CUNNINGHAM Peter---LA MER ET LE SILENCE
19/07/2012 15:32 par livresentete
CUNNINGHAM Peter
LA MER ET LE SILENCE, Éd. Joëlle Losfeld, 2012, 241 pages
Un bon roman qui nous fait connaître l’Irlande, ses habitants, ses coutumes, sa situation politique de l’époque et son évolution. Le personnage principal Ismay est une femme d’une grande beauté, intelligence et indépendance. Un personnage touchant qui nous fait connaître son pays, sa culture, l’évolution de sa société et des femmes. Roman écrit dans un style flamboyant et efficace.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« résumé du livre
La mer et le silence s'ouvre sur un premier cahier intitulé 'Hector' : en 1946, Iz, une jeune femme dont le passé reste énigmatique, arrive à Sibrille, à côté de Monument. Elle vient s'installer dans le phare du village aux côtés de son nouvel époux, Ronnie Shaw. Elle va y mener durant de longues années une vie calme et monotone, essayant de s'accomplir au bord de ces falaises souvent battues par une mer houleuse. A cette installation dont l'origine est entourée de mystères, survient rapidement la naissance de son fils Hector. Il sera finalement sa seule source de bonheur, alors qu'elle se heurte aux infidélités et inconstances de Ronnie. Mais Hector grandit et s'engage dans l'armée.
Débute alors le deuxième cahier, nommé 'Iz '. Il revient sur les années qui ont précédé son arrivée à Monument et sa rencontre avec Ronnie. Il y est fait le récit de son secret, celui de son seul grand amour, empêché par les événements qui ont précipité l'indépendance Irlandaise et ont meurtri et déchiré nombre de familles de propriétaires anglo-irlandais, dont sont issus Iz et Ronnie. La beauté du livre est révélée par la délicatesse de l'écriture, la force des descriptions et un charme nostalgique qui s'impose lentement.
Ce roman extrêmement élégant laisse une impression durable que marque le destin absolument tragique d'Iz. Ce livre est par bien des aspects à rapprocher des romans de Sebastian Barry. Il reflète par ailleurs notre désir de développer et d'installer au sein du catalogue une histoire de la littérature irlandaise. »
Une lectrice enthousiasmée : « Je l'ai dévoré dans l'après-midi. Oui oui dévoré. Cela veut tout dire...un vrai régal de lecture. Un roman comme j'aime. Là je n'ai rien deviné. Je n'ai rien détesté. J'ai lu chaque mot avec avidité. Quelle belle histoire !
Je ne vous en dirai pas grand chose... Juste que c'est en Irlande, qu'il y a la mer...et qu'un jour un notaire reçoit deux paquets et un testament provenant d'une cliente qui vient de mourir. La très belle Iz. Ces deux paquets contiennent chacun un manuscrit. Il doit les lire et les détruire. Et...et lisez-le ! Lisez-le ! Lisez-le ! Vous l'aimerez cette Iz. D'emblée. Une vraie femme dans toutes ses émotions et ses réactions parfois stupides souvent passionnées. Oh la la je voudrais vous dire pourquoi mais je préfère vous laissez le plaisir de découvrir tout tout tout...
Peter Cunningham La Mer et le silence
« Un brave notaire, lors du décès de sa cliente préférée, réceptionne deux textes qu’elle lui confie, afin qu’il les détruise après les avoir lus. C’est un procédé poussif, mais ce roman prend de la vitesse et de la force en avançant. Le déclin des vieilles familles anglo-irlandaises en est la toile de fond. Mme Shaw raconte sa vie.
Tout le monde l’appelle Iz. Première partie, elle arrive, jeune mariée de 23 ans en 1945, dans le domaine de son mari, à Monument, petite ville inventée par l’auteur sur le modèle de son Waterford natal. Ils ont un fils, Hector, bientôt engagé dans l’armée anglaise, et envoyé en Ulster en 1970. Quel est le passé d’Iz, nul ne le sait.
Deuxième partie, Iz est une jeune fille de 21 ans en 1943, benjamine d’une famille bientôt endeuillée. Amour et lutte des classes s’en mêlent, avec cascade de quiproquos et de rebondissements. Les sentiments les plus puissants concernent la solidarité ou la rivalité féminine. Cl.D. »www.liberation.fr
CHARLES Janet Skeslien
LES FIANCÉES D’ODESSA, Liana Levi, 2012, 414 pages
Un roman très réussi par le sujet, le style, l’humour et son actualité : le commerce intense des femmes de l’Est. Le personnage principal Daria est à la fois très atttachante, dévouée pour sa grand-mère, efficace à son travail, d’une grande beauté mais avec des conditions de travail désuètes, un manque à gagner inhumain.
Le roman coule comme un ruisseau printannier rafraîchissant, nous décrit la beauté de l’Ukraine et de ses femmes avec un attachement touchant et invitant.
Un grand roman sur les conditions de la femme, son exploitation et sa recherche de vie personnelle.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
résumé du livre
« Daria, vingt-cinq ans, un diplôme d'ingénieur en poche, vit seule avec sa grand-mère à Odessa, dans une Ukraine qui souffre encore des blessures du communisme. Les salaires sont bas, les emplois rares et la mafia omniprésente. Grâce à sa parfaite maîtrise de l'anglais, Daria décroche le poste envié de secrétaire dans une filiale israélienne d'import. Hélas, ce n'est pas sans contrepartie : son patron espère une récompense en natureÂ… Daria use de tous les stratagèmes pour éviter le moment fatidique, et croit avoir trouvé la solution en lui jetant son amie Olga dans les pattes. Mais Olga, arriviste et sans scrupule, rend l'atmosphère du bureau vite irrespirable.
Pour devancer les dangers d'un licenciement, Daria travaille le soir dans une agence matrimoniale : Unions soviétiques. Elle traduit les lettres que s'échangent Américains et Ukrainiennes par le biais du site internet, et sert d'interprète dans des 'soirées 'au cours desquelles les Américains viennent 'faire leur marché '. Pour trouver une solution à sa précarité, Daria se laisse à son tour tenter par le rêve américainÂ…
Mais la réalité est loin d'être à la hauteur de ses espérances. Croyant épouser un professeur de San Francisco, elle se retrouve en fait en rase campagne, aux prises avec un mari jaloux, possessif et rustre qui lui a menti sur toute la ligneÂ… Critique sur le commerce terrible des femmes de l'Est, l'auteur garde cependant un point de vue plein d'humanité et d'humour. »www.evene.fr
Ce que j'en ai pensé par une lectrice :
« Daria, 25 ans, vit seule avec Boba, sa grand-mère, dans un modeste logement à Odessa. En Ukraine le quotidien est difficile, les emplois sont rares, les salaires très bas et la corruption et les menaces de la mafia règnent en maître. Daria veut à tout prix s’en sortir. Grâce à sa persévérance et à sa parfaite maîtrise de l’anglais elle décroche un emploi d’assistante de direction dans une filiale d’import-export, mais dès sa première entrevue son patron, Mr Harmon, lui fait comprendre que coucher avec lui fait partie de son travail. Daria se refuse à accepter une telle humiliation, elle use de toutes les ruses pour éviter tout affrontement, elle propose même à sa meilleure amie de devenir la maîtresse de son patron. Malgré tout le travail lui plait, elle découvre au travers de fréquents cadeaux de clients et de son patron une vie meilleure dont Boba peut profiter, elle devient un maillon indispensable au sein de l’entreprise.
Olga qui a trouvé en Mr Harmon un pigeon à plumer, s’est prise au jeu et devient vite jalouse de Daria, elle brigue son renvoi et son emploi. Anxieuse, Daria devance un éventuel licenciement et travaille le soir dans une agence matrimoniale qui se charge de trouver de riches Américains ou Européens à des Ukrainiennes. Daria se prend à rêver elle aussi à l’Amérique : une nouvelle vie, une grande maison, un mari et des enfants loin de ce pays où elle galère. De loin la vie en Amérique semblait parfaite, mais ne fait-elle pas une erreur en ne suivant pas son destin ?
Ce livre est d’une magnifique et douloureuse beauté. Daria est un personnage qui m’a touchée dès les premières lignes, on la suit dans sa réussite mais aussi dans ses déboires. Ce récit nous confronte avec la vie difficile en Europe de l’Est où certaines femmes n’hésitent pas à s’expatrier pour fuir leur misère. Cependant ce roman n’est pas triste, bien au contraire, les dialogues ne manquent pas d’humour, des choses graves sont dénoncées avec un soupçon d’ironie, les personnages sont séduisants, même Vlad le jeune et fringant dirigeant de la mafia, même ce patron très macho au regard tendre et au sourire hésitant. J’ai bien aimé Boba la grand-mère, une vielle femme toujours de bonne humeur qui adore sa petite-fille, qui n’hésite pas à lui conseiller de choisir un Américain qui l’emmènera loin de ce monde de misères et de haine, loin des hypocrites comme Olga, même si elle ne peut imaginer finir sa vie loin d’elle. »
www.lire-visionner-créer.blogspot.ca
Maxime CHATTAM
AUTRE-MONDE, tome 4, ENTROPIA, Albin Michel, 388 pages…
Bon roman du genre science-fiction fantastique de Maxime Chattam qui est un grand auteur de ce genre. Ce roman est le tome 4 de la trilogie AUTRE-MONDE. Les romans précédents de cette trilogie sont : t.1, L’ALLIANCE DES TROIS; t.2, MALRONCE; TOME 3, LE CŒUR DE LA TERRE.
Les principaux personnages de ces romans sont des enfants et adolescents orphelins d’un cataclysme qui a dévasté la terre. Les enfants ont réussi à survivre, se sont regroupés pour se protéger et avancer en connaissances de défense et de survie. Un bon roman pour qui aiment l’action, l’environnment et les héros.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« La guerre est finie. Entre Pans et Cyniks, condamnés à s’entendre, l’équilibre reste fragile. Pendant ce temps, au nord d’Eden, surgi d’on ne sait où, un impénétrable et mystérieux brouillard stagne comme une muraille. Entropia et ses pièges attendent désormais l’Alliance des trois… Cette deuxième époque entraîne le lecteur à la découverte du véritable ennemi des Pans : Entropia, essence même de la Grande Tempête qui a ravagé la planète.
Les véritables enjeux d’Autre-Monde se dessinent peu à peu pour nos 3 héros en quête de qui s'est vraiment passé. Après s’être imposé comme un des maîtres du thriller français, Maxime Chattam s’illustre dans la fantasy avec le même succès. Vendue à près de 300 000 ex, sa première série d’Autre-Monde (déjà traduite dans une dizaine de langues) a conquis aussi le public des jeunes adultes. »
« Nouveau cycle
"Entropia" est la quatrième tome de la saga "Autre-Monde" de Maxime Chattam, et aussi le premier volume d'un nouveau cycle. L'auteur a apparemment l'intention de faire sept tomes en tout, trois par cycle et un dernier qui résumerait et achèverait l'ensemble. Après trois tomes constituant le premier cycle, place au cycle N°2 !
Le premier tome ("L'Alliance Des Trois") était très bon, franchement réussi et sympa, et il se relit avec plaisir (je l'ai constaté dernièrement, ayant relu les trois premiers livres avant de lire le dernier en date pour être dans l'ambiance), mais c'est aussi le moins grandiose, il n'est pas extraordinaire. "Malronce", le tome 2, plus court, est aussi nettement supérieur, là, on entre vraiment et totalement dans cet univers si particulier qu'a créé Chattam. Le tome 3, "Le Coeur De La Terre", est aussi magistral, une conclusion parfaite, une apothéose, pour le premier cycle.
Roman le plus court, à l'heure actuelle, de la saga avec un peu moins de 390 pages ("Malronce" en faisait 410, les deux autres, dans les 470), "Entropia", sous sa couverture noire et sombre, est un remarquable quatrième opus. On y retrouve les personnages abandonnés à la fin du troisième opus, à savoir Matt, Ambre, Tobias et Plume, ainsi que d'autres que l'on connaît déjà, et d'autres (ainsi que d'autres lieux) que l'on découvrira ici. Un de nouveaux ennemis : Malronce et le Raupéroden sont anéantis, les Cyniks (les adultes, depuis appelés Maturs) et les Pans (les enfants et ados) ont signé un pacte de paix, mais Autre-Monde est quand même menacé par une force étrange, terrifiante, qui semble venir de ce qui a tout commencé, cette Tempête ayant fait de la Terre ce qu'elle est devenue...
Beaucoup trop court (pour une fois, il n'y a pas de parties, mais c'est un détail sans importance), "Entropia" n'en demeure pas moins une totale réussite, un roman très sombre, dans lequel on sent évoluer totalement les personnages. Ils doutent, deviennent plus matures encore (forcément, tout ce qu'ils ont vécu, ça aide...), plus unis, soudés, malgré des tensions, quelquefois. Personnages désormais inoubliables (L'Alliance des Trois, Plume, et, du côté des méchants, le Buveur d'Innocence, que les lecteurs de la saga connaissent désormais bien), sens du suspense, humour présent (mais tout sauf envahissant), évolution des personnages, ce qui les rend encore plus sympathiques, attachants et crédibles, et sens de l'imaginaire surdéveloppé (un bestiaire incroyable, notamment), voilà de quoi faire de ce quatrième tome et premier volume d'un nouveau cycle d'"Autre-Monde" un des tous meilleurs de la saga, et probablement même, à ce jour, le meilleur des quatre romans !
A noter qu'en final, dans une courte postface, l'auteur nous propose de lui écrire pour lui proposer des personnages de Pans (et leurs altérations) personnalisés, dans le cas où on aurait envie d'avoir son propre personnage dans la saga. Intention sympathique qui montre que Chattam aime ses lecteurs ! Quoi qu'il en soit, vivement le cinquième tome ! »
www.critiqueslibres.com
MAUVIGNIER Laurent
CE QUE J’APPELLE OUBLI, ÉD. DE MINUIT, 2011, 62 pages
Roman très touchant, bien écrit dans un style d’écriture continue racontant le sort subit d’un pauvre homme qui a commis l’erreur de boire une cannette de bière dans un marché populaire. Texte coulant et émouvant qui précise certains moments importants de la vie de cet homme et de son supposé frère.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
Résumé par l’éditeur
« Il s'est dirigé vers les boissons. Il a ouvert une canette de bière et l'a bue. À quoi a-t-il pensé en étanchant sa soif, à qui, je ne le sais pas. Ce dont je suis certain par contre, c'est qu'entre le moment où il est entré dans le supermarché et celui où les vigiles l'ont arrêté, ni lui ni personne n'aurait pu imaginer qu'il n'en sortirait pas. »
Cette fiction est librement inspirée d’un fait divers, survenu à lyon, en décembre 2009
« Etonnant ce petit livre qui, durant 60 pages ne comporte aucun point de ponctuation…
Etonnant ce SDF roué de coups mortels par des vigiles, suite à une consommation, dans un supermarché, d'une cannette de bière
Etonnante, cette courte fiction, inspirée d'un fait réel, qui nous renseigne sur la BARBARIE que peuvent subir certaines personnes dites « faibles ».
Etonnante cette violence dite « gratuite », inhumaine. Sont-ce Des hommes qui peuvent agir ainsi ?
Etonnant, encore, le long supplice que va endurer cet homme et les pensées qui ont été siennes durant le long acharnement dont il a été l'objet de la part de quatre vigiles.
Etonnant, enfin le silence de plomb, parfois entretenu, face à une telle tragédie.
Au final, une histoire REVOLTANTE évoquée dans une unique phrase qui coule sans début ni fin, comme la vie qui continue, malgré l'isolement, le rejet, l'injustice, … la mort. » www.babelio.com
« Un douloureux cri, interminable, insupportable, hurlé en une phrase suffocante de soixante pages !
Acculé contre un mur de boîtes de conserves, au fond glauque d'un entrepôt, un jeune SDF meurt, roué de coups par les vigiles d'un supermarché.
La mort en direct.
Qu'a-t-il fait ?
Il a bu une canette de bière «empruntée» au rayon alcools.
La vie d'un homme compterait-elle moins qu'une canette de bière ?
Ce livre violent, scandé à perdre souffle, comme un long blues, rageur, révolté donne des frissons, fait froid dans le dos.
Après, le livre refermé...un silence glaçant qui laisse le lecteur muet, abasourdi.
Un rappel poignant sur la nature humaine trop inhumaine.
La violence est partout et partout elle peut surgir. A tout moment.
Personne n'est à l'abri.
Après «Dans la foule» sur le terrible drame du Heysel, «Des hommes» sur la guerre d'Algérie, Laurent Mauvignier confirme son talent d'écrivain.
Ces livres sont inoubliables...Cet écrivain a vraiment du coffre !
"Je vais retrouver mon souffle, ça ne peut pas finir ici, pas maintenant et pourtant il ne pouvait plus respirer ni sentir son corps ni rien entendre, ni voir non plus et il espérait malgré tout, quelque chose en lui répétant, la vie va tenir, encore, elle tient, elle tient toujours, ça va aller, encore, ils vont cesser parce qu'ils vont comprendre parce que ma vie est trop petite »
www.babelio.com
GODDARD Robert
HEATHER MALLENDER A DISPARU, Sonatine, 1993, 2012, 594 pages
Roman noir très bien mené avec un style d’écriture haut niveau, une intrigue énigmatique à couper le souffle dans une atmosphère impénétrable, fascinante, hypnotique. Un grand roman écrit par un auteur à découvrir pour son allure et son gabarit d’écriture remarquable et puissante.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« résumé du livre
Quinquagénaire alcoolique et désenchanté, Harry Barnett vit depuis de nombreuses années sur l'île de Rhodes, où il s'occupe de la villa d'un de ses amis, un homme politique anglais. Quand Heather Mallender arrive à la villa pour se remettre d'un drame personnel, Harry est vite attiré par la jeune femme. Mais, lors d'une balade en montagne, tout bascule : Heather disparaît sans laisser de traces et Harry est soupçonné par la police grecque de l'avoir assassinée. Devant l'absence de preuves, il est laissé en liberté.
Avec une question qui ne cesse de l'obséder : qu'est-il arrivé à Heather ? Harry décide alors de mener l'enquête à partir de sa seule piste : les vingt-quatre dernières photos prises par la jeune femme avant de disparaître.
Cliché après cliché, il va ainsi tenter de reconstituer les dernières semaines de la vie de celle-ci, entre la Grèce et l'Angleterre. Mais plus il apprend de choses sur Heather, sur son passé et sa vie, et plus le mystère s'épaissit.
Dans une atmosphère mystérieuse et envoûtante, qui n'est pas sans évoquer l'univers de Douglas Kennedy ou celui d'Elizabeth George, Robert Goddard mène d'une main de maître une intrigue foisonnante et nous offre un nouveau chef-d' oeuvre à l'épaisseur romanesque exceptionnelle et au suspense omniprésent »
www.evene.fr
SLOCOMBE Romain
MONSIEUR LE COMMANDANT, NIL édition, 2011, 253 pages
Si l’histoire des Juifs lors de la dernière guerre mondiale t’intéresse, la complexité des relations franco-allemandes de cette époque ainsi qu’une histoire de collaborateurs avec les Allemands, tu seras comblé car ce roman est écrit dans un style remarquable et les détails historiques sont d’une grande précision et finesse.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage : avis de lecteurs…
« Illustre figure des arts et des lettres du Paris dÂ’avant-guerre, Jean-Paul Husson, désormais retiré des mondanités, coule des jours paisibles dans sa demeure normande où il se consacre à lÂ’écriture de son oeuvre. JusquÂ’à lÂ’arrivée de son fils Olivier venu présenter sa jeune épouse Ilse, juive allemande, dont le charme subjugue lÂ’académicien et que ses sentiments conduiront au mal absolu. » www.babelio.com
« Reçu en partenariat grâce aux éditions NiL et à Babelio (que je remercie ici), cet ouvrage m'a passablement intrigué, de façon positive; il peut aussi susciter un certain malaise chez plus d'un lecteur. Porté qu'il est par un style aux apparences classiques et travaillées, il invite en effet chacun à se glisser dans la peau d'un homme distingué, Académicien, écrivain à succès, blessé de guerre donc a priori respectable... mis à part qu'il est pétainiste, catholique fervent et collabo par conviction.
En jetant dans ses pattes Ilse, sa belle-fille juive, dont il va tomber éperdument amoureux, l'auteur va pousser le fragile écosystème qui entoure l'antisémite Paul-Jean Husson jusqu'à l'irréparable, mettant progressivement en évidence les contradictions de son narrateur. Et ce n'est qu'au bout du récit, qui endosse la forme d'une lettre, que le lecteur comprend le caractère à la fois terrible et naïf de la demande de Paul-Jean Husson à son destinataire, le Sturmbannführer Schöllenhammer.
Apparemment, ce livre constitue la résultante de l'exercice délicat du rôle de composition. Il n'y a en effet plus grand-monde aujourd'hui pour se réclamer très ouvertement de l'idéologie pétainiste, antisémite et favorable au nazisme, alors que sous l'Occupation, chacun était contraint de composer, voire de choisir son camp sans trop savoir ce qu'il adviendrait ensuite. On pourrait dès lors se dire que tout cela, c'est de l'histoire, un rien poussiéreuse. Mais l'auteur parvient, par quelques situations et mentions bien placées, à rendre toute son actualité à son propos. Un seul exemple, en page 40, rappelle de façon troublante un discours qu'on entend encore aujourd'hui: "Sous couleur du droit d'asile, on laissait entrer pêle-mêle et sans la moindre précaution réfugiés politiques et condamnés de droit commun - tous d'accord au moins sur un point: le droit qu'ils s'arrogeaient de nous traiter en pays conquis." Et d'une manière plus générale, par-delà l'exposition d'une situation historique donnée, ce sont des sentiments de toujours que l'auteur donne à lire.
Et c'est là que le lecteur est saisi par l'ambivalence du propos. Certes, il lui sera difficile de trouver vraiment sympathique l'Immortel et plutôt odieux collaborateur, auteur qui plus est de virulents articles contre les Juifs. Mais il ne pourra que se surprendre à comprendre certains des élans de son coeur, voire à lui trouver une certaine générosité quand il fuit en voiture avec sa belle-fille et sa petite-fille - alors qu'Olivier, son fils, est résistant à Londres, loin des siens, qu'il pourrait protéger d'un peu plus près. L'auteur ne manque jamais une occasion, par ailleurs, de souligner l'incroyable tension qui se fait jour dans le coeur du narrateur: celui-ci vomit les Juifs, mais aime une Juive, et qui plus est sa propre belle-fille...
Le contexte est campé de manière claire, quitte à ce que le trait paraisse parfois un peu appuyé. Les rappels historiques sont en effet nombreux, et le statut d'Académicien du narrateur permet à l'auteur de lui créer de manière crédible tout un entourage de célébrités. Entre Sacha Guitry et sa femme, Hugo Boss qui fabrique les uniformes de l'armée allemande, Robert Brasillach et quelques autres (dont Léon Blum), sans compter la citation de nombreux organes de presse collaborationnistes de ce temps (on pense à "Gringoire"), les noms sont généreusement parachutés, non sans pertinence. Cela permet au lecteur de cerner le narrateur et de trouver ses marques dans un contexte particulier.
La lecture d'un tel roman sous forme de lettre peut donner au lecteur l'impression d'être un voyeur, dans la mesure où il prend connaissance d'un courrier extrêmement personnel qui ne lui est pas adressé. L'astuce est double: si le narrateur écrit à un nazi, l'auteur écrit au lecteur. Conscient de jouer sur deux plans, l'écrivain rend en quelque sorte le lecteur complice de Paul-Jean Husson, homme complet avec ses gloires et ses zones d'ombre, en l'invitant à mieux le connaître par le biais d'une lettre qui sollicite un service de la part d'un nazi. "Aurais-tu procédé ainsi?", semble demander l'écrivain, lui aussi complice du lecteur, réunissant tout le monde en une histoire tendue, progressivement poussée aux épisodes les plus noirs et les plus durs. »
www.babelio.com
BOUCHARD Serge
C’ÉTAIT AU TEMPS DES MAMMOUTHS LAINEUX, Boeéal, 2012, 221 pages
Un livre très intéressant à lire par les sujets énoncés, le discours direct de l’auteur, ses connaissances des humains de tous les continents, ses audaces d’écriture et de propos toujours à point et utilisés avec humour.
Un livre à relire, à faire circuler. L’auteur est anthropologue, philosophe, humaniste, environnementaliste, enseignant, un homme aux multiples talents qui ont toujours pour but de mieux se rapprocher et de connaître l’homme comme être planétaire. Un grand livre qui devient vite un inséparable.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
« Je suis un grand-père du temps des mammouths laineux, je suis d’une race lourde et lente, éteinte depuis longtemps. Et c’est miracle que je puisse encore parler la même langue que vous, apercevoir vos beaux yeux écarquillés et vos minois surpris, votre étonnement devant pareilles révélations. Cela a existé, un temps passé où rien ne se passait. Nous avons cheminé quand même à travers nos propres miroirs.
Dans notre monde où l’imagerie était faible, l’imaginaire était puissant. Je me revois jeune, je revois le grand ciel bleu au-delà des réservoirs d’essence de la Shell, je me souviens de mon amour des orages et du vent, de mon amour des chiens, de la vie et de l’hiver. Et nous pensions alors que nos mains étaient faites pour prendre, que nos jambes étaient faites pour courir, que nos bouches étaient faites pour parler. Nous ne pouvions pas savoir que nous faisions fausse route et que l’avenir allait tout redresser.
Sur les genoux de mon père, quand il prenait deux secondes pour se rassurer et s’assurer de notre existence, je regardais les volutes de fumée de sa cigarette lui sortir de la bouche, par nuages compacts et ourlés. Cela sentait bon. Il nous contait un ou deux mensonges merveilleux, des mensonges dont je me rappelle encore les tenants et ficelles. Puis il reprenait la route, avec sa gueule d’acteur américain, en nous disant que nous étions forts, que nous étions neufs, et qu’il ne fallait croire qu’en nous-mêmes. »
« Je suis un grand-père du temps des mammouths laineux, je suis d’une race lourde et lente, éteinte depuis longtemps. Et c’est miracle que je puisse encore parler la même langue que vous, apercevoir vos beaux yeux écarquillés et vos minois surpris, votre étonnement devant pareilles révélations. Cela a existé, un temps passé où rien ne se passait. Nous avons cheminé quand même à travers nos propres miroirs. Dans notre monde où l’imagerie était faible, l’imaginaire était puissant. Je me revois jeune, je revois le grand ciel bleu au-delà des réservoirs d’essence de la Shell, je me souviens de mon amour des orages et du vent, de mon amour des chiens, de la vie et de l’hiver. Et nous pensions alors que nos mains étaient faites pour prendre, que nos jambes étaient faites pour courir, que nos bouches étaient faites pour parler. Nous ne pouvions pas savoir que nous faisions fausse route et que l’avenir allait tout redresser.
Sur les genoux de mon père, quand il prenait deux secondes pour se rassurer et s’assurer de notre existence, je regardais les volutes de fumée de sa cigarette lui sortir de la bouche, par nuages compacts et ourlés. Cela sentait bon. Il nous contait un ou deux mensonges merveilleux, des mensonges dont je me rappelle encore les tenants et ficelles. Puis il reprenait la route, avec sa gueule d’acteur américain, en nous disant que nous étions forts, que nous étions neufs, et qu’il ne fallait croire qu’en nous-même.
« Avec sa manière inimitable, sur le ton de la confidence, Serge Bouchard jette un regard sensible et nostalgique sur le chemin parcouru. Son enfance, son métier d’anthropologue, sa fascination pour les cultures autochtones, pour celle des truckers, son amour de l’écriture. »
www.editionsboreal.qc.ca
Le dernier livre de l'anthropologue Serge Bouchard, C'était au temps des mammouths laineux, est constitué de vingt-cinq chroniques d'humeur déjà parues à droite, à gauche entre 2004 et 2011.
Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve
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Didier Fessou |
(Québec) Il y a des livres qui sont comme des amis.
« Le dernier livre de l'anthropologue Serge Bouchard, C'était au temps des mammouths laineux, est de ceux-là. Il est constitué de vingt-cinq chroniques d'humeur déjà parues à droite, à gauche entre 2004 et 2011.
Publié par Boréal, ce livre de 323 pages est un florilège. Pour dire le temps qui passe et célébrer le temps qui a passé.
Dès le premier texte, l'auteur donne le ton: «Je suis d'une race lourde et lente, éteinte depuis longtemps.»
Q Serge Bouchard, vous écrivez que dans le monde d'autrefois l'imagerie était faible et l'imaginaire, puissant. Le contraire est-il vrai: dans un monde où l'imagerie est puissante, l'imaginaire est-il faible?
R Les nouvelles technologies font en sorte que nous avons placé l'image devant nous. Nous étions des créateurs de mondes imaginaires et nous ne le sommes plus, nous sommes devenus des consommateurs. On peut tout faire avec un ordinateur, même jouer au hockey... Notre capacité d'imagination pourrait être atrophiée d'ici cinquante ans. En tout cas, je pose la question.
Q Il a beaucoup de nostalgie dans votre livre. La nostalgie est-elle l'apanage de ceux qui vieillissent?
R La nostalgie est inévitable. Et si elle est inévitable, c'est parce qu'elle est humaine. Nous, les humains, nous sommes condamnés à la nostalgie. La nostalgie, c'est simplement regarder le chemin parcouru depuis l'enfance. La nostalgie, c'est un sentiment humain positif.
Q Élevé par une mère agnostique, vous dites ne pas avoir la foi. Que pensez-vous de cette réflexion de Jean d'Ormesson: je n'ai pas la foi, mais j'ai l'espérance?
R C'est oui. Oui, j'ai l'espérance et c'est génial de le dire comme ça. Je ne suis pas un homme désespéré. Je n'ai pas beaucoup réfléchi à la chose religieuse, mais je suis un humaniste prédisposé au bonheur et à l'espérance. Si j'avais à me décrire, je dirais que je suis dans une dimension spirituelle et sacrée comme les Amérindiens.
Q Vous moquant de la manière dont vous étiez habillé à la fin des années 60, vous notez que le ridicule ne tue point mais fait la mode.
R La mode est forcément ridicule. Et ça, le jeune qui est dans l'instant ne le reconnaîtra pas. Le temps, tu n'y échappes pas. Or notre société prétend que le temps ne passe pas. Oui, le ridicule fait la mode.
Q Pourquoi n'aimez-vous pas le drapeau canadien?
R Je ne l'ai jamais aimé, il nous est sorti dans la face sans qu'on sache trop pourquoi. Il est sans âme, sans sens, sans racines. Comme le Canada, finalement. Il est le drapeau d'un pays qui n'existe pas. J'aurais préféré un drapeau blanc tout simple avec une épinette noire au milieu. L'épinette noire de Chibougamau, de l'Abitibi, de la Baie James. Des épinettes noires, il y en a à la grandeur du Canada. Ça, ça nous aurait bien représentés.
Q En vous fondant sur les travaux de Benjamin Lee Whorf et Edward Sapir, vous expliquez qu'on habite une langue. La langue serait-elle un pays?
R La langue que l'on parle fait le pays et structure le réel. La langue est porteuse d'une vision du monde. D'ailleurs, on parle de familles linguistiques. Nous, les Québécois, on serait plus proches des Mexicains que des Albertains. Même si elles le font en français, les nouvelles technologies véhiculent la vision anglophone du monde et c'est pernicieux parce qu'on ne s'en aperçoit pas.
Q Vous affirmez que le Québec se comporte avec les Amérindiens comme le Canada avec les Québécois. Expliquez.
R C'est le même débat, c'est le même cul-de-sac. Aucune société moderne n'a réussi à résoudre l'équation: comment concilier la diversité culturelle. Pour les Canadiens anglais, les francophones sont un épiphénomène, une verrue dans la face. Au Québec, face aux Amérindiens, c'est la même chose. Les Amérindiens parlent une autre langue et veulent des pouvoirs.
Q Que faites-vous de la Paix des Braves avec les Cris dont on vient de fêter le 10e anniversaire?
R C'est vrai, le Québec a évolué là-dessus depuis 1975. Notamment avec René Lévesque. Il y a eu la Paix des Braves et le Québec accepte de parler aux Amérindiens. Le Québec et la Colombie-Britannique sont les deux provinces les plus avancées dans leurs négociations avec eux.
Q J'ai bien aimé cette réflexion: il ne se fait pas assez d'études sur les liens entre le bonheur et les moteurs.
R C'est un aveu, finalement. On est préhistorique quand on dit que le bonheur, ce sont les moteurs. Moi, j'aime les trucks, j'aime les claquements du diesel et l'odeur du fuel. Là se pose la question de l'esthétisme des temps anciens.
Q Vous déplorez que les gens ne savent plus faire la différence entre un bon et un mauvais hamburger. C'est quoi un bon hamburger?
R Un A&W, c'est un bon hamburger. Un McDonald, c'est un mauvais hamburger.
Q Pourquoi écrivez-vous que la vie est affront dont personne n'a jamais su se protéger?
R Ça dit ce que ça dit. La proposition philosophique des pays riches, aujourd'hui, c'est dire que tout est facile. C'est faux! Les Américains ont une formule extraordinaire: shit happens. Quand tu vieillis, le temps te rattrape.
Q La vie serait-elle un passe-temps?
R Ben oui. Entre la naissance et la mort, il faut bien s'occuper. »
www.lapresse.ca
DUGAIN Marc
AVENUE DES GÉANTS, Gallimard, 2012, 361 pages
Roman du genre grands frissons très bien construit, un style très prenant et touchant par son expression intime. Un personnage authentique d’un grand réalisme par sa connaissance de lui, l’acceptation de sa condition convainquante et intense par sa réflexion intérieure. Un grand roman par un grand auteur dans ce genre caractéristique.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Pour en savoir davantage :
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En 1959, l'Américain Robert Bloch publiait Psycho, l'histoire de Norman Bates, un garçon très perturbé après avoir proprement dessoudé et empaillé sa mère abusive. Trente ans plus tard, Bret Easton Ellis créait un séisme de forte intensité en publiant American Psycho, récit des exploits d'un golden boy massacreur misogyne nommé Patrick Bateman. Encore trente plus tard, alors que les serial killers n'intéressent plus que les séries télé américaines, Marc Dugain s'en empare. Ce qui n'est pas illogique au vu de son parcours: de La Chambre des officiers (1998) à Une exécution ordinaire (2007), en passant par La Malédiction d'Edgar (2005), il s'est toujours passionné pour les monstres.
Aujourd'hui, il se met dans la tête du plus grand d'entre eux, Edmund Kemper, 2,10 m pour 130 kg, enfermé à vie pour le meurtre d'au moins huit personnes dont ses grands-parents paternels. Et celui de sa mère, dont les policiers ont retrouvé en avril 1973 la tête posée sur la cheminée de sa maison piquée de fléchettes. Le détail des exactions du géant n'est pas racontable. Des livres et des films ont été tirés des aveux de ce garçon bavard dont le QI serait supérieur à celui d'Einstein
Dans Avenue des géants, très beau titre pour un sujet laid, Ed Kemper est devenu Al Kenner. Il mesure 2,20 m mais, dans les grandes lignes, le roman est fidèle à l'histoire réelle. Un gamin traumatisé par le divorce de ses parents et les mauvais traitements infligés par sa mère déséquilibrée. Un garçon qui a pris l'habitude de décapiter les animaux et a connu son premier orgasme dans une fête foraine en voyant une belle blonde tuée par une fausse guillotine. Après avoir passé cinq ans en hôpital psychiatrique, Al sera décrété «sain d'esprit» et libéré. Il voudra s'engager dans l'armée, comme papa, ex-membre des forces spéciales - mais sa taille sera un motif de rejet. Entre deux virées à moto sur les routes de Californie, ses seuls moments de bonheur, Al jouera les conseillers-profileurs pour le chef de la Crim de Santa Cruz, qui s'appelle Duigan (anagramme de Dugain) et lui confie sa fille…
L'ogre des contes de fées
Décidément, Dugain a le chic pour trouver des sujets chocs. Et les détourner. Ici, plus que l'histoire d'un détraqué, c'est l'autopsie d'une Amérique des années 1960-1970 en pleine révolution qui le fascine. Cette époque bizarre où le meurtre est légal au Vietnam et où ceux qui reviennent de l'enfer sont brisés, suicidaires ou dangereux. Al, lui, se pense du côté de l'ordre. Il vomit les hippies, les chevelus, les filles riches et criardes comme maman. Sa mère le traitait d'éléphant de mer et de tapette. Il l'a entendue dire: «Je suis la première femme à avoir fait une fausse couche menée à son terme.» On a l'habitude de dire que le tueur en série moyen est M. Tout-le-Monde, le voisin d'à côté. Ici, c'est l'ogre des contes de fées. Mais le surdoué Dugain évite le Grand-Guignol et on suit son géant avec, en tête, Jim Morrison qui fredonne: «There's a killer on the road»…
«Avenue des géants», de Marc Dugain,Gallimard,361pages
www.lefigaro.fr
« Marc Dugain s’applique à décrire la figure du mal quand elle s’incarne dans un tueur en série et à comprendre le cheminement d'un homme confronté à des circonstances - enfance, famille, éducation, société - qui l'enferment et le conduisent tout droit à la folie. Avenue des Géants est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'invite dans les décombres de la guerre du Vietnam.
Style tragi-comique et construction complexe. On connaît le déroulement des faits, mais tout reste saisissant. Ça se passe ailleurs. Plongée dans la psychologie d’un tueur, tableau de l’Amérique des années 1960-1970, hommage littéraire à la route, analyse des névroses familiales, explosion des genres. (...) Avenue des Géants est un roman subtil et fort. Une histoire et une réflexion.
JDD - Marie-Laure Delorme
Une étonnante et passionnante fiction, dans laquelle le romancier se glisse dans la peau d'un serial killer américain, tout en réussissant la gageure de ne consacrer qu'une poignée de pages à ses nombreux meurtres. Aucune hémoglobine dans ce faux thriller, pas d'exhibitionnisme ni de détails hallucinants, mais une bonne dose de suspense, alors même que la culpabilité du héros est connue dès l'ouverture. La véritable intrigue n'est autre que la personnalité du tueur lui-même.
L'Express - Marianne Payot
www.enfinlivre.blog.lemonde.fr
MALKA Francis
LE JARDINIER DE MONSIEUR CHAOS, Hurtubise, 2010, 180 pages
Roman très touchant dont le sujet est la possibilité de mourir dans la dignité et au moment choisi par soi-même. De plus on peut choisir d’être enterré sur son terrain privié ou sur un terrain de la municipalité et tout cela avec l’aide d’un médecin spécialiste et de son jardinier. Beaucoup de connaisssances sur le jardinage, les parfums tout cela grâce aux talents d’horticulteur, de parfumeur et de généticien et même de croque-mort du jardinier.
Roman avec un style d’écriture poétique, humaniste et touchant.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Citation : « Les nouveaux gènes que nous avions insérés dans le noyau de la bactérie devaient alors permetre à celle-ci de synthétiser des protéines qui viendraient à leur tour assembler ces fragments de molécules en composés aromatiques, recréant du même coup le parfum des fleurs de troène. » p. 65
Pour en savoir davantage :
«Voilà déjà plusieurs années que vous tentez d’élucider la disparition de nombreux habitants de ce village. Sont-ils partis? Sont-ils morts? Étrangement, les gens à qui vous adressez la parole esquivent poliment vos questions. D’où provient ce parfum de rose qui emplit soudainement l’air? Il n’y a pourtant aucune fleur en vue.
Et comment expliquer ces effluves de tulipe en novembre? Çà et là, au hasard de vos pas, d’autres parfums intenses viennent titiller vos narines. Vous jetez un coup d’œil derrière vous: vous êtes pourtant seul. Vous voici maintenant au centre de la place, devant la statue de M. Lacroix, dont la femme est d’ailleurs l’une des disparues que vous recherchez sans succès. Ne ressentez-vous pas une présence étrange? Sans pouvoir dire exactement pourquoi, vous croyez que ce jardinier, qui s’affaire à réaménager le jardin de M. Chaos, connaît la réponse à toutes ces questions ». www.livresquebecois.com
Mon commentaire:par un lecteur
« Voilà un roman original, autant dans la forme que le fond. L'auteur, Francis Malka, maîtrise parfaitement son sujet et nous offre, à travers 58 courts chapitres, une histoire captivante! Le narrateur (qui est le jardinier du titre) s'adresse directement à nous, lecteurs, qui devenons, le temps du roman, un enquêteur de la division des crimes contre la personne.
Le jardinier lui parle, explique son histoire. La trame est ingénieuse. Le roman, un petit conte macabre et quelque peu pervers est rempli à la fois d'humour noir et d'une grande humanité. Au lecteur de le percevoir d'une façon ou d'une autre. Les chapitres traitant de biologie et de génétique sont passionnants, sans devenir lourds, l'auteur se contentant de l'essentiel pour mener à bien son histoire. À noter qu'il s'agit du premier roman de Francis Maska (qui oeuvre normalement en informatique). On ne peut que souhaiter qu'il reprenne la plume à nouveau!
Le jardinier de Monsieur Chaos est un excellent roman. Après cette lecture, on regarde les jardins, publics comme privés, d'un autre oeil...
Quelques extraits:
"L'homme commence en réalité à mourir au moment où il réalise que le temps lui a joué un tour et que ses accomplissements sont derrière lui. Quelle illusion que le temps! Nous pensons être assis sur le rivage à le regarder passer alors qu'il est en fait immobile et que c'est nous qui passons." p.43
"Toute quête ne peut débuter que par la connaissance de l'ignorance." p.124
www.biblioallie.canalblog.com
« Vous voici maintenant au centre de la place, devant la statue de M. Lacroix, dont la femme est d'ailleurs l'une des disparues que vous recherchez sans succès. Ne ressentez-vous pas une présence étrange?
Sans pouvoir dire pourquoi, vous croyez que ce jardinier, qui s'affaire à réaménager le jardin de M. Chaos, connaît la réponse à toutes ces questions."
Commentaire d’une lectrice :
«Le narrateur du roman est le fameux jardinier, qui s’adresse à la fois à nous et à un inspecteur de police. En effet, dans ce petit village de quelques milliers d’âmes, les disparitions semblent anormalement fréquentes et il semble y avoir des massifs floraux fantômes un peu partout. Et bizarrement, personne ne semble s’en inquiéter.
Passionné de jardinage et d’horticulture, il est engagé par Monsieur Chaos, un mystérieux médecin qui souhaite qu’il aménage le jardin de sa nouvelle demeure. Sauf que, comme il le mentionne assez rapidement, le jardin ne sera jamais fini car un nouveau projet lui sera rapidement confié. Un projet qui défie un peu la morale mais qui nous semble aussi étonnamment humain.
Nous suivrons donc le jardinier et Monsieur Chaos à travers leurs expérimentations sur les odeurs et la biochimie. C’est un peu grinçant, un peu macabre mais par ailleurs assez zen comme histoire. Oui, je sais, c’est paradoxal mais ce sont quand même deux impressions qui ont cohabité en moi tout au long du roman. J’en suis venue à trouver l’anormal presque charitable. Pas de gros suspense ici, pas d'enquête policière haletante, mais une bizarre de fable racontée par un personnage assez spécial lui-même!
Une bonne surprise, donc! » www.moncoindelecture.com
MARTÌNEZ Guillermo
LA VÉRITÉ SUR GUSTAVO RODERER, NIL ÉDITIONS, 2011, 121 pages
Roman sur l’intelligence mathématique donc un duel entre deux étudiants qui deviennent néanmoins amis, à savoir qui aura des éléments de réponse pouvant convaincre l’autre de sa compétence intellectuelle sur un sujet précis à savoir quelle est la science la plus représentative de l’intelligence humaine, la philosophie ou la mathématique.
Ce que j’ai aimé dans ce roman c’est la vie familiale de chacun qui me permet de poser la question suivante : » Le plus important est le bonheur ou la connaissance ?
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
Extraits : « …les diverses formes de l’intelligence pouvaient se réduire à deux formes principales : la première, l’intelligence assimilative, celle qui agit comme une éponge et absorbe immédiatement tout ce qui s’offre à elle, qui avance, confiante, et trouve naturelles, évidentes, les relations et analogies établies auparavant par d’autres, qui est en harmonie avec le monde et se sent dans son élément que que soit le domaine de la pensée.
…ce genre d’intelligence ne se différencie qu’en termes quantitatifs des facultées normales de tout individu, il s’agit seulement d’une accentuation du sens commun : plus de rapidité, un esprit plus pénétrant, plus d’habileté dans les opérations d’analyse et de synthèse. C’est l’intelligence des « talentueux » ou « capables » qui se comptent par milliers. C’est l’intelligence qui s’accommode le mieux de la vie, celle des grands savants et humanistes….pages 37-38
Pour en savoir davantage :
« Dans un bourg endormi d’Argentine, deux adolescents nouent une curieuse relation. Ils possèdent des facultés intellectuelles très supérieures à la moyenne, et le seul moteur de leur amitié est la compétition. Mais si le narrateur veut surtout se confronter à la réalité et conquérir sa place au soleil, Gustavo Roderer est un génie dévoré par une quête extraordinaire : l’élaboration d’une philosophie révolutionnaire. Cloítré chez lui, flirtant avec les drogues et maniant des idées destructrices, il cherche à repousser les limites de sa réflexion. Agacé et fasciné, son ami s’acharne à lui démontré l’inanité de ses questionnements. Ces deux brillantes intelligences s’affrontent en une lutte qui finit par devenir une question de vie ou de mort.
D’inspiration borgésienne, ce premier roman encore inédit en France mélange avec virtuosité suspense et métaphysique.
Né en 1962 à Buenos Aires, docteur en mathématiques, Guillermo Martínez a publié La mort lente de Luciana B. et Mathématique du crime.
Mon avis par une lectrice :
Je l’ai lu hier soir et j’avoue que tout cela me pose plein de questions. J’ai compris ce roman comme un roman de dualité et qui faisait écho aux questionnements du mathématicien Guillermo Martínez. L’auteur Guillermo Martínez met en scène deux personnages : le narrateur et le fameux Gustavo Roderer. Les deux n’ont pas la même intelligence (voir extrait ci-dessous) : un à une intelligence qui lui permet d’apprendre vite ceux que d’autres mettent longtemps à comprendre, de réutiliser, d’améliorer les choses, c’est une intelligence qui s’insère dans la vie réelle, l’autre a une intelligence de sensation : il lui manque quelque chose pour profiter de sa tête, quelque chose qu’il se propose de chercher sans répits. Je ne crois pas que l’on puisse être l’un ou l’autre. C’est pour ça que j’ai pensé que finalement c’était un peu deux côtés d’un même personnage. Entre Gustavo et le narrateur va naître à mon avis une sorte d’émulation, chacun essayant d’expliquer sa vision du monde, car ici c’est bien de ce dont il s’agit. Je n’ai pas réussi à voir s’il s’agissait d’en imposer l’une par rapport à l’autre ou de les concilier. C’est la première dualité dont parle le livre.
Ensuite le narrateur décide d’étudier les mathématiques à l’université alors qu’il souhaitait plus se consacrer aux humanités. En cela, il suit les conseils de Gustavo. Il n’étudiera pas n’importe quelle branche des mathématiques mais celle de la logique. Ce qu’il faut voir, c’est qu’en mathématiques appliquées, finalement, le but c’est de modéliser une situation réelle en la rendant abstraite vis à vis de certaines contingences. En général, on se pose la question de à quoi servent et à quoi serviront nos travaux. Les mathématiques pures, et principalement la logique à mon avis, c’est autre chose : on créé une nouvelle manière de penser, une nouvelle manière de voir les choses. On est dans l’abstraction pure.
En général, ce sont souvent les logiciens qui ont besoin de devenir philosophe parce qu’ils ont besoin de se raccrocher à la vie. Et c’est ce qui passe ici. Finalement, Gustavo qui est en train de créer son système philosophique a besoin de se raccrocher au monde et cela passera par les mathématiques et inversement. Gustavo et le narrateur vont essayer de raccrocher leurs wagons. Cela passe en particulier par la démonstration d’un théorème (du mathématicien Seldom, clin d’œil au professeur du livre Mathématique du crime, clin d’œil pour nous lecteur français pour les autres c’était dans l’autre sens). Ce théorème établit “fondamentalement”, “l’insuffisance de tous les systèmes connus jusqu’à maintenant”. Il parle de système mathématique comme philosophique (c’est mieux expliquer dans le livre).
Et c’est là que tout se complique, la vie de Gustavo doit-elle s’écrouler car vaine ou est-ce que c’est la vie du narrateur qui finalement quoi qu’il fasse n’arrivera à rien créer qui puisse tout expliquer. Finalement, chacun des deux s’en sort puisque le narrateur fera des compromissions et arrivera à vivre réellement. Gustavo lui expliquera que le théorème n’envisage que les cas de dualité, c’est oui ou c’est non, que les systèmes philosophiques passés n’envisagent que ces ces cas de dualité suite à des approximations. Il dira que son système à lui envisage une troisième voie. Sauf que moi, j’avais lu tout le livre en pensant que deux choses, deux manières de penser s’opposait et que toute la construction du livre était basée sur cette dualité. Je me suis dis que j’avais loupé quelque chose. À cela, l’auteur ajoute une allusion à la nouvelle d’Henry James, L’image dans le tapis, où l’auteur se moquait du critique qui cherchait un sens à l’œuvre de l’autre et me voilà toute pensive.
La fin m’a elle laissé encore plus perplexe parce que je n’ai pas réussi à comprendre si l’auteur avait une voie ou une autre parce que finalement tout le monde est parti d’Argentine.
Extrait
Puis il déclara que les diverses formes de l’intelligence pouvaient se réduire à deux formes principales : la première, l’intelligence assimilative, celle qui agit comme une éponge et absorbe immédiatement tout ce qui s’offre à elle, qui avance, confiante, et trouve naturelles, évidentes, les relations et analogies établies auparavant par d’autres, qui est en harmonie avec le monde et se sent dans son élément quel que soit le domaine de la pensée.
[...]
Ce genre d’intelligence ne se différencie qu’en termes quantitatifs des facultés normales de tout individu, il s’agit seulement d’une accentuation du sens commun : plus de rapidité, un esprit plus pénétrant, plus d’habileté dans les opérations d’analyse et de synthèse. C’est l’intelligence des “talentueux”, ou “capables”, qui se comptent par milliers. [...] C’est l’intelligence qui s’accommode le mieux de la vie, et c’est aussi somme toute celle des grands savants et des humanistes. Elle ne recèle que deux dangers : l’ennui et la dispersion. La vanité l’incite à aborder tous les domaines, et l’excès de facilité, on le sait bien, finit par lasser.
[...]
Quant à l’autre forme d’intelligence, elle est beaucoup plus rare, plus difficile à rencontrer : elle trouve étranges et souvent hostiles les enchaînements de la raison, les arguments les plus habituels, ce qui est su et prouvé. Rien, pour elle, n’est “naturel”, elle n’assimile rien sans éprouver en même temps une certaine réaction de rejet : “C’est écrit , d’accord, se plaint-elle et pourtant ce n’est pas comme ça, ce n’est pas ça.” Et ce rejet est parfois si brutal, si paralysant, que cette intelligence court le risque de passer pour de l’aboulie et de la stupidité. Deux dangers la guettent aussi, beaucoup plus terribles : la folie et le suicide. Comment surmonter cette douloureuse remise en cause de tout, cette sensation d’être étranger au monde, ce regard n’enregistrant qu’insuffisances et lacunes das tous les liens que les autres estiment nécessaires ? Quelques-uns y parviennent néanmoins, et alors le monde assiste aux révélations les plus prodigieuses, et l’exilé de tout enseigne aux hommes à avoir un regard neuf, un regard à leur façon. Ils sont peu, très peu ; l’humanité les accueille à bras ouverts et les appelle génies. Les autres, ceux qui se perdent en route…, murmura-t-il pour lui-même, ne trouvent pas leur place au soleil. (pp. 37-39)” www.cecile.ch-baudry.com