ROBERT LALONDE---LE SEUL INSTANT
24/05/2012 12:03 par livresentete
LE SEUL INSTANT, Bréal, 2011, 109 pages
Beaux textes et réflexions sur la nature, les animaux qui nous entourent, la vie de l’homme parmi tant de beauté naturelle. Les textes sont descriptifs, poétiques, couronnés de peintures de l’auteur et de citations d’auteurs connus mémorables. Un beau moment de lecture qui nous remet en contact avec nous-mêmes.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Robert Lalonde nous entraîne dans sa campagne l’espace de tout un été. Il nous ouvre les portes du laboratoire de l’écriture, nous fait témoins de l’opération alchimique qui se déroule entre l’œil et le cœur de l’écrivain, entre la nature et les livres se répondant sans cesse. Grâce à son regard aiguisé, il nous donne à voir ces correspondances dont parle Baudelaire, et qui sont le souffle même de la vie. » Éditeur, Boréal.
«L'exigence des écrivains ne m'embarrasse pas. Je ne lis pas pour comprendre. Je lis, on lit pour ressentir, apercevoir, faire des liens, sortir de sa propre étroitesse.» Sa déambulation de lecteur, le touche-à-tout Robert Lalonde la poursuit dans son vingt-et-unième titre, Le Seul Instant.
Journal de lecture, d'écriture et de création, Le Seul Instant convoque une fratrie d'auteurs, entre observations de la nature et méandres de la pensée. Dans les deux seules premières pages sont convoqués Schopenhauer, saint Paul à Damas, Wilde, Pierre Morency et Céline. Les citations abondent, puisées au Reader's Digest et à Stephen Hawking, à Teilhard de Chardin ou à Riopelle.
Le Seul Instant fait écho aux carnets d'Iothéka (Boréal) de 2004. «Là, je donne la parole à tous ces auteurs qui m'obsèdent depuis des années. Je fais ça quand j'en ai marre de la fiction. C'est une bouffée d'air», explique l'auteur, sans lien de parenté avec votre journaliste malgré le même patronyme. «Voir, regarder, déceler est une obsession d'écriture, confirme Lalonde, comme celle de faire des liens entre des choses qui ne se touchent pas.»
Le Seul Instant reproduit les aquarelles grandeur nature de l'auteur, dont il se moque, comme de son rêve d'être peintre. «J'ai fait mon scrapbook intégral, dans ce fantasme du livre total: il manque juste un petit sachet de parfum et le CD des chants d'oiseaux», lance-t-il en riant. La nature est partout et Le Seul Instant est peuplé de feuillages, de brûlots, des accouplements tumultueux des ouaouarons, de batailles de chats et de scarabées. Plus qu'un personnage ou qu'un environnement, la nature est une autre lecture offerte. «J'étais buissonnier au coton, enfant; j'ai gardé cette disposition naturelle à oublier la cloche qui sonne le retour en classe, absorbé ailleurs, jusqu'à ce qu'on envoie la police après moi » www : ledevoir.com
« L’auteur du Monde sur le flanc de la truite et de Iotékha’ signe un autre de ces petits livres exquis, invitations à mieux voir et ressentir les beautés terrestres. Le seul instant, c’est le récit d’un été à Sainte-Cécile-de-Milton, havre chéri où l’écrivain et homme de théâtre vient oxygéner sa tête et laisser prendre forme les questions qui l’habitent.
Les courts textes de ce carnet, dans lequel Robert Lalonde a glissé quelques aquarelles et pastels de sa main, témoignent des interrogations d’un homme rendu assez loin sur le chemin de la vie autant que d’instants de communion avec la terre, nous épargnant le bonheur béat et le fleuri qui encombrent souvent ce genre d’exercice. Ainsi nos défenses tombent, et on se laisse volontiers conter «la clairière, le jardin – bientôt un grand cimetière sous la neige -, l’envol désordonné du pluvier, la pluie obstinée, les livres fraternels». Éd. du Boréal, 2011, 120 p
CARLOS RUIZ ZAFON
LE PALAIS DE MINUIT, Robert Laffont, 1990, 2012, 304 pages
Bon roman fantastique d’abord publié en 1990 pour Jeunes et en 2012 pour tous. Le PALAIS DE MINUIT est le deuxième roman d’une trilogie dont le premier volume,
LE PRINCE DE LA BRUME, est paru aux Éditions Robert Laffont (2011).
Roman attachant avec la grand-mère, les sept amis dont l’un d’eux a une jumelle.
Cette fraternité a comme but l’entraide de chacun d’eux peu importe les circonstances et les risques de danger.
L’auteur nous mène dans une intrigue fantastisque incroyable avec un personnage ayant de grands pouvoirs d’utilisation et de transformation de l’élément feu.
Roman touchant la famille et l’amitié de jeunes orphelins qui sont libres à l’âge de seize ans.
Le style de Zafon coule avec grâce et démence d’une page à l’autre. Roman très réussi si le genre nous plaît.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage : Le Palais de Minuit de Carlos Ruiz Zafon
« Ce deuxième roman de Carlos Ruiz Zafon (auteur espagnol des best-sellers) qui vient de ressortir tous publics, est pour moi (tout comme le prince de la brûme) un livre pour ados.
Rien à voir avec la profondeur poétique de L'Ombre du vent.
Dans ce Calcutta du début du XX° siècle "le lieutenant Peake", poursuivi par des tueurs (dont le terrible Jawahal), sauve de la mort deux petits jumeaux. Leur grand-mère, Aryami Bosé, les sachant en danger confie le garçon Ben aux bons soins du directeur Thomas Carter de "l'orphelinat Saint Patrick's"et fuit avec la petite Sheere.Un médaillon prouve leurs origines.
Plusieurs années ont passé, Ben et six amis vont dissoudre leur "club de la chowbar society" où ils se racontent des histoires Il retrouve sa soeur et sa grand-mère qui l'avertissent que Jawahal est à ses trousses.
Remontée dans le passé d'un père (mort dans un horrible incendie de train)au mystérieux "traité d'ingénierie". Cauchemars aux allures d'hallucinations.Fantôme.Explosion de fenêtres.Code secret.Magie noire.Déesse Kali.Mythologie phénicienne. Et un palais comme "un grand cygne noir"
"Quel secret, quelle lourde charge portait donc sur ses épaules un simple ingénieur?"
Suspense!! Avec baptème du feu et tristes morts.
Serions-nous dans l'antre du démon? www : babelio.com
Arnaldur INDRIDASON
BETTY, Métaillé, 2011, 206 pages
Un polar d’une grande intensité sans la présence d’un commissaire, d’un inspecteur de police pour nous guider et nous alarmer.
Seulement un personnage aux prises avec un meurtre monté de toutes pièces, un amour impossible, un drame intense car la victime est piégée, consentante, aveuglée par son amour irrévocable.
Un grand polar manié par le talent d’écriture d’Arnaldur Indridason.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
résumé du livre
« Dans ma cellule je pense à elle, Bettý, si belle, si libre, qui s'avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister. Ensuite, que s'est-il passé ? Je n'avais pas envie de ce travail, de cette relation.J'aurais dû voir les signaux de danger.J'aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait.J'aurais dû ...J'aurais dû ...J'aurais dû... Maintenant son mari a été assassiné et c'est moi qu'on accuse. La police ne cherche pas d'autre coupable. Je me remémore toute notre histoire depuis le premier regard et lentement je découvre comment ma culpabilité est indiscutable, mais je sais que je ne suis pas coupable. Un roman noir écrit avant la série qui fit connaître le commissaire Erlendur Sveinsson. »www.evene.fr
Ecrit par Léon-Marc Levy 23.10.11 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, La rentrée littéraire, Polars, Pays nordiques, Métailié
Betty. Trad. de l’islandais par Patrick Guelpa. 27 octobre 2011. 206 p. 18€

« Diamant d’un noir étincelant, Betty est un chef-d’œuvre du genre. Un chef-d’œuvre qui va compter dans la littérature noire. Donc dans la littérature tout court.
On a l’habitude avec Indridason de plonger dans un univers sombre, fatidique, marqué par la course tragique des êtres. Avec Betty, notre Islandais favori, qui abandonne pour ce livre son détective fétiche Erlendur Sveinsson, atteint des sommets, signant un polar digne de la plus belle époque, celle des Chandler, des Goodis. Et puis celle de James Cain ! Betty commence bien sûr par une épigraphe de lui :
« Ceci devrait être un meurtre tellement désolant que ça n’en serait même pas un, mais seulement un banal accident de voiture qui arrive quand des hommes sont soûls et qu’il y a de l’eau-de-vie dans la voiture et tout ce qui va avec . » (James M. Cain, Le Facteur sonne toujours deux fois)
Et la citation ne s’arrête pas là. En fait, elle ne s’arrête pas du tout ! Jusqu’à la fin du livre, Indridason nous offre une merveille de « remake » du Facteur. Ce n’est pas nouveau. Ce chef-d’œuvre de la littérature noire a inspiré des centaines de livres et de films.
Et même les « remakes » ne sont pas nouveaux. Bob Rafelson, au cinéma, nous a offert en 1981 une nouvelle version fabuleuse du grand film de Tay Garnett de 1946. On sent encore la brûlure des corps et des âmes dans les scènes torrides entre Jack Nicholson et Jessica Lange …
« Remake » donc. Mais bien sûr, ce n’est pas si simple.
Toute la première moitié de « Betty » colle à la trame narrative de Cain. Un personnage, incarcéré pour meurtre, raconte en flashes-back successifs les étapes d’une relation amoureuse incendiaire avec une femme splendide, relation qui l’a mené dans la cellule où il est, attendant son inculpation. Indridason cisèle avec une jubilation évidente un univers directement issu du Facteur. Femme fatale, menteuse, fascinante. Méchant mari, riche, grossier, brutal. Et le narrateur, amoureux et nigaud, dont on sent, dès le départ le destin inéluctable dès qu’il est pris dans la toile d’araignée. Le tout scandé de cigarettes et de coupes de champagne. Le grand classique donc :
Depuis la magie de la rencontre : « Elle était là. Elle était arrivée en retard et je l’avais tout de suite remarquée parce qu’elle était … merveilleuse. Merveilleuse dès l’instant où je l’ai vue pour la première fois entrer dans la salle, au crépuscule. Derrière elle, la lumière du couloir lui faisait un halo, comme à une star de cinéma. »
Aux affres du doute :
« Betty.
Je n’ai jamais aussi bien connu une femme et pourtant, aucune ne m’a été autant étrangère. Elle a été pour moi comme un livre ouvert et en même temps une énigme absolument indéchiffrable. »
Et jusqu’à l’horreur révélée :
« Quand je suis au lit et que je reviens en arrière, je ne parviens pas à déceler le moment où … ma vie s’est transformée en ce long cauchemar dont je voudrais tellement me réveiller. »
« Toute la première moitié » du livre. Oui mais voilà, il y a dans ce livre les pages 108 et 113 !! Et une seconde moitié du livre !! Le ciel alors nous tombe sur la tête et cette histoire devient une autre histoire. Un déplacement syntaxique. Quelques pronoms personnels, quelques accords surprenants (au point qu’on peut croire à une coquille d’imprimerie pendant un instant !), un glissement de genre, d’abord feutré, puis vertigineux, et Indridason nous emmène avec lui dans son monde à lui !! Et en route pour une autre dimension d’univers narratif … Vertige ...
Pas question d’en dire plus. Evidemment. Simplement ne ratez pour rien au monde Betty. Elle, elle ne vous ratera pas !www.lacauselitteraire.fr
Léon-Marc Levy
DAVID-NÉEL Alexandra
MAGIE D’AMOUR ET MAGIE NOIRE OU LE TIBET INCONNU, Pressses Pocket, 1938, 1977, 219 pages.
Un des rares romans qu’on peut lire ayant comme source le Tibet. Ce roman est une histoire vécue que l’on raconta à notre voyageuse qu’est Alexandra David-Néel dans la nuit du Tibet. Un récit mythique où le merveilleux croise l’horreur, l’obsession du pouvoir et la possession de la formule de l’immortalité.
Dans ce roman nous découvrons des rituels comme les voyageurs de passage à Lhassa devaient offrir de somptueux cadeaux au Dalaï Lama ainsi qu’à ses ministres et intermédiaires, la science médicale et les rituels religieux s’entremêlaient dans le quotidien des Tibétains.
Un roman intéressant à découvrir car le Tibet est un pays intéressant avec une organisation sociale, religieuse très fonctionnelles.
« Un livre lumineux qui se lit comme un songe. »
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Accueillie un soir dans un campement tibétain, Alexandra David-Néel parla longuement avec son hôte d'une nuit qui, mis en confiance, poussé peut-être par la solitude et le remords, lui raconta son passé. Inconsciemment en quête d'absolu, il crut le trouver dans l'amour humain avec la belle Detchéma, puis dans un monastère étrange où il découvrit un horrible secret. Il pensa enfin atteindre à la sérénité auprès d'un ermite, dans une vie toute de sacrifice. Mais le destin n'en avait pas fini avec lui.
Histoire d'amour et de mort où brigands et moines jouent un rôle, les plus effrayants n'étant pas ceux qu'on pourrait imaginer, Magie d'Amour et Magie Noire est donc un roman vécu. Alexandra David-Néel affirmait s'être contentée d'entourer les héros du décor physique et de l'atmosphère mentale dans lesquels ils se mouvaient. Mais n'est-ce pas là, justement faire oeuvre de romancier ? Garab et Dtchéma hanteront longtemps les mémoires.
Un beau roman d'amour, un récit d'aventures passionnant, une initiation aux moeurs et aux croyances de ce Tibet mystérieux. »
OLAFSDOTTIR Audur Ava
ROSA CANDIDA, Zulma, 2010, 318 pages
Une belle histoire de vie de gens ordinaires et heureux. Le style est plutôt romantique comme l’histoire de ce jeune homme qui rencontre une jeune fille et qui s’aiment dès leur première rencontre. La jeune femme est enceinte et l’annonce au jeune homme de vingt-deux ans qui choisit l’horticulture comme métier et comme vie future. Un beau roman sans violence et plein d’espoir de vivre heureux.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Le "petit Lobbi" quitte son Islande natale, sans rien connaître du monde qui l'entoure. Sa passion des roses et plus particulièrement de la rosa candida le conduira jusque dans un monastère d'un pays lointain. Peu importe qu'il ait une petite fille, que son frère soit autiste et que sa mère soit décédée : sa candeur et sa simplicité lui permettront de surmonter les épreuves de son périple. "Sa chère mère" aurait été particulièrement fière de son fils !
Sa rencontre au monastère avec un moine cinéphile, amateur de bon vin est particulièrement savoureuse. Cultiver des roses deviendra tendance grâce à ce roman !
Une écriture pleine de poésie, un choix de mots très juste, ce qui en fait une réelle surprise dans ce roman où nous suivons un jeune garçon perdu mais qui sortira grandit. Son rôle paternel est traité avec plein de tendresse.
Un très beau roman.
« A 22 ans, le jeune Islandais Arnljotur se décide à quitter sa famille après le drame qui l'a frappée. Sa mère est décédée lors d'un accident de voiture et le laisse avec son père bientôt octogénaire et son frère qui reste anormalement silencieux. Arnljotur, petit rouquin, était très proche de sa mère qui trouva la force, quelques instants avant de mourir, de l'appeler, de le rassurer, de le conseiller et de lui offrir une dernière preuve d'amour. Elle lui avait fait partager sa passion pour les roses dans la serre et le jardin où elle cultivait une variété exceptionnelle sans épines et à huit pétales, la Rosa Candida. Avant de partir, Arnljotur raconte son enfance, ses liens familiaux forts encore resserrés à la mort de sa mère, mais aussi la naissance de sa fille née un jour particulier, après une rencontre rapide, sans avenir.
Lorsque Arnljotur part restaurer une roseraie d'un monastère du continent, il emporte évidemment quelques boutures de la Rosa Candida qui perpétueront la mémoire de sa mère. Ce premier roman traduit en France d'Audur Ava Olafsdottir est une vraie réussite, un livre véritablement apaisant qui dégage une atmosphère remplie de tendresse et délicate. Ce «garçon des roses» charme par sa naïveté et sa candeur, sa tendresse dans sa relation à l'autre et avec sa fille, dans ses sentiments et ses préoccupations. Un charme aux accents féminins indéniables dans ce portrait tendre d'un homme solitaire attentif aux autres auquel il ne manque que l'odeur de la Rosa Candida mais avec un peu d'imagination, vous la devinerez au fil des pages... »
« Rosa Candida porte bien son titre. Si telle est le nom de la rose que Arnjoltur veut aller soigner dans le monastère d'un pays perdu, il est lui ce Candide des temps modernes qui, en allant sauver un jardin, veut surtout découvrir sa propre évidence.
Quand il quitte sa maison, son père et son jeune frère autiste, Arnjoltur n'a aucune idée de ce qu'est le monde. Il se résume à son Islande natale, à la serre où il a mis enceinte Anna, par le hasard d'une nuit entre les Rosa Candida, ces roses à huit pétales dont il emportera des plants dans son périple.
Quel périple ! Arnjoltur a l'ignorance et l'ingénuité de sa jeunesse. Son voyage est une succession de découvertes, de petits bonheurs et de gros malheurs. Mais rien ne saurait dévier sa route, car il y a ce jardin au bout de la quête.
Dans ce monastère, un moine cinéphile et un peu adepte du petit verre d'alcool lui donnera à voir un peu plus loin que le bout de son nez. On reste désarmé en lisant les dialogues savoureux qui occupent leurs soirées. Ici, il a le temps d'oublier son Islande, d'oublier Anna et la petite.
Sa première rédemption viendra par le jardin, forêt vierge à son arrivée, il en fera son grand-oeuvre qu'il partagera avec Frère Thomas, entre deux films de Bergman. La seconde sera quand Anna, sous le prétexte d'un examen à terminer, viendra lui confier leur fille. Il découvre qu'il est père, sans doute n'avait-il pas vraiment eu le temps de s'en rendre compte.
C'est un autre Arnjoltur que l'auteur nous fait comprendre. Avec la tendresse extrême de ses mots choisis, elle nous donne à voir que le monde peut être simple, si rien ni personne ne vient le compliquer.
Rosa Candida est un livre rare où l'émotion et la grâce se disputent les premiers rôles. Une fois ouvert, il me fut impossible de le lâcher, tant j'étais sous le charme de cette écriture qui avait la fragrance envoûtante d'une rose à huit pétales. »
CONTRE DIEU, Coups de tête, 2010, 106 pages.
Un homme perd sa femme et ses deux enfants dans un accident de la route. Il est bouleversé à un point tel qu’il perd tout sens de ses responsabilités, du respect et de la dignité humaine. Il agit par colère, vengeance, représailles, aveuglement de la présence des autres, leur vie lui est insupportable. Il a un comportement irrationnel, choquant et cynique pour nous. Il est envahit par sa douleur.
Un roman intense, bouleversant, choquant car asocial.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
Pour en savoir davantage :
« Que se passe-t-il dans la tête d’un homme lorsqu’il perd, tout d’un coup, toutes ses raisons de vivre ? Quand tout ce qu’il a construit s’effondre? Que se passe-t-il quand on ne comprend pas pourquoi le sort s’acharne sur nous? Qu’est-ce qui nous retiens, maintenant que tout est fini, qu’on n’a plus rien, de ne pas devenir monstrueux ? Sur quoi construit-on sa vie lorsque plus aucune morale ne trouve prise sur nous ?
Ta maison devient trop grande, tes amis commencent à t’énerver, tu disparais, tu te caches, tu coupes les ponts avec ta réalité, tu n’as même plus envie de voir ta propre famille. Tu ne cherches aucune aide, tu ne cherches personne. Tu ne veux plus rien. Tu as des idées noires, très noires. Et tu te mets à chercher un responsable. Et finalement, tu le trouves... Mais tu ne peux rien contre Lui.
Patrick Senécal nous livre ici un roman fulgurant, un Coup de tête au sens le plus strict du terme ! »
« Un peu plus de cent pages. Un personnage qui n’a pas de nom. Presque pas de dialogue. Pas beaucoup de points. Mais un fameux coup de poing. Contre Dieu, le nouveau roman de Patrick Senécal, en est un qui fesse. Garanti, il vous met K.O. en moins de deux heures.
Dans ce roman noir, aussi court que ses romans sont habituellement longs, Patrick Senécal rompt avec ses habitudes. Presque pas de sang. À peu près pas de sexe. Les dialogues sont quasi absents et il a poussé l’exercice jusqu’à oublier les points pendant la quasi-totalité du roman.
Son histoire n’en est pas moins sombre et dérangeante, puisque c’est celle d’un homme qui, en une heure, voit sa vie basculer du tout au tout à l’annonce du décès de sa femme et de ses deux enfants. La mort. Et puis la dérive chaotique.
Perdre sa famille représente un vrai cauchemar et l’écrivain de 43 ans s’est penché sur cette question qui l’obsédait. «Je me rends compte de plus en plus que tout est bien fragile, qu’on peut tout perdre d’un coup. Je me suis efforcé moi-même de me construire une sécurité: une blonde, des enfants. J’ai une certaine stabilité dans mon métier d’écrivain et pour l’instant, tout va bien dans ma vie. Je me rends compte que tout ça, c’est pour nous sécuriser, mais au bout du compte, on ne contrôle pas grand-chose. Tout ça peut disparaître et c’est quelque chose qui m’obsède depuis une couple d’années», raconte-t-il en entrevue téléphonique avec Le Journal de Québec.
«On a des amis autour de nous, de notre âge, à qui certains malheurs sont arrivés. Ça nous a fait réfléchir, ma blonde et moi. On s’en parle beaucoup et on se dit: "comment ça se fait que ça leur est tombé dessus? Ils ne méritaient pas ça"», reprend l’écrivain en ajoutant que «la vie est profondément injuste, finalement».
SEMER LE CHAOS
Explorer ce sujet dans Contre Dieu l’a aidé à combattre ses propres craintes, en les regardant bien en face. «Mon personnage a l’impression que comme on ne contrôle rien, aussi bien semer le chaos. Mais il a tort: ça n’a pas d’allure. C’est une spirale autodestructrice sans fin. Même s’il y a quelque chose d’un peu absurde à vouloir tout contrôler dans notre vie, on n’a pas le choix de le faire. L’illusion du contrôle nous aide à vivre.»
Lui-même n’a jamais vécu d’annonces terrifiantes comme son personnage. «Je n’ai jamais connu de grands drames dans ma vie. La confrontation avec la mort, proche de moi, ce n’est pas arrivé encore. J’ai l’impression que si j’écris tant làdessus, c’est que j’essaie de prévenir le coup. On aime explorer les choses qu’on ne connaît pas.»
»Que ferais-tu si ta femme et tes deux enfants mouraient dans un accident de la route? Te résignerais-tu à leur sort, en t'apitoyant sur le tien? Ou chercherais-tu à te venger du coupable, de celui qui a créé cette vie dénuée de sens?
Avec Contre Dieu, Patrick Sénécal s'attaque à cette question. Ce n'est pas la première fois qu'il présente des personnages en quête de vengeance (Les sept jours du Talion) ou en quête de sens (Le vide et Hell.com), mais c'est la première fois qu'il réussit à me plaire sans bémol avec ce genre d'histoire. Contrairement à Hell.com, qui se terminait sur une note moraliste, pas d'espoir dans Contre Dieu. Seulement la noirceur de la descente aux Enfers d'une âme perdue. Du début à la fin, on vit les émotions sombres au même rythme que le protagoniste et Sénécal nous mène d'une main de maître au coeur de sa débâcle. Pas de faille dans l'intrigue, sauf peut-être un léger cliché (pardonnable), vers la fin. Une fois le livre terminé, je l'ai déposé et j'ai fait une pause avant de passer à autre chose. Il y a beaucoup d'émotion dans ce livre. Beaucoup de matière à réflexion aussi.
Contre Dieu est un roman viscéral écrit à la deuxième personne, au temps présent, sans ponctuation autre que des virgules. Si ce n'était de quelques dialogues, toujours une seule intervention à la fois et toujours parfaitement exécutés, le livre aurait été constitué d'un bloc de texte sans aucune délimitation de paragraphe ou de phrase. Ainsi, Sénécal interpelle le lecteur comme si c'était lui qui vivait ce drame existentialiste, ne lui laissant aucun répit, aucun rayon de lumière. Une réussite technique autant que littéraire.
Sénécal a enfin gagné son pari. Après de nombreuses tentatives, il réussit à montrer un portrait crédible de la désillusion humaine. Paradoxalement, c'est en peignant son portrait le plus noir qu'il arrive à nous faire voir la lumière. La noirceur d'âme du protagoniste souligne l'espoir des autres personnages, donnant au roman une touche lumineuse que la fin moraliste de Hell.com n'était pas arrivée à atteindre. Une lecture intense que je recommande sans hésitation. »www.fredericraymond.com
FABRE Dominique
IL FAUDRAIT S’ARRACHER LE CŒUR, Éd. De l’Olivier, 2012, 221 pages
Description de la vie quotidienne de personnages ordinaires avec un rythme de vie
banale sans trop d’avenir et de projet. Ces personnages sont parfois présents et attachants même si leur vie est très quelconque. Chaque personnage est laissé à lui-même et les liens entre eux sont rares et discrets. Il faut reconnaître que la vie n’est pas démonstrative et explosive pour tous. Certains ont une vie sans éclats et état d’âme profond ce qui ne veut pas dire insignifiant et sans importance. Le style de l’auteur est parfois difficle à déchiffrer par la tournure et l’agencement des mots comme est la vie des personnages.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
résumé du livre
« La vie retrouvée 'Pourquoi je me souviens si bien de ce soir-là ?' Pour le narrateur de ce roman, le passé n'a pas disparu, au contraire. A travers trois histoires où il raconte comment ceux qu'il aimait l'ont quitté ou plutôt délaissé, il fait revivre ses années de jeunesse lorsqu'il attendait que la vie, la vraie, veuille bien cogner à sa porte. La première histoire est une histoire d'amitié, celle de sa relation avec deux amis qui se suicident ou cherchent à le faire. La deuxième raconte le départ du jour au lendemain du père, et les rencontres en pointillés qui suivront cette désertion.
La dernière raconte le dernier déménagement de Anna, la grand-mère,et la fin d'un monde. Avec un sens du détail déchirant, Dominique Fabre écrit un grand livre sur l'impossibilité d'oublier : les grands moments mais, aussi, les petites choses qui à votre insu vous marquent et vous modèlent à jamais. Tout en modestie et retenue, Dominique Fabre livre ici un roman aux accents modianesques. » www.evene.fr
Dominique Fabre rend grâce à des êtres qu'il aima ou simplement frôla dans sa jeunesse.
Une histoire qui «  tient en dix lignes ou alors en une vie  », et se déroule en trois vignettes d’une pantelante chronologie affective. «  Il faudrait s’arracher le cœur », la première, est encadrée par deux morts. Celle, chaque fois empêchée, du garçon qui, entre  1979 et  1983, fut pour le narrateur «  une sorte de frère  ». Une sorte seulement, puisqu’il en était amoureux, jusqu’à ce que l’aimé se perde là où s’abîment souvent les amis de jeunesse. De lui, nous ne connaîtrons pas le prénom : «  i l » suffit. L’autre mort, bien réelle, touche Jérôme Canetti, terrassé par la drogue. Années sida, petits boulots… L’injonction du titre scande ce premier récit, tant, à se remémorer l’ombre des êtres, il paraît soudain de première nécessité de se sortir de la poitrine ce maudit engin qui bat somptueusement la chamade.
«â€¯ Je vais devoir vous laisser  », ensuite, est la chronique, à Asnières, des années sans père, le «â€¯ porté disparu  », évaporé un jour de 1976 avec cette «â€¯ phrase toute faite dont il habite sa fuite  », que le fils n’aura de cesse, plusieurs années après, de lui renvoyer en un écho vengeur. Pour échapper au «  sourire placebo  » de leur mère, le jeune homme complote avec sa sœur Magali en expressions codées, pratique la pensée magique pour faire revenir ce père «  à temps presque partiel  ». Heureusement Jeanne Mas, Patrick Dewaere et Albertine Sarrazin sont là. Un certain Jérôme Canetti aussi, en arrière-plan. Par association d’idées, les émois d’adolescent, l’attente exaltée du futur, sont concassés dans les regrets de l’homme mûr qui se souvient, saupoudrant son «  je  » dans ce troublant décrochage énonciatif. Ce qui pouvait se lire comme des nouvelles se révèle un déchirant trompe-l’œil, télescopage de fragments impressionnistes qui tracent des traits d’union entre les époques.
Cette tendre géographie de la mémoire se noue dans «â€¯ Qu’est-ce que je voulais dire pas la messe bien sûr ?  ». L’armoire de la chambre de la grand-mère a plus de souvenirs que si elle avait mille ans  : c’est qu’Anna y a vécu toute une vie, à Belleville, au gré des visites de sa fille, de son petit-fils et de sa sœur Magali – prénom qui boucle la boucle. Ce dernier confiteor s’enroule dans l’entonnoir des cinquante années contenues dans cet appartement, dont Anna sera délogée. Une époque à la fois dilatée dans cette longue tranche de vie, et cristallisée dans l’expulsion qui faillit bien la «â€¯ faire mourir d’un chagrin sans nom  ». Anna ayant longtemps cherché ses mots avant de les perdre, son petit-fils met les siens à son service.
Étonnant retour des choses, le hasard d’une recherche de logement l’amènera à visiter ces pièces dont sa grand-mère s’est absentée vingt ans avant pour une tour de Noisy-le-Sec…
En un lent ressac, ce plan de coupe textuel sédimente ce qui fait une existence, les silhouettes et « endroits détruits et dépassés d’une vie qui n’aura plus jamais lieu  ». L’anamnèse de cet ancien jeune homme qui aurait voulu être une fille dévide un flux de conscience, une décalcomanie de réminiscences fugaces. De photographies en expression fétiche de tel ou tel, les rémanences sont filtrées au tamis du présent – qui n’est que la nouvelle définition du passé.
Ces êtres qu’on frôle, qu’on rate, qu’on ne connaît pas assez ou pas assez longtemps, les phrases qui les résument, les cafés rituels où l’on a retrouvé les vieux copains tant de fois qu’on les hante encore quand tous ont déserté, s’exhalent par petites touches en un haletant élixir du souvenir… Oserait-on le dire ? Il n’y a peut-être que Dominique Fabre pour formuler ce vertige de la souvenance. Pour chanter, à l’instar de ce Callaghan qu’il aimerait tant revoir, ces amis que vent emporte, les valises de vieux effets, les piliers de comptoir avec qui l’on refait le monde. Pour égrener cette topographie onirique des villes et des vies qui changent trop vite.
De livre en livre, de même que dans ses «  Choses vues  », dans Le Matricule des anges, il esquisse une cartographie de nos vies périphériques. De transferts sémantiques en adjonctions thématiques inattendues, il entonne sa métonymie des êtres aimés en une sublime antiphrase du chagrin. Sa syntaxe béante qui détrousse la mémoire, son argot métaphorique à nul autre pareil, créent un décalage ironique qui distille une nostalgie à vous arracher le palpitant. À l’en croire, «  il ne faudrait pas trop s’attacher aux gens que l’on ne fera que croiser dans la vie  ». Trop tard.
Juliette Einhorn
www.magazine-litteraire.com
JEAN-CHRISTOPHE GRANGÉ
LE PASSAGER, Albin Michel, 2011, 749 pages
Un bon roman du genre grands frissons et thriller de J.C. GRANGÉ. Un roman bien mené avec une histoire complexe et un drame indéfini qui amalgame science, pshycologie, mythologie, SDF, recherche policière et psychiâtrie.
Roman bien construit mettant à l’œuvre nos neurones qui sont sollicités tout au long de ce roman.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Mathias Freire a une maladie étrange. Il fait des « fugues psychiques ». Sous l’effet du stress, il tourne au coin d’une rue et perd la mémoire. Quand il la retrouve, il est un autre. A son insu, il s’est forgé un nouveau moi, un nouveau passé, un nouveau destin…
Quand il saisit sa situation, il est psychiatre à Bordeaux. Pour savoir qui il est vraiment, il n’a qu’une solution : remonter, l’une après l’autre, ses identités précédentes jusqu’à découvrir son moi d’origine. Clochard à Marseille, peintre fou à Nice, faussaire à Paris… Au fil de ses personnages, il va décrypter l’hallucinante vérité.
On plonge en apnée dans ce labyrinthe cauchemardesque où l’auteur continue inlassablement d’ausculter les origines du Mal. Tendue, très documentée, cette traque de l’identité navigue entre psychanalyse et manipulation scientifique à un rythme infernal.
Jamais Grangé n’a été moins sanglant, jamais il n’a été plus angoissant. Probablement son meilleur roman. »www.fnac.com
Un suspect aux multiples identités
Le passager, Jean-Christophe Grangé,
Dans Le passager de Jean-Christophe Grangé, un inquiétant héros se glisse, inconsciemment, dans la peau de différents personnages.
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« Deux ans après la parution de La Forêt des Mânes, Jean-Christophe Grangé n'a rien perdu de son savoir-faire. Avec Le Passager, l'auteur des Rivières pourpres prouve une nouvelle fois qu'il est bien le chef de file des auteurs français de thrillers. En rédigeant son nouvel ouvrage, un pavé de 750 pages, ce qui est une longueur inédite pour lui, le maître s'est lancé un défi. L'intrigue, qui met en scène un suspect aux multiples identités, est aussi complexe que les circonvolutions d'un cerveau humain. Et elle se développe au fil des chapitres comme une gigantesque toile d'araignée, comme un puzzle qui paraît longtemps impossible à reconstituer.
Tout part de la découverte d'un jeune marginal assassiné dont le corps est retrouvé gare Saint-Jean à Bordeaux, avec le crâne recouvert d'une tête de taureau… S'agit-il d'un crime perpétré par un déséquilibré passionné par la mythologie grecque en général et les aventures du Minotaure en particulier ? Ce n'est en tout cas pas l'individu retrouvé errant dans la gare la nuit du meurtre qui pourra le dire. Cet homme est en effet amnésique, incapable même de décliner son identité. Reste que la clé à molette qu'il a en main quand il est interpellé par la police, avant d'être conduit dans un hôpital psychiatrique, et les traces de sang retrouvées sur lui le désignent comme le coupable idéal.
À partir de là, Grangé ne va plus cesser de semer le doute chez le lecteur, de brouiller les pistes à l'aide de balles sifflantes et meurtrières, de bagarres sanglantes orchestrées comme des danses macabres et de coups de théâtre aussi tranchants que la lame d'un couteau. Coupable, l'amnésique? D'autant moins qu'il se fait vite descendre par deux tueurs en costume cravate, façon espions, alors que le docteur Freire venait de prendre en solo, au grand dam du capitaine de police Anaïs Chatelet, la décision de le libérer de son unité de soins… La réalité devient alors un cauchemar pour Freire. Ce sont en effet ses propres empreintes digitales qui sont découvertes sur les lieux du crime de la gare Saint-Jean. Serait-il lui aussi un amnésique? Serait-il un assassin qui s'ignore?
Une double enquête
Tout le talent de l'auteur est de nous proposer une double enquête. Celle menée par le nouveau suspect numéro un et celle du capitaine Chatelet. Freire découvre rapidement, comme une claque en pleine figure, qu'il est victime de «fugues psychiques». Il apparaît comme une sorte d'imposteur génial et malade qui, inconsciemment, se glisse dans la peau de différents personnages. Ainsi, au fil des derniers mois, avant de jouer au psychiatre responsable, il fut Victor Janusz le SDF, après avoir été Narcisse le peintre fou, qui lui-même avait été précédé par Arnaud Chaplain dit Nono, spécialiste en fabrication de faux papiers d'identité… Caché derrière chacune de ces facettes, Freire a-t-il commis des meurtres? Celui de Bordeaux et d'autres encore, tous placés sous le signe de la mythologie?
De façon très originale, Grangé nous conte les aventures palpitantes de chacun de ces personnages d'emprunt. Freire rebrousse le chemin de son destin chaotique, intègre de nouveau chacune de ses personnalités passagères afin de tenter de découvrir qui il est vraiment. Parviendra-t-il à comprendre pourquoi il souffre de ces «fugues psychiques»? Avec l'aide d'Anaïs Chatelet, femme flic de choc, brillante et désespérée, borderline à souhait, comme les aime Grangé, le suspect, ce passager dans son propre corps, élucidera des mystères, dont certains sont des secrets d'État, de nature à l'ébranler et peut-être même à l'anéantir. Alors bien sûr, Freire est pris dans un engrenage totalement rocambolesque, mais Grangé a le chic, en construisant avec une minutie d'horloger son intrigue au long cours, de rendre crédible ce que son imagination débordante invente de façon totalement débridée. Bravo l'artiste
www.lefigaro.fr
« Sitôt sorti, sitôt acheté, sitôt lu, ce nouveau livre de Jean-Christophe Grangé ! Un bon pavé de plus de 700 pages que j'ai lu rapidement pour la simple et bonne raison que j'ai eu beaucoup de mal à le lâcher.
Faire un résumé de ce roman serait déjà trop en dire. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'on entre dans le récit avec le meurtre d'un homme auquel on a ajouté une tête de taureau post-mortem. Sur les lieux, un homme visiblement choqué est retrouvé : il ne se souvient de rien et se voit confié au psychiatre Mathias Freire.
Une belle entrée en matière qui nous apprend deux choses : ce livre sera davantage porté sur le psychologique que sur le gore habituel de certains thrillers. Cela donne une lecture très intéressante car elle aborde un sujet de psychiatrie fascinant, dont je ne peux pas parler ici sans dévoiler le mystère ! A vous de le découvrir.
Quoiqu'il en soit, la force des thrillers se trouvent dans les personnages créés par l'écrivain. En ayant lu toute l'oeuvre de Grangé, on sait qu'il s'agit pour lui d'un sujet de travail très important que l'élaboration de ses protagonistes. Ici, ils sont deux : Mathias Freire et Anaïs Chatelet.
- Mathias Freire est psychiatre à Bordeaux. Visiblement la quarantaine. Il est seul et a subit un traumatisme qui le bloque dans ses relations sentimentales.
- Anaïs Chatelet est flic. Elle aussi est seule, torturée, en total déni de sa féminité qui ne l'intéresse plus. Elle a vingt-huit ans et a une histoire familiale qui la gangrène littéralement. S'en sortir par le boulot, coûte que coûte.
Ils ont deux personnalités finalement assez semblables, ce qui fait qu'en tant que lectrice, je les ai rapidement associés.
Pour poser le cadre de son histoire, Jean-Christophe Grangé utilise bien une centaine de pages. Cela peut paraître interminable mais dans la lecture cela ne s'est pas ressenti pour moi. Disons que c'était nécessaire. Dans ce début, on découvre tout ce qu'il y a à savoir sur les personnages. Ensuite, le premier sursaut intervient et ce pour plus de 600 pages. Un rythme toujours haletant, incisif, brut qui se traduit immanquablement par des phrases courtes. Beaucoup de phrases interrogatives aussi : on suit les personnages dans leur(s) quête(s).
J'ai été vraiment contente de cette lecture, j'y ai trouvé un thème vraiment intéressant et novateur. Le lecteur est tenu en haleine tout au long du récit. La toute fin est un peu tirée par les cheveux. Grangé aurait pu faire plus simple et du coup peut-être plus crédible. Ce ne sera pas un coup de coeur pour cela. Mais quel livre encore une fois ! «
www.babelio.com
CHAHDORTT DJAVANN
JE NE SUIS PAS CELLE QUE JE SUIS, Flammarion, 2011, 531 pages
Une femme Iranienne, deux situations : l’une vit en Iran dans sa famille et cherche par tous les moyens une façon de sortir de son pays voire même en épousant un Iranien nationnalisé Anglais et vivant à Londres; la deuxième situation est l’Iranienne vivant à Paris mais aux prises avec des problèmes psychologiques d’origine familiale et paternelle qui pour s’en sortir est suivie par un psychanalyste incompétent.
D’une main sûre et avec un grand talent d’écriture, l’auteure nous trace la vie intérieure et sociale de cette femme aux prises avec son passé, la pression sociale et religieuse de sa famille iranienne. Un grand roman qui nous décrit une femme meurtrie par les lois religieuses et sociales d’une société dont la survie économique est dépendante des pays voisins.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec.
« Nul besoin d’être un opposant politique sous le régime théocratique de l’Iran pour que votre vie quotideienne soit pavée de tortures psychiques.Vous vivez, dès l’enfance, à l’école, sous l’influence d’une idéologie qui vous inculque l’infériorité du sexe féminin, l’impureté du corps, l’obscénité du désir, le péché du plaisir.Une idéologie qui efface, interdit les différences et vous enferme dans une identité qui s’érige contre les valeurs décadentes de l’Occident. » p. 140
« Pour survivre sous ce régime, vous devez vous plier à la volonté de ceux que vous haïssez, obéir à ceux que vous méprisez. Femme, vous devez tout voiler, votre corps, vos cheveux, vos pensées, vos désirs, vos sentiments. Vous ne disposez pas de vous-même. Vous êtes spoliée de tout, de votre vie comme de votre histoire. Vous n’êtes bonne qu’à vous soumettre, qu’à subir. » p. 181
« Elle crut comprendre, du moins en partie, pourquoi l’ordre établi dans les pays musulmans, qu’ils soient chiites ou sunnites, se perpétue. Les femmes appartenant aux familles riches y jouent un rôle de première importance dans le maintien des lois islamiques. » p. 337
« Le psychanalyste laisse l’analysant libre de se dire, de parler de tout et de rien, de se répéter, pendant des années; plus c’est long, plus rapporte. » p. 395
Pour en savoir davantage :
« Partir coûte que coûte. Désir d'aventure, volonté, rêves et illusions se fracassent sur le réel. Iran, Paris, Istanbul, Dubaï ; la prison, la torture, le viol, la prostitution. Restent la folie et la solitude.
Des vies parallèles dans des villes différentes, et une même femme. Deux temps inversés et entrelacés : une épopée échevelée et une psychanalyse avec ses risques et ses dangers, séance par séance. Tout sur le divan : le rapport au père, aux hommes, les traumatismes d'enfance, l'exil, la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie.
Fort et léger, drôlement triste et tragiquement gai, ce roman est tout simplement impressionnant. « www.fnac.com
« Des vies différentes dans des villes différentes, et une même femme.
Deux histoires entrelacées. L'une, picaresque, nous fait voyager en compagnie de l'héroïne, qui traverse mille et une épreuves, de Téhéran au golfe Persique, de Dubaï aux rives du Bosphore. Et l'autre, intime, à Paris, se construit dans le cabinet d'un psy. Pour la première fois une psychanalyse nous est dépeinte, séance par séance, comme un tableau impressionniste. Le rapport au père, à la mère, aux hommes, la prison, la torture, le viol, la prostitution, la solitude, l'exil et la langue française dont il faut s'emparer pour faire le récit d'une vie, pour se réconcilier avec la vie sont les thèmes de ce livre. » www.babelio.com
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« Avec intelligence, l'auteure tisse l'histoire d'une femme iranienne, nommée Donya, en alternant deux récits : des séances de psychanalyse à Paris, où cette dernière tente de délivrer les mots enfermées en elle et de faire la lumière sur l'indicible, et le déroulement de sa vie en Iran dans les années 1980-90 (sous le régime de Khomeini) ; une existence emplie d'épreuves souvent douloureuses.
Chahddortt Djavann a réussi à entrelacer l'intérieur, l'intime, la profondeur des sentiments de son personnage - une quête de la vérité éprouvante mais nécessaire pour poursuivre son existence-, et son périple géographique, humain, social dans un pays brisé où la femme doit s'effacer : elle n'a plus de corps (dissimulée sous un voile) plus de voix, peu de droit, aucune action possible, elle est totalement assujettie au régime et aux hommes qui le dirigent.
Mais, Donya est rebelle. Eprise de liberté, elle tente par tous les moyens de résister à la fatalité implacable qui touche les femmes en leurs imposant d'insoutenables conditions. A maintes reprises, elle se brûle les ailes et se heurte à des murs. Son corps est mis à mal, tout comme son esprit. Elle sera emprisonnée, abusée sexuellement, connaîtra la prostitution, la torture, éprouvera un sentiment d'impuissance, de la solitude... Malgré toute cette violence et ce désespoir, donya restera debout.
Les séances de psychanalyse qu'elle débute quelques temps après son exil sont extrêmement pénibles pour elle, mais sa réconciliation avec la vie passe par cette introspection. Elle va très vite être confrontée à une difficulté de taille : la langue. Comment exprimer un passé aussi douloureux alors qu'on ne maîtrise pas la langue ? Comment faire sortir toute la souffrance qui est en elle à travers des mots qu'elle ne connaît pas ?
Ce roman m'a bouleversée. Il m'est arrivé de fermer le livre soudainement lors d'épisodes trop durs, tellement la réalité y était crue. On entre de plein pied dans l'innommable que tant de femmes, aujourd'hui encore, subissent. Mais, j'ai poursuivi ma lecture jusqu'au bout parce qu'il ne faut pas fermer les yeux, jamais... J'ai hâte de retrouver Donya la révoltée, dans un second tome (en préparation), son désir ardent de liberté, sa fougue, sa détermination envers et contre tout.
« Qu'est-ce que les hommes peuvent comprendre à cette humiliation subie par les femmes, à ce voile qui symbolise la culpabilité d'habiter un corps féminin, comme si les femmes devaient avoir honte de leur crâne ? Est-ce une vie digne d'un être humain que de se sentir coupable par le simple fait d'exister ? Elle enfonça ses doigts dans la masse de ses cheveux libérés. »
« Femme, vous devez tout voiler, votre corps, vos cheveux, vos pensées, vos désirs, vos sentiments. Vous ne disposez pas de vous-même. Vous êtes spoliée de tout, de votre vie comme de votre histoire. Vous n'êtes bonne qu'à vous soumettre, qu'à subir. »
« On ne peut pas guérir quelqu'un de sa vie, à moins de lui ôter la vie. Et d'ailleurs elle n'est pas venue ici pour guérir, elle est venue ici pour que vous l'aidiez à oublier. On ne peut pas guérir quelqu'un de la réalité. »
« Je pense qu'une société où quelqu'un qui est dans la souffrance doit payer pour que tout simplement on l'écoute parler, c'est une société qui va très mal... C'est grave quoi ! Anthropologiquement parlant, ça prouve que les liens entre les gens se défont. On a père, mère, frères, sœurs, amies, collègues, cousins, amants, maîtresses, voisins... Que personne ne soit là quand on est dans la souffrance, et qu'on soit obligé d'aller payer un inconnu juste pour parler, c'est le début de la fin ; ça déshumanise la société et les rapports humains. »
« Faire miens des mots qui ne l'étaient pas et explorer avec eux tout un nouveau monde à l'intérieur de moi-même, dont l'accès m'était impossible... c'est plus qu'un voyage initiatique. (…) Avec l'analyse, les mots français se sont enracinés non seulement dans ma tête, mais aussi dans mon histoire et dans mon corps... Ces mots étrangers ont pris part à mes souffrances. Ils ont pris part à mon passé, qui s'est passé sans eux. »
www.lesmotsdelafin.over-blog.com
DEGHELT Frédérique
LA VIE D’UNE AUTRE, Actes sud 2007, 340 gages
Un grand roman sur un sujet bouleversant, l’amnésie. Un roman écrit dans un style émouvant, profond, éclaté. Le personnage principal est touchant, lucide, déterminé à vivre sa vie comme elle le perçoit peu importe le prix à y mettre, même son amour. Le sujet est poignant et sa lucidité est révélatrice de l’humain en chacun de nous car on y découvre qu’aimer c’est ne rien exiger.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
« …on retrouvait les choses quand on ne les cherchait pas. » p. 88
« …ici, on est ce que l’on fait. Quand on ne fait plus rien, on n’est plus rien. » p. 89
« Je ne sais pas ce qui est normal chez les amnésiques du passé.»p. 191
« Certes mon passé me manque, mais je ne vois pas très bien où je le mettrais, car mon présent prend une place folle. » p. 191
« Je suis capable de me rendre compte, en un simple coup de fil, si les gens sont proches ou lointains, bienveillants ou envieux. » p. 115
« Remonte le courant de la peur et va à la recherche de la partie de toi que tu ne connais pas…La chair du personnage, c’est toi. » p. 150
« Et on n’a pas de meilleures raisons que celles qu’on se donne. » p.165
« Quand j’ai découvert mon amnésie, il me semblait être embarquée dans une sorte de train fou qui ne s’arrêterait qu’à la terrible découverte d’un pourquoi effrayant. J’ai peu à peu perdu mes frayeurs, J’ai tout le temps devant moi. » p.231
« Quand est est catalogué par l’autre, on est laid dans ses yeux, et ça n’est pas facile à vivre, et surtout c’est impossible à oublier. » p. 281
La Vie d'une autre
« Marie a vingt-cinq ans. Un soir de fête, coup de foudre, nuit d’amour et le lendemain… elle se retrouve douze ans plus tard, mariée, des enfants et plus un seul souvenir de ces années perdues. Cauchemar, angoisse… Elle doit assumer sa grande famille et accepter que l’homme dont elle est amoureuse depuis la veille vive avec elle depuis douze ans et ne se doute pas du trou de mémoire dans lequel elle a été précipitée – car elle a choisi de ne rien dire. Chaque jour confrontée à de nouvelles découvertes, elle arpente ce quotidien oublié et devient l’enquêtrice de la vie d’une autre. Sa propre vie… Un roman plein de suspense sur le temps, les choix, la durée de l’amour. »
« C’est avec une énergie virevoltante et un optimisme rafraîchissant que Frédérique Deghelt a composé ce roman plein de suspense sur l’amour et le temps qui passe, sur les rêves des jeunes filles confrontés au quotidien et à la force des choix qui déterminent l’existence. »Actes-Sud.fr
Pour en savoir davantage :
« Le beau roman de Frédérique Deghelt nous accroche dès les premières pages pour ne plus nous lâcher. Car ce sont un peu nos propres questions qu’il pose dans une fiction dont la lumineuse idée est portée par un scénario millimétré jusqu’au grand frisson final : comment vivons-nous notre histoire d’amour ? Sommes-nous capables de lutter contre le vieillissement qui nous fige, nous glace ? Pouvons-nous accepter le silence qui sert à entendre les pensées, ce silence dont nous avons peur et que nous comblons sans cesse ? Combien de temps pouvons-nous rester comme un enfant en équilibre sur le fil de notre vie en donnant aux autres l’impression que nous y sommes en toute sécurité ? Dans ces années de vie qui ont coulé sans que nous nous en rendions compte plus que Marie, comptons-nous plus de souvenirs que de regrets ?
"La vie d’une autre" pour Marie. La vie d’un autre, oui, peut-être. Peut-être simplement la nôtre… » www.critiqueslibres.com