’amitié, les études, le couple et l’amour.
Le texte est rédigé avec une belle simplicité digne d’une enfant de cet âge qui compare et se compare car la vie n’est pareille pour personne mais semblable sur différents points.
On y retrouve de l’humour, de la spontanéité, une recherche de l’individualité et de l’autre.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
« À onze ans, Tracey vit à Saint-Denis, entre la cité des Quatre Mille et la cité des Cosmonautes. Elle déteste son beau-père, Takashi, un Japonais qui essaie dÂ’apprendre à parler le français, et entretient des relations compliquées avec sa mère Elizabeth. « Me gâcher la vie, cÂ’est tout ce que tu sais faire ! » hurle-t-elle deux à trois fois par jour, avant de gifler sa fille. Tout semble pouvoir durer ainsi invariablement.
Pourtant, en septembre, Tracey entre au collège et les choses changent. Pour commencer, elle crée sa propre religion, le Culte du Chiffre Huit. Ensuite, elle a une petite soeur, Saïa, dont elle sÂ’occupe beaucoup. Et surtout ses rapports avec les autres – son père, sa mère, Takashi, sa grand-mère, son meilleur ami Cosimo – se transforment. Elle se lie même avec un garçon nommé Rabah quÂ’elle détestait jusque-là. Ensemble, ils arpentent pendant de longs mois Saint-Denis, leur ville pleine de tours, de barres et dÂ’espaces verts.
Le temps de quatre saisons, dÂ’une belle année, la vie de Tracey se métamorphose. »www.babelio.com
Pour en savoir davantage :
La belle année, c’est celle de Tracey Charles, onze ans, en classe de sixième au collège Jean-Lurçat de Saint-Denis dans le 9-3. Une année qui verra son amitié avec le beau Cosimo mise à mal, son changement de coupe de cheveux, le début de son histoire d’amour avec Rabah, l’idylle de son père avec Aminata, qui nettoie les cages d’escalier de la cité, ses premières vacances ailleurs qu’à Saint-Denis et la naissance de Saïa, sa demi-sœur fruit des amours de sa mère d’origine portugaise avec son beau-père japonais.
Une année pleine de rebondissements, de tracas et de promesses.
« Mon père se méfie des « gens de l’extérieur ». Je lui ai demandé où commençait l’extérieur, selon lui. Il m’a répondu : – En bas de la cage d’escalier. » (page 179)
Tracey, trop intelligente pour le milieu dans lequel elle évolue, est une petite fille fascinante, pleine de contradictions et déterminée. Persuadée d’être homosexuelle en raison de son admiration pour l’une de ses professeurs, ballotée entre des cultures aussi multiples que différentes, elle créé sa propre religion : le culte du Chiffre Huit, seule divinité à même de la comprendre.
« Maman n’aime pas les faits, ils la privent de sa liberté de mentir » (page 178)
« Les enfants sont intéressants à partir du moment où on les connaît bien. » (page 220)
En scènes courtes et extrêmement vivantes émaillées de dialogues drôles, au fil des quatre saisons, Cypora Petitjean-Cerf déroule le film de cette Belle année de son écriture si particulière, unique et très visuelle.
L’espoir émerge toujours des situations qui, si elles ne prêtaient à rire, rendraient amères – car des thèmes comme la maltraitance, l’intégration, l’échec scolaire, la religion, le désœuvrement et les relations intergénérationnelles sont aussi abordés.
Sur un ton espiègle, employant un présent et une première personne du singulier qui renforcent la proximité de la jeune narratrice avec son lecteur, elle met en scène des personnages plus vrais que nature, pétris de défauts et véritablement attachants (y compris les plus vils d’entre eux) avec lesquels on a la sensation de partager une tranche de vie – dont on regrette d’ailleurs qu’elle ne dure pas plus longtemps.
Le regard que l’auteur pose sur eux déborde d’une tendresse contagieuse.
Cela fait de La belle année, chronique moderne, affectueuse et rythmée de l’adolescence, un roman qu’on ne lâche pas. Et qui met en avant notre capacité d’oubli en nous démontrant que les enfants sont toujours plus intelligents que ne le croient les grands. »
www.actualite.com
OKSANEN Sofi
PURGE, E D. Stock, 2010, 390 pages
Vraiment exceptionnel, un grand roman doté d'un style recherché, élaboré.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Résumé par l’éditeur :
« Un vrai chef-d’oeuvre. Une merveille.
J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge. »
Nancy Huston
« Si vous ne devez lire qu’un seul livre cette année, lisez Purge. » ELLE, (Danemarrk)
En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.
Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français. »
« Dans une tonalité qui rappelle EXPIATION d’Ian McEwan et le meilleur polar scandinave, ce joyau amer annonce d’autres chefs-d’œuvre, de la plume de la talentueuse Oksanen. »
Kirkus Reviews (États-Unis)
Pour en savoir davantage :
|
Glaçante Europe orientale |
||
|
Un séjour du côté de l’Europe dite « de l’Est » vous fait régulièrement cet effet : vous sentez que la vie s’y est arrêtée un moment, disons, qu’elle s’est figée. Et ça se sent encore. L’Estonie, enclavée dans la grande Russie, ex-domino de l’URSS, a ce malheur d’une trop grande proximité avec le « grand frère ». Quand, en plus, il a fallu essuyer, au mitan du XXème siècle, l’invasion – vécue au départ comme une libération – des Nazis, ça fait beaucoup pour des pays qu’on pourra qualifier de « martyrs ».
Sofi Oksanen est une jeune auteure finlandaise, d’un peu plus de trente ans à cette date, aux racines en partie estonienne. « Purge » est son troisième roman, le premier traduit en français, et c’est peu de dire qu’il a fait un tabac, ici aussi, comme en Finlande, puisqu’il a reçu le Prix Femina Etranger en 2010.
Il est sombre, ce roman, comme l’histoire – et l’Histoire – qu’il nous conte. Comme si, au contact du mal et de ceux qui font le mal, on ne pouvait définitivement en sortir indemne ? A mes yeux, outre l’histoire particulière de ce petit bout de pays balte, cette contamination par le mal est le sujet du roman.
Très fémino-centré également, ce roman. Les hommes n’y ont pas de beaux rôles … A vrai dire, y ont-ils réellement un autre rôle que celui de vecteurs du mal ? Toujours est-il qu’à travers l’histoire d’Aliide et de Zara, la vieille et la jeune, c’est tout le rouleau compresseur de l’Histoire passé sur l’Estonie qui nous est décrit. L’invasion allemande et la « libération » soviétique, puis l’occupation et la grande misère des jeunes femmes de l’est attirées par le miroir aux alouettes occidental de nos jours, finissant par exemple entre les griffes de proxénètes à Berlin ou ailleurs …
De la belle ouvrage, un peu plombant quand même, à la hauteur d’un « Rapport de Brodeck » de Philippe Claudel. Tistou ,www.critiqueslibres.com |
||
Résumé
« En 1992, l'Union soviétique s'effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, quand elle trouve la jeune Zara dans son jardin, qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Mais finalement ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille se révélera, en lien avec le temps de l'occupation soviétique. Aliide a en effet aimé un homme, Hans, un résistant. Quarante ans plus tard, c'est au tour de Zara de venir chercher protection, et la vieille dame va décider de la lui accorder jusqu'au bout, quel qu'en soit le prix. »
KELLERMAN Jesse
JUSQU’À LA FOLIE, Flammaion, 2011, 377 pages
Un grand roman de Kellerman dans un style éclatant, descriptif, troublant, soulevant. Nous cotoyons la vie intime de Jonah, un étudiant en médecine, faisons connaissance avec ses différents programmes et les phases descriptives de chacun.
Par inadventance Jonah volera au secours d’une jeune femme agressée par un homme armé d’un couteau et tuera accidentellement l’agresseur. Les événements s’enchaînent et Jonah est entraîné dans une spirale terrifiante par la vie disjonctée de la belle jeune femme.
La folie, le comportement humain porté à l’excès, à la démesure, à la disproportion sera pour nous un sujet préoccupant et présent tout au long de ce roman. À chaque geste que posons il y a une conséquence et une responsabilité ci-jointe, le châtiment ne fera que suivre dès cet instant.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Une chronique d’un lecteur
« Tous les lecteurs attendaient Jesse Kellerman au tournant de son second roman. Pour les auteurs dont le premier livre a été un succès, c’est un cap traditionnellement difficile à franchir. Qu’en est-il de ce « jusqu’à la folie » dont on a déjà beaucoup parlé avant même sa sortie officielle ? Est-il à la hauteur du premier, les Visages, qui a connu à la fois un succès public ainsi qu’un vrai succès critique ?
En réalité, ce roman peut déconcerter les amateurs de thrillers classiques, ceux qui aiment les phrases courtes, les changements fréquents de situations, les chapitres qui s’enchaînent avec rapidité, les dialogues réduits à leur plus stricte efficacité. Car en effet, Kellerman ne joue pas dans ce registre.
Alors que dans les Visages l’histoire se déroulait dans le milieu des marchands de tableau, décrit avec beaucoup de vérité et force détails, l’auteur a choisi ici comme toile de fond un hôpital newyorkais. Si vous êtes adepte de la série Urgences, vous apprécierez la documentation réunie par l’auteur, qui est impressionnante, ainsi que la description du milieu de l’hôpital, d’une grande richesse de détails. Dès le début du roman, nous suivons pas à pas son héros dans les recoins et les situations les plus glauques du servie de chirurgie. L’auteur se moque de la concision, il prend le temps d’installer son personnage et nous montre tous les détails de son travail, nous livre la moindre de ses impressions.
Au bloc, c’était la folie ; tout le monde courrait pour tout préparer en attendant le chirurgien, ne s’interrompant que pour s’adonner au passe-temps favori des salles d’opération : hurler sur l’externe de servie. Jonah prit une casaque chirurgicale et des gants, et la panseuse lui hurla : « tu l’as contaminé, prends-en une autre ! » alors que tout était emballé et stérile, comme si c’était lui qui était particulièrement, monstrueusement contagieux. Discipliné, il retourné dans la réserve en trainant les pieds et en revint avec une nouvelle casaque et une nouvelle paire de gants. (…)
Les dieux de la chirurgie étaient jaloux et cruels, et Jonah avait fauté. En tant qu’étudiant de troisième année, il ne pouvait guère espérer faire plus que suturer, écarter, aspirer. Comme tout apprenti, son véritable rôle n’était pas de se rendre utile mais de donner raison à la hiérarchie. Il était là pour souffrir, ainsi que tous les médecins qui l’avaient précédé à cette place.
On comprend tout de suite en lisant ces lignes que le plaisir de l’auteur ne se situe pas uniquement dans le fait de faire monter graduellement la pression et le suspense (ce qu’il fait aussi avec une grande maitrise), mais qu’il est avant tout dans cette description des lieux et des gens, à la fois précise et détaillée, plus proche d’un Dennis Lehane ou même d’un auteur de la « littérature blanche » que d’un auteur de thriller classique à la James Patterson.
Cependant, même les amateurs purs et durs de thrillers pourront être satisfaits, car le roman va très vite s’emballer, et ce dès la fin du premier chapitre. Jonah va accomplir un acte héroïque qui va avoir des conséquences dramatiques : en sortant de son boulot il va sauver la vie à Eve, une jeune femme agressée par un homme qui la menace avec un couteau. En lui portant secours, il tue accidentellement son agresseur, la famille de celui-ci porte plainte contre lui et une enquête démarre pour faire le point sur les circonstances précises de la mort de l’individu.
Lorsque la jeune femme qu’il a sauvé prend contact avec lui et qu’une histoire d’amour commence alors entre eux, Jonah va être pris dans une spirale infernale, une nasse dont il va chercher à sortir. Qui est vraiment cette jeune femme ? Il va le découvrir, à ses dépens, et la découverte sera cruelle, puisqu’elle va le ramener vers son premier amour, Hannah, une jeune fille qu’il devait épouser et qui a sombré dans la folie.
Car la folie est au cœur de cette histoire, une folie qui prend l’aspect d’une séduisante jeune femme mais qui va au fil des pages se révéler terrifiante par ses symptômes et ses conséquences.
Jesse Kellerman a particulièrement travaillé les différents personnages : Jonah, étudiant motivé, qui veut réussir ses études et ne lâche jamais son travail même dans les moments les plus difficiles. Son ami et colocataire Lance dont le côté sympathiquement déjanté tranche avec la noirceur du récit, et surtout le personnage d’Eve, la jeune femme agressée, dont le comportement de plus en plus étrange est décrit avec une précision clinique et une grande force.
Cette profondeur des personnages, leur véracité, est le premier point fort du livre, et c’est un élément qui devrait plaire à tous ceux que les personnages stéréotypés et dessinés à grands traits de certains thrillers fatiguent un peu.
Le deuxième point fort est l’écriture. Jesse Kellerman excelle dans les descriptions, il rentre dans les détails méticuleusement, avec précision, sans jamais lasser le lecteur, il trouve chaque fois le mot juste, l’expression la mieux adaptée à la situation. Il réussit à faire monter la tension psychologique jusqu’au point extrême de la scène dramatique finale qui justifie le titre du livre. C’est un roman dont la construction du récit est impeccable, l’écriture d’une grande densité, et s’il m’a fallu un chapitre pour m’habituer à son style, que j’ai trouvé pendant quelques pages un peu bavard, je l’ai par la suite apprécié à sa juste valeur.
Ce deuxième roman est donc une vraie réussite. A conseiller à tous ceux qui aiment les suspenses psychologiques intelligents et bien écrits, il va définitivement installer Jesse Kellerman dans la liste des meilleurs auteurs de thrillers, toutes nationalités confondues. »www.unpolar.autrefort.com
HACHEMI Chékéba
L’INSOLENTE DE KABOUL, ÉD. Anne Carrière, 2011, 277 pages
Récit très touchant d’une auteure qui s’est impliquée politiquement dans la restauration de la démocratie dans son pays. Ce roman m’a permis de connaître l’histoire contemporaine de l’Afghanistan, de ses dirigeants, de son peuple, de ses moeurs et modes de vie, des conflits avec la Russie.Un grand roman qui nous décrit un peuple soufffrant et abusé par ses voisins et ses dirigeants.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Citations :
« …cela me ramène à une tare de mon pays : les rivalités ethniques, les clans, les tribus, les classes sociales étanches, le mépris communautaire. Ces faiblesses nous ont déjà tellement coûté, et elles restent un obstacle majeur à la construction de ce grand Afghanistan moderne pour lequel je me bats. » p.158
« …aucun spécialiste de l’Afganistan n’a jamais pu approcher mon pays par le prisme de la féminité. Parler de ces années de guerrre en donnant la parole aux mères, aux épouses, aux sœurs, aux filles…Aucun homme n’aurait pu en rêver. Aucun, mais nous ? Peu convenable, mais pas impossible! P. 160
« Le plus dur face à la corruption, ce n’est pas de résister à la tentation, c’est l’usure ressentie quand il vous semble que tout le système est gangrené, »
« Quand un homme politique construit sa maison, c’est qu’il a vendu un peu de son pays. S’il veut construire son pays, il lui faut vendre sa maison. » p. 240
« L’humanitaire ne sera jamais qu’un palliatif à l’absence de politique, je le sais pertinemmeent, mais un puits, c’est de l’eau à boire, et une victoire contre tant de maladies liées au manque d’hygiène. C’est concret. Cela aide des familles. Cela ne change rien à l’état d’un pays. » p. 254
Pour en savoir davantage :
« C’’est l’histoire d’une femme qui a traversé une montagne seule quand elle était enfant. Et en a soulevé mille depuis.
Chekeba Hachemi est née en 1974 à Kaboul dans une famille bourgeoise et influente. Elle a onze frères et sœurs. Son père était gouverneur, un homme proche du peuple, qui est mort quand elle avait deux ans, mais qui a toujours incarné son modèle.
À l’âge de onze ans, alors que sa mère décide que leur tour est venu de fuir l’occupation soviétique, Chekeba se trouve séparée d’elle et va traverser la passe de Khaibar avec un passeur menaçant. Onze jours de terreur, dans les montagnes, qui lui ouvriront les yeux sur la réalité de la violence de l’occupation russe.
En 1999, Chekeba décide qu’il est temps de rencontrer ce Massoud pour lequel l’association qu’elle a créée, trois ans plus tôt, récolte des fonds en vue d’ouvrir des écoles dans le Panshir. Elle redécouvre son pays plongé dans la guerre et devient proche du célèbre commandant, qui voit en elle une aide précieuse pour sensibiliser la communauté internationale à la lutte contre les talibans.
En septembre 2001, Massoud est assassiné, les tours tombent, les talibans sont défaits ; Chekeba entre dans Kaboul libéré et devient la première femme diplomate afghane en poste à Bruxelles.
En 2005, elle est nommée conseillère auprès du vice-président à Kaboul. Puis, en 2007, ministre-conseiller à Paris.
En 2009, après avoir dénoncé la corruption, et lassée de constater qu’aucun changement ne répond à son appel, elle décide de donner sa démission »
www.livre.fnac.com.
Le point de vue de Patryck Froissart
Titre: L'insolente de Kaboul
Auteur: Chékéba Hachémi
Editeur: Anne Carrière 2011
ISBN: 978-2-8433-7570-5
278 pages
« Récit autobiographique d'une Afghane devenue française qui se bat depuis toujours pour son pays en général et pour l'amélioration de la condition des femmes en particulier.
L'histoire commence lorsque Chébéka, tout juste âgée de huit ans, quitte clandestinement Kaboul vers le Pakistan, d'abord avec sa mère puis seule, avec un passeur et un groupuscule de kaboulis fuyant l'occupation soviétique.
Dès le départ le lecteur est pris dans les péripéties d'une vie qui ne va plus cesser, particulièrement dès que la jeune fille devient femme, de se dérouler à un rythme haletant, dans une succession de voyages entre la France et l'Afghanistan, dans une série étourdissante d'actes militants, dans un réseau impressionnant que Chébéka tisse patiemment, infatigablement, et qui la met en relation intime avec les plus célèbres commandants afghans (dont Massoud) et des personnalités politiques françaises, afghanes, belges, européennes de premier plan.
Le style est alerte, sans fioritures: le romanesque, la poésie n'ont pas leur place ici. Le réalisme est de mise, parfois terrible, souvent sordide, fréquemment exaltant. La rapidité narrative reflète l'allure trépidante de Chébéka dans la course en avant qu'elle mène pour essayer d'inverser, de contrarier, ou d'accélérer le cours de l'histoire d'un pays où tout va, elle finit par le constater un tant soit peu désabusée, de mal en pis.
Même si son combat, quotidien, épuisant se heurte jour après jour à des obstacles toujours renouvelés, même s'il semble aboutir à un triste échec, Chébéka Hachémi, indéfectiblement attachée par l'ombilic à son pays d'origine, viscéralement proche de ses compatriotes humiliées et persécutées, reste, à l'heure où paraît ce livre, engagée dans une action individuelle et collective qui force l'admiration.
Lecture incontournable!
Patryck Froissart
Saint-Paul, le 12 janvier 2011, www.critiqueslibres.com
MYER Deon
À LA TRACE, SEUIL, 2012, 721 pages
À la lecture de cet intense roman d’action j’avais l’impression de voir un film, un drame, des complications l’une après l’autre : séparation, contrat, fusillade, extermination, gang, chef de gang au pouvoir illimité, argent, prostitution, alcool, pauvreté. Tout y est pour nous décrire l’Afrique du Sud qui est un pays riche par ses diamants mais peuplé aussi de démunis qui viennent de partout se réfugier dans l’espoir de survivre. Pour survivre il faut agir et vite…Comme l’animal traqué l’humain laisse des traces, il suffit de les interpréter pour le retracer.
« Une baissse subite d’adrénaline permet à Milla de voir sa propre vie, claire comme de l’eau de roche : elle s’est raconté des histoires, a joué, comme dans une pièce de théâtre, à ce-que-la-vie-est-censée-être, est restée aveugle devant la réalité. Sa désillusion est massive ; elle la submerge brutalement, la remplissant d’un sens aigu de l’inutilité de toutes ces années gaspillées…Étrangement, Barend son fils lui manque avec une intensité douleureuse. Elle voudrait lui dire : »Je le regrette tellement », lui demander pardon, sans même savoir de quoi. » p. 487
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Chacun des protagonistes de ce roman aux intrigues apparemment distinctes laisse des traces. Toutes, à un moment donné, vont se croiser.
Milla, mère de famille qui plaque son foyer et rejoint l’Agence de Renseignement Présidentielle au moment où un groupuscule islamiste s’agite de manière préoccupante.
L’aventurier Lemmer qui protège le transfert à la frontière du Zimbabwe de deux inestimables rhinos noirs. Lukas Becker, l’archéologue aux prises avec les gangs de la plaine du Cap. L’ex-flic Mat Joubert, devenu détective privé, chargé d’enquêter sur la disparition d’un cadre de l’Atlantic Bus Company.
Comparée à l’univers du polar américain (corruption, drogue, prostitution), la matière romanesque de À la trace, qui allie « le monde animal, inhérent à notre culture », des contrebandes pittoresques, l’émancipation des femmes, la culture gangsta des villes, frappe par sa richesse et sa diversité.
Deon Meyer est un des rares auteurs qui, tout en maîtrisant avec brio les règles du genre, ouvre grand le champ des problèmes contemporains de son pays. »www.seuil.com
![]()
L'art du pisteur consiste à identifier les signes, puis à les interpréter. Dans son nouveau roman, Deon Meyer (né en 1958) s'appuie sur ces techniques de traque animale pour déployer une histoire où chaque personnage laissera des traces qui finiront par se recouper. Le romancier sud-africain de langue afrikaans, auteur notamment des mémorables Soldats de l'aube (2000), rappelle du même coup les fondamentaux du thriller : la chasse et la fuite, le chasseur et le gibier, le fort et le faible. Mais, en scrutant les failles et les conflits internes d'une poignée d'hommes inquiets et de femmes déroutées, il évite également toute forme de manichéisme.
Divisé en quatre « livres », A la trace se déroule en septembre 2009, en Afrique du Sud, entre la ville du Cap et le parc national du Karoo. Tout commence avec Milla. Elle vient de quitter son mari et son fils, après vingt ans de mariage qui ressemblaient à une prison avec sévices. Sans ressources mais déterminée, la voilà embauchée par les services secrets sans bien comprendre à quoi elle sert, alors que la Presidential Intelligence Agency surveille des islamistes qui ont tout l'air d'attendre une livraison essentielle. Milla a toujours été une épouse docile, et soudain la vie s'ouvre devant elle. Deon Meyer en fait une héroïne torturée, naïve, mais définitivement libre. Dans une seconde partie du roman, il lui opposera d'autres types de femme comme Flea, fausse dompteuse de rhinocéros, belle aventurière violente et voleuse, prête à assurer le transport d'animaux en voie de disparition à la frontière du Zimbabwe.
Quand il veut faire monter la testostérone, le romancier fait entrer en scène Lemmer (personnage central de Lemmer l'invisible, en 2008). Garde du corps, ex-taulard, Lemmer est un vrai héros, teigneux et sentimental, un franc-tireur pourvu d'une morale fluctuante. Autre figure récurrente de Meyer, Mat Joubert est le personnage central de la quatrième partie : un ancien flic devenu détective, capable d'une empathie démesurée pour ses clients. De ces aventures apparemment indépendantes, dont l'épine dorsale est un trafic de diamants pour le compte d'al-Qaida, Deon Meyer sait tirer les fils et les lier ensemble sans le moindre accroc.
Au-delà de la construction implacable, des personnages incarnés, il y a le pays : une Afrique du Sud post-apartheid qui ne se résume pas à la ville du Cap. On quitte les chics banlieues résidentielles pour se perdre dans des parcs nationaux et rouler au coeur de la brousse. On entend les bruits de la nuit, le hurlement du chacal, le chuintement des crocodiles, pour finir la soirée à manger un bobotie au riz jaune et patates douces.
Deon Meyer raconte des histoires sombres et panoramiques. Chaque personnage distingue quelque chose mais il lui manque un morceau du puzzle pour appréhender l'ensemble. Le lecteur est seul pour réunir les pièces : un pays qui se cherche, une nature sauvage face à l'économie mondiale, une politique contemporaine qui peine à composer avec l'histoire tribale, des langues multiples et des rêves euphoriques plombés par la réalité...
A la trace est le septième livre traduit de Deon Meyer. Comme ses héros, Lemmer ou Mat Joubert, il ne dévie jamais de sa route, creusant ses obsessions tournées vers l'écologie, le refus du pittoresque, la lutte des femmes et ce foutu racisme qui peut changer de camp. Deon Meyer ne se veut pas porteur d'un message, se contente d'éclairer les traces, à l'aise dans son rôle d'écrivain qui agrippe le lecteur en lui offrant tout à la fois du suspense, du sentiment, de l'espionnage, de l'enquête policière. Sacré pisteur que ce Meyer, qui traque sa proie sans jamais la lâcher, jusqu'à la dernière page. »
www.telerama.fr
Le 04/02/2012 - Mise à jour le 29/03/2012 à 16h52
Christine Ferniot
NEUHAUSS Nele
FLÉTRISSURE, ACTES SUD 2011, 357 pages
Très bon roman du genre polar avec des personnages hors normes mais représentatfis de certaines classes sociales. Les personnages du commissaire Oliver von Bodenstein et de sa collègue, la très prosaïque Pia Kirchhoff sont très attachants, perspicaces et futés. Un bon moment de lecture pour qui aime le genre détectives efficaces et audacieux.Un polar magistral.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
»Le polar du mois ! Un secret de famille bien gardé depuis plus de trente ans, une famille d'industriels allemands riches et bien en vue, des meurtres cruels de vieillards respectables, une paire de policiers perspicaces et tenaces. Voilà les ingrédients de cet excellent polar historique qui nous ramène au coeur de l'allemagne nazie. On croit toujours avoir tout lu sur cette époque et on découvre toujours un nouveau volet sombre et moche.
Nous sommes à la fin de la guerre, et profitant du chaos général, des SS ont usurpé l'identité de juifs martyrs. Je ne vous révèle rien de l'intrigue en vous disant cela car les policiers de Francfort font cette stupéfiante découverte en autopsiant le premier cadavre. Un vieil homme riche, juif et influent. Sur son bras se devine la trace effacée d'un tatouage que portait tous les nazis : leur groupe sanguin. Ce mort étrange n'est que le premier d'une série. Qui a découvert l'horrible imposture et qui règle ses comptes ? Intrigue impeccablement ficelée avec des retours intéressants dans le passé et des personnages crédibles.
L'auteur dénonce l'opacité des origines de certaines grosses fortunes ainsi que la faiblesse du pouvoir qui préfère toujours étouffer le scandale plutôt que d'y faire face. Ce roman se dévore d'une traite tellement on veut connaître l'identité du meutrier et savoir ce qu'il sait. La construction méticuleuse du récit permet de suivre l'enquête avec ses rebonds et ses fausses pistes. On croit tout avoir compris et puis non, ce n'est pas ça. La fin laisse baba.
J'ai adoré : L'intrigue, le profil psychologique des personnages, les nombreuses pistes qui s'offrent à notre sagacité et les relations familiales détestables. »
L’avis d’une lectrice :
« Excellent polar!
Premier roman traduit en France de cette auteure allemande, qui semble-il ne sera pas le dernier ! A noter qu’elle a commencé par se publier à compte d’auteur avant de connaitre un réel succès dans son pays.
En bref l’histoire : un premier meurtre qui a toutes les apparences du crime antisémite mais qui va se révéler tout autre ! Lors de l’autopsie le présumé juif porte sur son bras un tatouage propre aux membres de la Waffen SS .Rapidement le lecteur plonge dans les terribles secrets d’une illustre famille allemande, sur fond de passé nazi de l’Allemagne.
Une intrigue dense qui peut parfois sembler complexe, mais magistralement menée. Une multitude de personnages, dont le profil psychologique est travaillé au détail près, rien n’est laissé au hasard.
La tension est palpable dans tout le roman, on est sur le qui vive jusqu’au dénouement.
Des indices distillés au compte-goutte, le moindre fait a son importance, résultat difficile de lâcher le livre avant l’apothéose finale !
Le duo d’enquêteurs Pia / Bodenstein fonctionne à merveille, leur vie privé dévoilée en aparté fait que l’on a envie de les voir évoluer et de les retrouver dans une autre enquête. »www.leschroniquesdhistoiredenlire.blogspot.ca
JENNI Alexis
L’ART FRANÇAIS DE LA GUERRE. Gallimard, 2011, 632 pages
La guerre s’est tuer l’ennemi mais pour le Français c’est aussi détester son patron, engueuler son voisin, ne pas tolérer les étrangers, les musulmans, les immigrants sans papiers, les contradictions de la vie.
La guerre c’est aussi de l’antipathie, de la non-tolérance, le refus des opinions de l’autre, des différences de personnalité et des modes de vie.
La guerre c’est un conflit, une émeute, une escarmouche, une guérilla, une hotillité, une insurrection, une mobilisation, une révolution, des troubles.
Qui n’en connaît pas. Chacun en vit à des niveaux différents, la guerre est dans nos gênes de primitifs. À nous de la contrôler.
J’ai aimé ce livre pour son style direct, ses sujets appropriées, la profondeur des pensées exprimées, les recherches perspicaces de l’auteur. Un grand plaisir pour le lecteur.
L’auteur nous présente une autre version de ces guerres menées par les Français où leurs intérêts les dirigaient. J’apprécie une version qui ressemble davantage à la réalité de ces guerres non pas patriotiques mais économiques. L’histoire nous ment-elle ?
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Citations :
« Jamais ceux qui souffrent ne demandent de se taire. Ceux qui ne souffrent pas, en revanche, dirent avantage de la souffrance. » p. 113
« Nous avons des problèmes d’ordre, de sang, de sol, des problèmes de violence, des problèmes de puissance et d’usage de la force. Ces mots-là viennent à l’esprit, quel que soit leur sens. » p. 169
« Nous lisons la ressemblance sur tous les visages, l’œil cherche, le cerveau la trouve, avant même que nous sachions la chercher, avant même que nous pensions la trouver. La ressemblance aide à vivre.
La race survit à toutes ses réfutations, car elle est le résultat d’une habitude antérierue à notre raison. La race n’existe pas, mais la réalité ne lui donne jamais tort. Notre esprit la suggère sans cesse; cette idée-là revient toujours.
Les idées sont la part la plus solide de l’être humain, bien plus que la chair, qui elle se dégrade et disparaît. Les idées se transmettent, identiques à elles-mêmes, dissimulées dans la structure de la langue.
Le cerveau suit son cours. Il cherche les différences, et les trouve. Il crée des formes. »
p.178
« … : la violence se répand mais garde toujours la même forme. Il s’agit toujours, en petit ou en grand, du même art de la guerre. » p. 473
« La ressemblance et la force sont les idées les plus immédiates que l’on puisse concevoir, elles sont si évidentes que chacun les invente sans qu’on les lui enseigne. »
p. 476
« Ces guerres que nous avons faites, elles ont détruit le plaisir d’être ensemble, et quand nous les racontons, maintenant, elles hâtent encore notre décomposition. Nous n’y comprenons rien. Il n’y a rien en elles dont nous puissions être fiers; cela nous manque. Et ne rien dire ne permet pas de vivre. » p. 480
« Il était venu à Alger parce qu’on avait décidé à Paris qu’il serait bien que lui et ses pareils soient là. » p. 518
« J’ai peur de leur violence Victorien. Je les ai vus couper des nez, des oreilles, des langues. Je les ai vus égorger, éventrer, éviscérer. Pas comme une façon de parler, non, vraiment, comme une façon de faire. J’ai vu des jeunes gens que je connaissais de vue devenir assassins et se justifier. J’ai eu peur de ce déchaînement, Victorien. J’ai eu peur qu’il nous emporte tous. » p. 520
« Alors il faut réécrire l’Histoire, l’écrire volontairement avant qu’elle ne se gribouille d’elle-même. On peut gloser sur de Gaulle, on peut débattre de ses talents d’écrivain, s’étonner de ses capacités de mentir-vrai quand il travestit ce qui gêne et passe sous silence ce qui dérange. » p. 604
Résumé de l’éditeur
« J'allais mal ; tout va mal ; j'attendais la fin. Quand j'ai rencontré Victorien Salagnon, il ne pouvait être pire, il l'avait faite la guerre de vingt ans qui nous obsède, qui n'arrive pas à finir, il avait parcouru le monde avec sa bande armée, il devait avoir du sang jusqu'aux coudes. Mais il m'a appris à peindre. Il devait être le seul peintre de toute l'armée coloniale, mais là-bas on ne faisait pas attention à ces détails.
Il m'apprit à peindre, et en échange je lui écrivis son histoire. Il dit, et je pus montrer, et je vis le fleuve de sang qui traverse ma ville si paisible, je vis l'art français de la guerre qui ne change pas, et je vis l'émeute qui vient toujours pour les mêmes raisons, des raisons françaises qui ne changent pas. Victorien Salagnon me rendit le temps tout entier, à travers la guerre qui hante notre langue. »
L'éditeur anglais Ford Madox Ford (1873-1939) aurait un jour prétendu qu'il pouvait juger de la qualité d'un manuscrit à la lecture de sa seule page 99, comme un coup de sonde en plein coeur du livre. L'Art français de la guerre d'Alexis Jenni, Prix Goncourt 2011, n'échappe pas au test. Sa page 99 donne-t-elle envie de lire l'ouvrage primé
Le livre
"L'Art français de la guerre": le titre s'avère déstabilisant. Le lecteur vierge de toute exposition à la promotion s'attend à un essai sur la guerre, ou pire, à un essai de stratégie militaire française, égrenant les sempiternelles batailles d'Austerlitz, débâcle de 40 ou noyade tricolore dans la cuvette de Dien Bien Phû. Pitié!
Puis on découvre la page 99:
"Le sang avait noirci, sa tête penchait sur son épaule, il avait les yeux clos et la bouche ouverte. (...) Les gens passaient devant le corps allongé sur la place. Les deux policiers un peu voûtés qui le gardaient essayaient de ne voir personne, cette garde leur pesait, ils ne savaient comment soutenir les regards. Sur cette place trop grande et silencieuse, occupée tout l'hiver d'inquiétudes et de brouillards, on ne s'attarde pas."
Divine surprise, en parcourant celle-ci, on ne flirte pas avec l'art de la guerre, mais celui de la description.
Ecrire, c'est comme dominer un Rubik's cube. Parvenir à imbriquer des mots simples, jusqu'à toucher l'harmonie du bout des doigts. Eviter le mélange de mots usités, pompeux, indigestes, consacrant un gloubiboulga cité en référence entre deux postillons dans certains dîners en ville. Ici, point de descriptions dantesques façon Voie Royale de Malraux. Au contraire, place à des descriptions brutes, limpides et percutantes façon, oui oui, Pagnol. Exemple: "Le sang avait noirci, sa tête penchait sur son épaule, il avait les yeux clos et la bouche ouverte". Bingo, l'image d'un pantin blême s'affiche directement dans notre esprit. Chez Pagnol, la phrase "Il était tombé sous la pluie, sur des touffes de plantes froides dont il ne savait pas les noms" procure un effet identique: un souffle froid ne caresse-t-il pas votre joue droite en la lisant?
Mais qui a tué Robert?
Avec cette page 99, le lecteur n'est pas parachuté sur un champ de bataille ou dans la tente d'un général tourmenté, mais sur la place d'une grande ville de l'Hexagone, Lyon. La place Bellecour, gigantesque carré sableux, morbide en hiver, magmatique en été. Un corps est "exposé" sur cette place, aussi esseulé qu'un point marqué au stylo sur une immense feuille de papier. On imagine alors que l'action va emprunter les dédales des traboules, grimper jusqu'à Fourvière, se glisser dans les rues étroites de la Croix Rousse, ou bien dans la fourmilière de la place Carnot. Voyage agréable en perspective.
"Occupée tout l'hiver d'inquiétude et de brouillards". Sympathique personnification de la brume. Lieux et sentiments, un duo que la littérature aimera toujours combiner. Bref, au vu de cette page 99, l'auteur écrit simple et bien: "Ils se levèrent sans remuer leurs chaises" a tout de même davantage d'impact que "Ils se levèrent en silence".
Mais qui a donc tué ce "Robert Chassagneaux" présenté en tête de page? On veut le connaître. Est-il un personnage crucial dans le roman, un nouveau Grand Meaulnes? Ou simplement un figurant littéraire utilisé pour mieux huiler la transition entre deux chapitres? Résultat: on veut le savoir, on tourne la page 99, on a envie de lire. Prix Goncourt ou pas, attention, Jenni va nous plaire »
Un art français entre ampleur et pesanteur, lassitude et richesse
( indécision d’une lectrice )
« Le prix Goncourt 2011 ne ravira pas toutes les mains dans lesquelles il est tombé à Noël, souvent à défaut d’une autre idée de cadeau de la part du généreux offrant, qu’on se le dise. J’ai de mon côté rendu l’exemplaire emprunté avec une sorte de soulagement. Ne vous y trompez pas cependant : je ne regrette pas cette lecture. Allez, il va maintenant falloir que je vous explique tout ça…
L’art français de la guerre est un roman ample. Dire son nombre de pages, 650, ne nous montre pas vraiment cette ampleur. Elle est située dans le style même d’Alexis Jenni. Il y a une finesse alliée à une certaine pesanteur dans la langue de l’écrivain. Quelque chose qui nous transforme, nous, la lecture, le récit, l’histoire – avec un petit comme avec un grand H. L’auteur nous emporte dans de longues réflexions sur l’histoire récente de la France, la seconde guerre mondiale, la guerre d’Indochine et la guerre d’Algérie. La triade des traumas, les sujets tabous de notre société, sont étalés au grand jour par un narrateur comme détaché du monde autour de lui. Les mots cognent, frappent, nous déchirent. La force du récit réside sans doute dans cet usage de la langue. Alexis Jenni, à travers une fiction, nous dit ce qui ne se dit pas. Notre histoire comme notre société en prennent un coup.
Il fallait réussir à mêler les deux, Histoire et société. Alexis Jenni alterne des chapitres qu’il intitule “commentaires”, réflexions d’un narrateur qui se présente dès le début comme tel (“J’aimerais bien une autre vie mais je suis le narrateur. Il ne peut pas tout faire, le narrateur : déjà, il narre. S’il me fallait, en plus de narrer, vivre, je n’y suffirais pas”), avec d’autres qu’il appelle sans ambiguïté “Roman”. Sept longs chapitres pour un narrateur qui regarde le monde autour de lui de manière détaché, nous raconte son histoire personnelle à demi-mots mais surtout la manière dont il se retrouve à raconter l’histoire de Victorien Salagnon, le personnage principal des six “romans” : “Je ne sais quelle compétence il me prête. Je ne sais pas en quoi il a cru en m’observant de ses yeux trop clairs, de ces yeux dans lesquels je n’identifie pas d’émotions, juste une transparence qui me laisse croire à la proximité. Mais je suis le narrateur, alors je narre” (fin des premiers commentaires). La seule chose qui réunit nos personnages, mis à part la ville de Lyon, est la peinture. Tous les deux peignent, et c’est par fascination pour les oeuvres de Victorien que le narrateur se retrouve à prendre des cours avec lui. Narrateur et protagoniste sont réunis, à tel point que Salagnon demande à son pupille d’écrire son histoire, à laquelle il n’arrive pas à donner de relief.
Alexis Jenni nous parle ainsi du présent et du passé, de l’influence du passé sur le présent. Les liens sont forts, rempli d’atrocités et d”injustices. L’un n’est qu’écho de l’autre, sa conséquence doublée à une survivance de la pensée raciale. Rien n’a changé, et pourtant tout est plus fort, plus compliqué, plus caché. Cette complexité qui se cache derrière une construction en alternance d’une grande simplicité, derrière les artifices assez classiques du roman et derrière une langue riche qui exprime un équilibre entre contemplation et violence, est un véritable poids dans la lecture. Longtemps, nous ne faisons que la percevoir sans vraiment la comprendre.
Ce qui ressort de ce roman, c’est son honnêteté totale. L’auteur ne se cache pas, et ne cache pas non plus la dimension fictive de son roman. Le narrateur est le narrateur, qui plus est contemporain à l’auteur. Il n’est pas Victorien Salagnon, ce personnage qui a participé aux guerres de décolonisation, mais une personne qui nous parle du passé depuis le présent. Il ne dit pas avoir raison sur tout, et sa compréhension est souvent bloquée parce qu’il n’a pas vécu ces choses là, parce qu’il n’y a pas participé. D’ailleurs, Salagnon et Mariani (compagnon de route du premier en Indochine et en Algérie devenu chef d’un groupe raciste) le reprendront à plusieurs reprises dans ses lectures du passé.
L’auteur réussit avec brio a ne pas juger l’Histoire telle qu’elle a été écrite. Il ne juge pas les exécutions sommaires au lendemain de la seconde guerre mondiale, ni les massacres de villages entiers en Indochine, ni les soldats qui ont torturé en Algérie. Il nous montre. Avec horreur et exactitude, il rend compte de ce qu’il s’est passé. Sans juger les faits, il interprète le présent :
“La race est une pensée inconsistante, qui repose sur notre avidité éperdue des ressemblance ; et qui aspire à des justifications théoriques qu’elle ne trouvera pas, car elles n’existent pas. La race c’est un pet du corps social, la manifestation muette d’un corps malade de sa digestion ; la race, c’est pour amuser la galerie, pour occuper les gens avec leur identité, ce truc indéfinissable que l’on s’efforce de définir ; on n’y parvient pas, alors cela occupe.”
“J’avais travail, maison et femme, qui sont trois visages d’un réel unique, trois aspects d’une même victoire : le butin de la guerre sociale. Nous sommes encore des cavaliers scythes. Le travail c’est la guerre, le métier un exercice de la violence, la maison un fortin, et la femme une prise, jetée en travers du cheval et emportée.”
Sans les parties “roman”, nous aurions l’impression de nous faire écraser sous de grandes vérités, des maximes et des interprétations indiscutables de la société française actuelle, symboles d’un moralisme barbant au plus haut point. Mais Alexis Jenni pallie à ça : nous comprenons le monde actuel en regardant le passé, en montrant que ces idées ne viennent pas de nul part mais de l’Histoire. La société est marquée par elle, et c’est en observant les horreurs de la guerre que nous voyons différemment le présent, la manière de penser qui change ou ne change pas (du moins pas vraiment), le malaise social, la survivance de la pensée raciale, notre trouble face à l’attitude des autorités… L’auteur, en créant ce personnage à la vision critique et décalée de notre société, a conscience de pouvoir choquer. Il en joue pour nous montrer les choses d’un autre point de vue. C’est parfois extrême et très critiquable, voire faux, mais cela nous fait réagir et réfléchir.
Honnête également est cette manière de parler de l’écriture dans le roman lui même. Mettre le narrateur au grand jour permet à l’auteur d’évoquer la narration, la manière dont se construit le récit, le travail de la langue. Ici, c’est même un jeu : le narrateur se dit mauvais, et il affirme la supériorité de la peinture et du cinéma à plusieurs reprises, sans exclure de la remettre en cause plus tard. Pourtant, les mots disent l’indicible, ils rendent compte d’une réalité intraduisible sans eux. Le cinéma n’a pas (encore) su la montrer. Les limites de la langue sont évoquées (“Le silence se fit. Cela avait duré quelques secondes, le temps de descendre une pente en courant. Le dire est déjà le dilater”), mais aussi sa richesse : c’est dans la langue que le narrateur affirme une unité (“Elle est merveilleuse cette expression qui dit : nous nous comprenons. Elle décrit un entrelacement intime où chacun est une partie de l’autre, figure impossible à représenter mais qui est évidente du point de vue du langage : nous sommes entrelacés par la compréhension intime de la langue”).
C’est parfois un peu fade, monotone ou simplement ennuyeux, mais l’impression d’ensemble n’est pas celle là. Ce roman est complexe, par bien des côtés inaccessible, les idées s’enchâssent les unes dans les autres sans que nous y comprenions grand chose, le véritable lien entre présent et passé n’est qu’une impression qui s’installe très lentement au fil de la lecture, les récits qui nous sont fait sont longs, ils balaient tout un pan de non-dits qui s’explicitent dans la langue d’Alexis Jenni, racontent des années de guerre, les commentaires dressent un tableau très large de la société actuelle sous la forme de pensées d’un narrateur, il y a souvent des longueurs à n’en plus savoir que faire… Tout cela rend la lecture de ce roman ardue, pénible, lassante, mais c’est également ce qui lui donne toute sa valeur. »
www.petiteslecturesentreamis.com
Bon polar qui se déroule en Écosse. Très intéressant de découvrir les habitudes de vie et les légendes du peuple écossais.
Gilles LAGROIS, Auclair, Québec
MAY PETER
L’ÎLE DES CHASSEURS D’OISEAUX, Rouergue, 2009, 374 pages
« Chargé de l’enquête sur un assassinat commis à Edimburg, Fin McLeod est envoyé sur l’île de Lewis, en Écosse, quand un second cadavre sans doute exécuté selon le même modus operandi y est découvert : la victime, assommée puis étranglée, est finalement pendue et poignardée.
Cependant, dès l’autopsie effectuée par le médecin légiste, Fin ne croit plus aux liens entre les deux affaires.
Marqué par la perte récente de son fils unique qu’il reproche à sa femme, l’inspecteur McLeod est ainsi de retour sur son île natale qu’il a quittée à l’âge de 18 ans.
Il retrouve alors les acteurs de son enfance dont Ange, la victime, était le chef tyrannique de la bande de gamins dont il faisait partie. Marsaili, son premier amour, qui vit aujourd’hui avec Artair. Ce même Artair, dont le père a perdu la vie il y a 18 ans en sauvant celle de Fin.
Mais quand Artair et son fils sont en route vers l’île des oiseaux nicheurs, McLeod comprend qu’il a été attiré dans un piège.
Pourquoi ?  Parce que l’expédition 18 ans plus tôt ne s’est pas exactement passée comme on le croit...
Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May nous plonge au cœur de l’histoire personnelle de son enquêteur Fin McLeod.
Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes... L’auteur tient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. » www.peter.may.pagesperso-orange.fr
Description
« Marqué par la perte récente de son fils unique, l'inspecteur Fin Macleod, déjà chargé d'une enquête sur un assassinat commis à Edimburg, est envoyé sur Lewis, son île natale, où il n'est pas revenu depuis dix-huit ans.
Un cadavre exécuté selon le même modus operandi vient d'y être découvert. Cependant, dès l'autopsie effectuée par le médecin légiste, Fin ne croit plus à un lien entre les deux affaires. Sur cette île tempêtueuse du nord de l'Écosse, couverte de landes, où l'on se chauffe à la tourbe, pratique encore le sabbat chrétien et parle la langue gaélique, Fin retrouve les acteurs de son enfance, à commencer par Ange, chef tyrannique de la bande dont il faisait partie.
Marsaili, son premier amour, vit aujourd'hui avec Artair. Ce même Artair dont le père a perdu la vie en sauvant celle de Fin lors de l'expédition qui, chaque année, depuis des siècles, conduit une douzaine d'hommes sur An Sgeir, rocher inhospitalier à plusieurs heures de navigation, pour y tuer des oiseaux nicheurs. Que s'est-il passé il y a dix-huit ans entre ces hommes, quel est le secret qui pèse sur eux et ressurgit aujourd'hui? Sur fond de traditions ancestrales d'une cruauté absolue, Peter May nous plonge au coeur de l'histoire personnelle de son enquêteur Fin Macleod.
Fausses pistes, dialogues à double sens, scènes glaçantes l'auteur tient le lecteur en haleine jusqu'à la dernière page. »www.librairiepantoute.com
« Retenez bien ce proverbe gaélique : "Trois choses qui arrivent sans qu'on demande, la peur, l'amour et la jalousie." Il pourrait vous être utile...Je le dis sans détour: j'ai adoré ce livre ! Oui, j'ai bien dit adoré ! Un grand grand grand moment de lecture. Livre fermé, je n'en suis pas encore revenu ! Lewis, la plus grande île de l'archipel des Hébrides extérieures, en Écosse est de tradition presbytérienne. Encore aujourd'hui les habitants de cette île du bout du monde observent le sabbat chrétien, parlent la langue gaélique. Ils vivent de l'exploitation de la tourbe, de la pêche, du tourisme, de la fabrication du tweed et d'un peu d'agriculture . Depuis la nuit des temps, ils ont une coutume unique au monde réservée uniquement à quelques initiés mâles natifs de l'île: la chasse aux fous de Bassan.
Pendant deux semaines, ces hommes et quelques jeunes garçons, sont emmenés à bord d'un chalutier sur An Sgeir, qu'il neige, qu'il vente ou qu'il tempête ! Une sorte d'épreuve ! An Sgeir est un rocher émergeant de la mer, à cent kilomètres de Lewis, où nichent et se reproduisent des milliers d'oiseaux. Chaque année, deux mille oisillons sont tués, préparés sur place et ramenés sur l'île Lewis. Avant d'être une tradition ce fut une ressource vitale pour se nourrir. Tout ce qui est fait, vu ou dit sur ce rocher doit demeurer secret. Un passage obligé pour devenir un homme de l'île.
"Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant; lorsque je suis devenu un homme, j'ai laissé là ce qui était de l'enfant." écrivait Paul aux Corinthiens. Voilà, nous y sommes, le décor est planté. Il pleut toujours et un vent glacial souffle sans arrêt. Brrrrrrrrrr...Dans ce superbe roman, les descriptions des paysages sont magnifiques ! L'auteur sait imposer une atmosphère : là-bas, j'ai eu faim, froid, peur, j'ai ri et pleuré. j'ai senti et touché... Les Boileau-Narcejac, habiles écrivains de romans policiers avaient l'habitude de dire qu'un bon polar doit être "une machine à lire".
Celui là on ne le lâche pas...la machine à lire est parfaitement huilée. Mais est-ce vraiment un polar ? N'est-ce pas aussi un livre d'anthropologie ? Un livre d'Histoire ? Un livre de géographie ? Tout simplement le livre d'une histoire. Une histoire sur l'enfance. Une histoire sur le passage à l'âge adulte comme un passsage à l'acte. L'inspecteur Fin Macleod, natif de cette maudite île qu'il a quitté il y a maintenant plus de dix-huit ans revient (malgré lui) sur les lieux de son enfance pour élucider un meurtre particulièrement sordide.
Ce retour tant redouté va provoquer le réveil des fantômes de son enfance. Il va retrouver Artair Macinnes le fils du professeur qui leur donnait des cours particuliers, Donald Murray le fils du pasteur, Calum Macdonald le souffre-douleur d'Ange, Ange le persécuteur des cours de récréation, Marsaili son premier amour de banc d'école, sa tante "adoptive" malgré elle, celle qui a fait Woodstock et...bien d'autres cauchemars en souffrance. Retenez bien ces noms, vous n'êtes pas prêt de les oublier ! Ce retour va faire remonter à la surface des amours déçues, des jalousies, des vengeances longtemps noyées par le mauvais temps et la culture ancestrale du secret. Je me répète, j'ai adoré ce livre. Vraiment. J'ai eu beaucoup de mal à quitter cette île sauvage du nord de l'Ecosse. A lire d'urgence et sans modération ! Pour trouver la vérité, j'ai dévoré les quatre cent pages en deux nuits ! "La vérité ne quitterait jamais le rocher. Elle resterait là, parmi les amas de rochers et les oiseaux, chuchotée par le vent. Elle mourrait dans les cœurs et les esprits des hommes qui étaient là ce fameux jour lorsque viendrait leur tour... » www.babelio.com
ERNESTAM Maria
LES OREILLES DE BUSTER, ÉD. GAÏA, 2011, 411 PAGES
Il y a longtemps que je n’avais pas lu un livre aussi intéressant, bien fait, bien écrit, touchant. Le personnage principal est une enfant mal-aimée qui s’assume et qui refuse d’être la victime de sa mère et même se propose un jour de la tuer.
On partage la vie intime d’une femme qui choisit d’être heureuse malgré les événements bouleversants de sa vie personnelle, des personnes de son entourage.
On est complice et confident à la fois car Eva écrit un journal qui nous fait connaître son passé de souffrance et nous relate les événements de son présent.Personnage très clairvoyant et branché sur sa réalité. Elle sait ce qu’elle veut, ce qu’elle ressent, ce qu’elle recherche et choisit de vivre. Elle est consciente de sa réalité et maître d’elle-même.
Ce livre est un bijou, un plaisir, une ouverture sur l’humain incroyable.
Un mélange de sensibilité poétique et dépravation perverse bien rationné.
Résumé :
« Eva cultive ses rosiers. À cinquante-six ans, elle a une vie bien réglée quÂ’elle partage avec Sven. Quelques amies, des enfants, et une vieille dame acariâtre dont elle sÂ’occupe. Le soir, lorsque Sven est couché, Eva se sert un verre de vin et écrit son journal intime. La nuit est propice aux souvenirs, aussi douloureux soient-ils. Peut-être aussi la cruauté est-elle plus douce lorsquÂ’on lÂ’évoque dans lÂ’atmosphère feutrée dÂ’une maison endormie. Eva fut une petite fille traumatisée par sa mère, personnage fantasque et tyrannique, qui ne lÂ’a jamais aimée.
Très tôt, Eva sÂ’était promis de se venger. Et elle lÂ’a fait, avoue-t-elle dÂ’emblée à son journal intime.
Un délicieux mélange de candeur et de perversion » www.babelio.com
« Paru aux éditions Gaïa en 2011, Les oreilles de Buster a de quoi intriguer : une couverture rose et violette, une petite fille taillant une haie formant un cœur...
Cette petite fille, c'est Eva, âgée de huit ans, qui vit à Stokholm avec son père, aimant et faible, et sa mère, véritable tornade séductrice et égocentrique. Une mère qui ne la supporte pas et ne rate pas une seule occasion de l'humilier en public. Une mère dont elle cherche désespérément l'affection et la reconnaissance et chez qui elle ne trouve que mépris et mesquinerie.Et c'est ainsi qu'à l'âge de huit ans, Eva a pris la décision de tuer sa mère.
L'histoire est relatée par Eva elle-même, désormais âgée de cinquante-six ans, et ne se découvre que petit à petit, sous la forme d'un journal intime un peu tardif.
Il y a quelque chose dans ce roman d'enfantin et de démoniaque. De façon froide et calculatrice, mais avec l'énergie du désespoir, Eva se prépare au crime avec raffinement mais sans jamais mettre le lecteur mal à l'aise. Une histoire de famille sombre mais libératrice, qui a reçu un très bon accueil de la part des libraires et qu'il faut découvrir sans tarder... ne serait-ce que pour savoir qui est Buster et à quoi servent ses oreilles! »
www.babelio.com
SUEDE -RENTREE LITTERAIRE
Editions Gaïa, 2011
Un roman qui ne fait pas beaucoup parler de lui dans la presse mais qui fait partie d'une sélection pour un prix des libraires ; il faut dire que j'ai été d'abord attirée par une couverture envoûtante, une jeune fille coupant ses jolis rosiers en forme de coeur. Cela m'a fait penser à un conte et j'ai vraiment retrouvé cette atmosphère dans le roman...mais un conte joliment pervers...
Jugez-en plutôt par la première phrase du récit :
"J'avais sept ans quand j'ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j'ai finalement mis mon projet à éxécution. "
Une phrase coup de poing qui vous met tout de suite dans l'ambiance ! L'histoire nous ai racontée par l'auteur du crime, Eva, 56 ans, retraitée, passionnée de jardinage : elle cultive de magnifiques rosiers...Sa petite fille lui a offert pour son anniversaire un journal intime ; elle va donc en profiter pour avouer par écrit ses crimes passés. Car avant de mettre celui-ci à exécution, elle s'est quelque peu exercée...
Un mélange de poésie et de perversité savamment dosée...
Une atmosphère "conte au coin du feu" : nous sommes dans une petit village suédois, surplombant une falaise balayée par les vents et la brume. On se réunit entre amis pour se raconter ses histoires avec du café et des pains au lait. Eva cultive une magnifique roseraie...
Un cadre enchanteur pour nous livrer peu à peu les secrets d'une ancienne petite fille souffrant d'une mère égoïste et fantasque. D'étranges rituels viendront précéder ce meurtre.
Il aura été question de livrer ses secrets aux oreilles de Buster (l'énigme du titre), de rêver du roi de pique qui lui insuffle son côté noir, de cultiver des roses Peace. Et l'on parle aussi de baleines qui s'enfoncent dans l'abîme pour mleux renaître...
Laissez-vous emporter par les confidences nocturnes d'Eva, à la lumière de sa lampe de bureau, buvant un cognac. C'est délicieux...
Décidément, les blessures familiales sont un grand thème de cette rentrée littéraire 2011 ; il y a bien l'indispensable Freedom de Franzen (pas encore lu), Rien ne s'oppose à la nuit de Delphine de Vigan et Ce que l'on peut lire dansl'air de Dinaw Mengestu. sans oublier La confusion des peines de Laurence Tardieu.
Mais avec Les oreilles de Buster, il faut quitter le registe de l'autobiographie ou autofiction. On est bien dans le plus pur romanesque, celui des contes...Et on y croit ou pas...www.passiondeslivres.com
Gilles LAGROIS, Auclair, Québec
CHASE-RIBOUD Barbara
LE NÈGRE DE L’AMISTAD, Albin Michel, 1989
Ce roman m’a beaucoup appris sur l’esclavage, le commerce des esclaves Africains dès 1839.
J’ai été très surpris de constater que les principaux pays y participant étaient l’Angleterre, la France, le Portugal, l’Espagne, les États-Unis et autres pays européens. C’est évident que ces pays étaient proches de l’Afrique et avaient accès rapidement aux pays africains côtiers.
Tous ces pays avaient des accords pour permettre le commerce des esclaves et en même temps avaient des lois et des flottes de bateaux armés pour combattre l’esclavage et surtout protéger leurs intérêts.
Dans certains états américains du sud l’esclavage était toléré pour des raisons politiques et surtout économiques mais non toléré dans le nord où l’esclavage était défendu par des lois, des juges dévoués à la cause.
Le réalisme de ce roman est bouleversant, le style très approprié car il respecte la langue des Mendés, leurs lois, leurs croyances, leurs coutumes et leur vie sociale.
À lire sans faute si le sujet t’intéresse.

« En 1839, en Sierra Leone, des négriers enlèvent des guerriers du pays mendé. Vendus comme esclaves, embarqués pour Cuba, ceux-ci se mutinent et prennent la barre de l'Amistad, navire de leurs maîtres espagnols.
Ils échouent alors en Nouvelle-Angleterre, en pleine controverse nationale entre partisans et adversaires de l'esclavage, et vont lutter pour leur dignité au cours de trois procès retentissants.
Sont-ils des Noirs libres ou des esclaves? Doit-on les considérer comme des hommes ou des marchandises ?
Superbe guerrier dont la noble stature impressionnera le monde américain, représentant de l'antique tradition africaine, Joseph Cinque, leur chef, va découvrir une Amérique en pleine constitution, avec ses abolitionnistes, ses féministes, ses conservateurs blancs jaloux de leurs privilèges et ses Noirs émancipés, dont la belle Vivian Braithwaite, ardente et passionnée.
Avec Le nègre de l'Amistad, Barbara Chase-Riboud réunit dans une éblouissante épopée historique le vieux continent africain et le Nouveau Monde.
Après La Grande Sultane et La Virginienne, elle évoque ici avec émotion les racines noires de la culture américaine, à travers le destin exceptionnel d'une grande figure de l'émancipation africaine. ».
www.babelio.com