CANADA, roman, Prix Femina 2013, de Richard FORD
23/02/2014 16:04 par livresentete
FORD Richard
CANADA, roman, Boréal, 2013, 476 pages, PRIX FEMINA 2013
Roman remarquable par son écriture profonde, fébrile, par son sujet mené avec une grande maîtrise du style narratif. Le roman se lit comme un conte, un fait qui nous serait relaté par des témoins oculaires.
Le roman se divise en trois parties principales: la vie de famille avant l'emprisonnement des parents, l'abandon des deux enfants jumeaux âgés de quinze ans, la prise en main de la vie de chacun, leur destinée marquée par leur
personnalité.
Dell et Berner ont des parents qui sont très différents autant par leur taille, leur carrière, leur perception de la vie sociale, leur croyance personnelle.
Le père est un pilote de carrière à la retraite, la mère une enseignante: elle est d'origine juive, elle est cultivée, elle a une âme d'artiste solitaire.
Pour faire face à leur besoins financiers le père implique sa femme dans un vol de banque qui échoue et les condamne à la prison.
Berner s'enfuie et Dell par l'entremise d'une amie de sa mère se retrouve en Saskatchewan chez le frère de celle-ci, Arthur Remlinger.
Dell ne connaît rien des responsabilités inhérentes à la survie, il a quinze ans , n'a jamais travaillé, n'a pratiquement eu aucune relation sociale autre que fréquenter l'école. Il découvre la vie, ses principes, des choix à faire.
Un grand roman qui se lit comme une confidence intime. Un roman touchant et un auteur talentueux à découvrir.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
www.livresentete..vip-blog.com
"Leurs parents, malgré tout, leur bizarre disparité m'apparaît encore aujourd'hui comme l'une des raisons pour lesquelles ils ont mal fini...ils n'allaient pas ensemble, c'est un fait."
"Le père était à contresens du monde qu'il avait retrouvé en rentrantt chez-lui, un contresens qui était devenu sa vie."
" Le peu de sociabilité de notre mère se faisait hostile au monde, son complexe de supériorité... Mère juive, elle avait une tête d'immigrée, était bohème par certains côtés."
Au Mississipi, la situation des juifs y était pire que celle des gens de couleur."
"Les enfants s'adaptent si leurs parents les aiment et les nôtres nous aimaient."
" Ce que je sais du hold-up, je le tiens essentiellemenet de la Chronique de ma mère qu'elle a écrit en prison..."
" Ils se laissaient griser l'un comme l'autre par la dernière gorgée de cette vie qu'ils venaient de foutre en l'air."
" L'avenir devient aussi confus et impénétrable que le passé lui-même."
" Nous n'accédons qu'à une part les uns des autres."
" Un jeune homme doit apprendre à survivre avant de comprendre le monde, la vie."
" Je devais donc me méfier, me tenir à distancce d'Arthur Remlinger. L'improbable devenait souvent tout aussi probable que le lever du soleil."
" Vivre ici induit un fantsme de certitude colossale."
Pour en savoir davantage:
Résumé
"Quand les parents de Dell Parson, quinze ans, décident de commettre un vol de banque, celui-ci comprend qu'il doit dire adieu à jamais à son rêve de vivre une vie normale et paisible. Une amie de la famille l'aide à traverser en secret la frontière canado-américaine et le remet entre les mains d'un autre Américain en exil, Arthur Remlinger, qui sous ses airs pacifiques cache une nature d'une redoutable violence. Dell tente de retrouver son équilibre sous les ciels immenses de la Saskatchewan et de découvrir un sens à la conduite des adultes qu'il aimait et qu'il croyait connaître.
Richard Ford révèle de façon magistrale la violence et le désordre moral qui se cachent sous la surface lisse du rêve américain. À travers les yeux de Dell, nous découvrons la complexité et l'ambiguïté du monde, que la culture de l'Amérique triomphante de l'après-guerre cherchait à gommer à tout prix. Le Canada, c'est pour Dell la porte vers l'autre, le lieu qui lui permet de voir son univers, qu'il croyait le seul possible et le seul véritable, selon une perspective nouvelle.
Canada est un roman de la traversée des frontières et de la perte de l'innocence, sans doute un chef-d'ouvre, déjà un classique." L'ÉDITEUR
VICTOR Gary
CURES ET CHÂTIMENTS, roman, polar, Mémoire D'Encrier, 2013, 204 pages
Roman original, hardi du genre polar, une enquête policière étoffée, consistante d'un auteur haïtien de renom. L'inspecteur de police Azémar a une forte personnalité et démontre des principes moraux et sociaux ancrés. Il est audacieux,brillant, tenace avec la détermination d'un surhomme. Il est l'équivalent haïtien de l'inspecteur français Adamsberg de Fred Vargas. Ils ont aussi en commun un besoin quotidien intense d'alcool, dans son cas le soro.
Il doit combattre des agents ambitieux des Nations unies entre autres du Brésil, affronter les organisations de la mafia haïtienne, les gangs déjà implantés.
L'écriture du roman est dense, dynamique, efficace.Dans un style où se conjuguent sens du rythme et art du détail, l'auteur déploie ici un imaginaire haïtien riche, nourri par une passion de la culture et de la situation ardue,fragile, pahétique d'Haïti aux prises avec les grandes puissances de la drogue, avides de bénéfices sur un peuple déjà soumis et exploité.
Un roman et un auteur à découvrir.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
" Le surhomme ne se construisait pas avec les artifices de la raison mais bien dans la nudité du sentiments."
" S'il n'avait pas un prix, notre univers s'écroulerait."
" Il tuait pour le bien de l'humanité, au nom d'un dessein supérieur."
" Après avoir demandé à un sorcier de lui coudre sous la peau un garde pour tenir, pour avoir la force d'affronter ses ennemis."
"Quand cela pue, les charognards ne savent plus où donner de la tête. Il faut savoir en profiter."
" En Haïti, on nous maintient dans une instabilité permanente justifiant la présence des étrangers. Le système des Nations unies vient en appui à la corruption et à l'insécurité."
" Les gens libres souffraient vraiment. Les vrais douleurs révèlent à l'homme son humanité."
" Le spectaclle rappelait un rituel de magie noire."
" La vie dans ce pays est une hallucination terminale."
Pour en savoir davantage:
Résumé
"L'inspecteur Dieuswalwe Azémar, alcoolique impénitent, ne pourra conserver son poste dans la police qu'à la seule condition de se soumettre à une cure de désintoxication.
Hanté dans ses cauchemars par les truands de la ville, Azémar reçoit la visite d'une Brésilienne, Amanda Racelba, prête à tout pour l'assassiner afin de venger son père, ancien général des Nations unies en Haïti.
Les preuves sont accablantes même quand l'enquête officielle avait conclu au suicide du général. L'inspecteur Dieuswalwe Azémar ne se rappelle pas avoir tué le général. Il s'engage alors dans une lutte sans merci pour élucider les faits.
Ses jours sont comptés. Saura-t-il retrouver ses droits, sa voix et sa dignité dans ce pays, otage des gangs et des Nations unies où le bien et le mal se ressemblent étrangement ?
Le roman Cures et châtiments poursuit avec brio le cycle des polars vaudou de Gary Victor." L'Éditeur
Romancier, scénariste et journaliste, Gary VICTOR est né à Port-au -Prince. Ses ouvrages sont publiés en Haïti, au Canada et en France. Il a reçu de nombreux prix littéraires dont le Prix du livre insulaire à Ouessant, le Prix RFO du livre, le Prix Casa de las Americas. Il est l'auteur d'une oeuvre originale acclamée en Haïti.
PENNY Louise
ENTERREZ VOS MORTS, roman, Flammarion, 2013, 454 pages
Un autre roman, du genre enquête policière, brillant de Louise Penny. Deux enquêtes menées de front: une enquête à Three Pines, Cantons de l'Est, par l'enquêteur Jean-Guy Beauvoir, une autre à Québec par l'inspecteur-chef Armand Gamache et un retour sur une enquête d'une action terroriste d'envergure dont l'enjeu est le barrage de la centrale hydroélectrique La Grande.
Un roman pour amateur d'enquête resserrée, tassée dont les qualités premières sont l'intelligence, l'intuition, la déduction.
Un bon roman polar à découvrir, une auteure constante dans la qualité de ses romans.
" Il voyage plus vite celui qui voyage seul." Nous avons tous besoin d'aide."
Les quatre phrases qui menaient à la sagesse: " Je m'excuse. Je me suis trompé. J'ai besoin d'aide. Je ne sais pas."
" Le Québecc. Une société de chaloupiers. Qui avance droit devant, mais regarde vers l'arrière. Ici, on ne semble jamais vraiment perdre de vue le passé."
" La ville avait été construite un peu n'importe comment, sans le moindre système de quadrillage. C'était un labyrinthe tortueux de petites rues pavées et de vieilles maisons."
" L'équation se résumait souvent à cela: sacrifier un petit nombre pour sauver le plus grand nombre."
" La ville étincelait et toutes les surfaces scintillaient sous la lumière, comme si Québec était fait en cristal."
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Résumé de l'éditeur
"Tandis que le Vieux-Québec scintille sous la neige et s'égaye des flonflons du carnaval, Armand Gamache tente de se remettre du traumatisme d'une opération policière qui a mal tourné. Mais, pour l'inspecteur-chef de la SQ, impossible d'échapper longtemps à un nouveau crime, surtout lorsqu'il survient dans la vénérable Literary and Historical Society, une institution de la minorité anglophone de Québec. La victime est un archéologue amateur connu pour sa quête obsessive de la sépulture de Champlain. Existerait-il donc, enfoui depuis quatre cents ans, un secret assez terrible pour engendrer un meurtre ? Confronté aux blessures de l'histoire, hanté par ses dernières enquêtes, Gamache doit replonger dans le passé pour pouvoir enfin enterrer ses morts.
Louise Penny s'impose comme « la plus récompensée des auteurs canadiens de romans policiers » (Maclean's). Avec Enterrez vos morts, best-seller international traduit dans une vingtaine de pays, elle a remporté de nombreux prix prestigieux : Agatha (pour la quatrième année de suite), Anthony, Arthur-Ellis, Macavity. Originaire de Toronto, elle a travaillé deux ans à Québec comme journaliste pour la CBC. Elle habite maintenant les Cantons-de-l'Est,
un lieu qui joue aussi un rôle important dans sa série « Armand Gamache enquête ».
ORWELL George
LA FERME DES ANIMAUX, folio 1516, Champ Libre, 1945, 1981, 150 pages
Ce conte que je croyais destiné aux enfants est en fait un conte pour adultes, né de l'humour affable de George ORWELL.
Les animaux du propriétaire de la Ferme du Manoir se révoltent et se proclament libres du contrôle de M. Jones qui est quotidiennent ivre qui néglige sa ferme et ses animaux.
À partir des enseignements de Sage l'Ancien, tous trois cochons, Napoléon, Boule de Neige et Brille-Babil- avaient élaboré un système philosophique sans faille qu'ils appelaient l'Animalisme.
"Tous les maux de notre vie sont dus à l'homme, notre tyran. Débarrassons-nous de l'homme, et nôtre sera le produit de notre travail."
" Ce ne sont que des mensonges. L'homme ne connaît pas d'autres intérêts que les siens."
"Les cochons avaient fait de la sellerie leur quartier général."
"C'est ainsi que la tentative d'apprivoiser les animaux sauvages avorta presque tout de suite."
" Les cours de lecture et d'écriture connurent un vif succès."
" Quatrepattes, oui! Deuxpattes, non! En cela réside le principe fondamental de l'ANIMALISME. Et c'est la main qui fait la marque de l'homme: la main qui manipule, la main de la malignité"
Mais les cochons sous Napoléon sont manipulés et assujettis. Boule de Neige est disparue et est condamnée par Napoléon et ses neuf chienns obéissants.
À lire la suite avec plaisir car " Sur la ferme des Animaux, les animaux inférieurs travaillaient plus dur et recevaient moins de nourriture que tous les autres animaux du comté." Ils étaient explotés par les cochons et leurs chiens soumis.
" Dehors, les yeux des animaux allaient du cochon Napoléon à l'homme et de l'homme au cochon et de nouveau du cochon à l'homme, mais déjà il était impossible de distinguer l'un de l'autre."
Un bon moment de lecture et de réflexion de la condition des travailleurs des classes inférieures.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
"Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Snowball et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement : " Tout ce qui est sur deux jambes est un ennemi. Tout ce qui est sur quatre jambes ou possède des ailes est un ami. Aucun animal ne portera de vêtements. Aucun animal ne dormira dans un lit. Aucun animal ne boira d'alcool. Aucun animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux son égaux. "Le temps passe. La pluie efface les commandements. L'âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer : " Tous les animaux sont égaux, mais (il semble que cela ait été rajouté) il y en a qui le sont plus que d'autres." www.livre.fnac.com"
""Un certain 21 juin eut lieu en Angleterre la révolte des animaux. Les cochons dirigent le nouveau régime. Boule de Neige et Napoléon, cochons en chef, affichent un règlement :
“Tout deuxpattes est un ennemi. Tout quatrepattes ou tout volatile, un ami. Nul animal ne portera de vêtements. Nul animal ne dormira dans un lit. Nul animal ne boira d’alcool. Nul animal ne tuera un autre animal. Tous les animaux sont égaux.”
Le temps passe. La pluie efface les commandements. L’âne, un cynique, arrive encore à déchiffrer :
“Tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres."
IRVING John
À MOI SEUL BIEN DES PERSONNAGES, Seuil, avril 2013, 470 pages
Un roman bien coté qui fait sa marque, un auteur bien coté qui a bien fait sa marque. Un sujet marquant et remarqué car la sexualité touche tous les êtres humains peu importe les pays, les races, les cultures, les langues, les civilisations.
John Irving se permet de visiter de l'intérieur des personnages ayant une sexualité à contre courant, à contre culture.
Les personnages importants sont principalement un jeune homme bisexuel, un père absent devenu homosexuel et travesti, une cousine lesbienne, un grand-père qui au théâtre adore les rôles de femmes car il aime se déguiser en femme, une bibliothécaire transsexuelle jadis lutteur, un ami étudiant lutteur et travesti, une mère abondonnée scrupulement religieuse et moralisante.
Les personnages ont des vies totalement opposées et nous dévoilent des vies éclatées, des plus inhabituelles pour la bonne société en général en vivant librement leurs fantasmes sexuels.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Grand-père Harry fabuleux en femme, Muriel sa fille et sa seule concurrente, soeur de la mère de Billy, son merveilleux oncle Bob, sa grand-mère, de qui Muriel tenait son caractère pète-sec à l'élocution impeccable qui en faisait un perroquet irréprochable.
" C'est dans la tête, Billy. Quand tu accroches sur un mot...c'est qu'il a quelque chose qui a un rapport avec le sexe."
" Je compris dès lors ...être dominant moi-même."
" Si la grossesse non désirée était l'abîme qui s'ouvrait sous les pas de la fille imprudente.."
" Mon cher enfant, répéta-t-elle. Ce n'est pas une question d'âge. La question, c'est ce que je suis en réalité. William, tu ignores à qui tu as affaire..."
" La miséricorde est une vertu qui s'impose d'elle-même,"
" Phrases touchantes, révélatrices de l'être, du milieu social, surtout des amis et de la famille.Qui sommes-nous ? Soyons indulgents! Chacun fait sa vie selon son origine et ses expériences de vie."
Les événements nous tombent dessus à tout âge.
Ne pas juger mais entrevoir la réalité des autres et la sienne. Avec l'âge la vie devient une longue suite d'épilogues."
" Nous sommes faits de l'étoffe des RÊVES et notre petite vie est entourée de sommeil."
" Nous étions pleins d'aversion pour notre différence sexuelle parce qu'on nous avait fourré dans le crâne que c'était une persersion."
"Shakespeare, ça ne le dérangeait pas , l'interversion des sexe...dans une pièce de théâtre."
Pour en savoir davantage:
Résumé
"Les aventures tragi-comiques, sur plus d'un demi-siècle d'histoire américaine, de Billy, un bisexuel qui vit des histoires d'amour passionnées mais qui n'arrive pas à assouvir totalement son désir."
www.renaud-bray.com
"Adolescent, Bill est troublé par ses béguins contre nature pour son beau-père, ses camarades de classe, et pour des femmes adultes aux petits seins juvéniles… Plus tard, il assumera son statut de suspect sexuel, et sa vie entière sera marquée par des amours inassouvies pour les hommes, les femmes et ceux ou celles qu’on appellera bientôt transgenres.
Dans ce roman drôle et touchant, jubilatoire et tragique, John Irving nous parle du désir, de la dissimulation et des affres d’une identité sexuelle « différente ». Du théâtre amateur de son enfance jusqu’au bar hot où se joue la révélation finale, en passant par la bibliothèque où la sculpturale Miss Frost l’initie — tout d’abord — à la littérature, le narrateur s’efforce de trouver un sens à sa vie sans rien nous cacher de ses frasques, de ses doutes et de son engagement pour la tolérance, pour la liberté de toutes les altérités.
John Irving est né en 1942 et a grandi à Exeter (New Hampshire). La publication de son quatrième roman, Le Monde selon Garp, lui a assuré une renommée et une reconnaissance internationales. Depuis, l’auteur accumule les succès auprès du public et de la critique. À moi seul bien des personnages est son treizième roman. Marié et père de trois garçons, John Irving partage son temps entre le Vermont et le Canada." www.seuilcom
LEMAÎTRE Pierre
AU REVOIR LÀ-HAUT, Albin Michel, 2013, 563 pages, PRIX GONCOURT 2013
Un roman intense d'une grande écriture, d'un auteur pilier à sensations dramatiques, fortes, instinctuelles.
L'action historique se déroule lors de la première guerre mondiale en France.
Les deux personnages principaux sont des soldats aux prises avec la colère, la souffrance, les abus physiques et personnels de hauts gradés qui fondent leur fortune personnelle sur la victoire de cette guerre à prix inhumain, irriguliers, amoraux.
Deux soldats sont témoins d'un acte irrationnel, démesuré, mortel de la part de leur lieutenant chef et responsable du régiment.
Un roman qui a le mérite d'un Prix Goncourt pour la qualité d'écriture de l'auteur, les valeurs humaines menacées et le côte historique dévoilé par une écriture époustouflante.Un grand roman, un grand auteur à percer.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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" Le craquement est sinistre, des côtes écrasées, brisées. Édouard entend un râle. Sous lui, la terre se retourne et il glisse plus bas, comme s'il tombait de sa chaise, mais ce n'est pas la terre qui s'est soulevée, c'est Albert qui s'est tourné, qui vomit tripes et boyaux, qui se met à tousser. Édouard n'en croit pas ses yeux, ses larmes remontent, c'est vrai qu'il a de la chancce, cet Édouard, vous avouerez. Albert continue de vomir, Édouard lui tape gaiement dans le dos,il pleure et il rit en même temps.Le voilà assis là, sur ce champ de bataille dévasté, à côté de la tête d'un cheval crevé, une jambe repliée à l'envers, sanguinolente, tout près de défaillir d'épuisement, avec ce type qui revient de chez les morts en dégueulant...
C'est alors qu'arrive à sa rencontre un éclat d'obus gros comme une assiette à soupe. Assez épais et à une vitesse vertigineuse.La répnse des dieux, sans doute." p.52
Pour en savoir davantage:
"Dans une France meurtrie par la boucherie qu'a été cette Grande Guerre, on s'occupe des cimetières, des monuments aux morts, des édifices à la gloire des soldats tombés sous les balles ennemies... La société d'après-guerre tourne autour de ses héros disparus, alors que les soldats vivants sont les oubliés de cette société.
Retournant du front, Édouard Péricourt et Albert Maillard font partis de ceux qui ont tout perdus... C'était le 2 novembre 1918, c'était la fin de la guerre. Les soldats n'en peuvent plus ; mais ce n'est pas l'avis de leurs officiers. En particulier celui qui commande nos deux poilus : le lieutenant d'Aulnay-Pradelle est un rageur, un coriace, un dur à cuire, un homme peu scrupuleux. Il envoie ses soldats à l'assaut de la côte 113."
"Le début de leur calvaire à tous les deux, le début de la réussite pour "Pradelle".
Mais, réunis, Albert et Édouard vont imaginer une revanche personnelle et collective époustouflante, un pied de nez magistral.
Dès la première scène, Pierre Lemaitre nous met dans le rythme effréné qui perdurera tout au long du roman, en excluant quelques longueurs vite oubliées. Celui-ci prend d'abord forme avec des phrases courtes, saccadées. Ce style est au début un peu lourd, mais on comprend vite ce choix dès que l'action arrive : cette routine, cette fatigue qui oppressait chaque soldat pendant de longs moments.
D'ailleurs, un des points forts de ce récit est cette capacité à faire partager au lecteur ce que ressent le soldat. Même si l'auteur a choisi un point de vue extérieur, il n'adopte pas moins le ton d'un poilu. On y retrouve par exemple l'ironie, mordante, qui allège le livre - "En quatre ans, Albert en un vu un paquet, des types morts de rire en recevant une balle allemande" ; des dialogues incorporés directement dans les phrases, qui donnent de la vie au texte - "Labourdin ouvrit la bouche, cligna des yeux, bien, bien, bien..." ; les gros mots, symboles de la classe sociale ; le langage populaire et familier - "ça prend un temps fou" ; et, enfin, on peut noter que tout au long du livre, des personnages - en particulier Mr. Péricourt - essayent de mettre la main sur un mot, et l'auteur nous le fait vivre tel le prolongement de sa pensée. Ainsi, le style sert l'action, et tous ces procédés impliquent le lecteur davantage.
Le livre commence par un assaut - la guerre. L'action est dense et très prometteuse dans les trois premiers chapitres : on assiste à des rebondissements multiples."www.huffingtonpost.fr
CHALANDON Sorj
LE QUATRIÈME MUR, roman, Éditions Grasset &Pasquelle, 2013, 327 pages
" LE livre de la rentrée auquel on aurait dû donner le Goncourt, le Renaudot, le Médicis, l'Interallié et pourquoi pas le Fémina..." Pierre Foglia, La Presse, Québec, Canada
Il a cependant remporté le Prix Goncourt des Lycéens 2013
Un roman brillant, émérite, remarquable autant par le style d'écriture élevé, pur de l'auteur que par la composition imposante, maîtrisée de l'histoire de base du roman. Une composition théatrâle élaborée car il s'agit d'un projet de mise en scéne d'ANTIGONE de Jean ANOUILH présentée par temps de guerre au Liban, début des années 1980.
Telle une mise en scène de théâtre l'auteur nous met en projet, nous intègre à son élaboration, personnage par personnage, scène par scène , nous connaissons le but et les moyens à prendre pour le réaliser.
Un projet rassembleur, de tolérane, de paix en temps de conflit, de guerre dans une région dominée par des groupes religieux asservis par des haines ancestrales: Les Libanais, les Phalangistes, les Palestiniens, les Chiites.
Antigone est une tragédie d'origine grecque de Sophocle. Les guerres sont des tragédies.
Chaque guerre a une fin tragique et brutale.
Les combattants de toutes allégeances tuent des populations entières et se font aussi illiminés. La loi du Tallion, oeil pour oeil, qu'il s'agisse d'enfants, de femmes, de vieillards de part et d'autre. La haine engendre la haine, l'extermination, la mort.
" Leurs enfants, qui seront nos ennemis demain. Leurs vieillards. Allons-y ! Les laisser vivre, c'est renforcer leurs rangs. Pensez aux martyrs de Damour. Sang pour sang."
" L'antinationalisme. C'est le luxe de l'homme qui a une nation."
" Le quatrième mur, c'est ce qui empêche le comédien de baiser avec le public. Une façade imaginaire, que les acteurs construisent en bord de scène pour renforcer l'illusion. Une muraille qui protège leur personnage. Une clôture invisible, qu'ils brisent parfois d'une réplique s'adressant à la salle."
" Faire sourire le prolétariat était une bagarre comme une autre."
" Nous étions frères de violence. Alors non.Ne pas crier à la férocité. Surtout pas. Racisme, antisémitisme, mépris de l'autre. Leur idées étaient des menaces à combattre. Comme leur haine du présent, leur dégoût de l'égalité, leur aversion de la différence. Tout cela est de la sauvagerie pure."
" Je défendaiss un projet que je n'avais pas initié mais j'exécutais les dernières volontés d'un mourant. Et pour lui, cet homme, cet ami, ce frère, j'étais prêt à prendre tous les risques."
" Jouer un rôle est mentir. C'est lié au péché. Il estime que celui qui imite un groupe sera considéré comme faisant partie de ce groupe."
Un roman brillant. Un auteur remarquable à découvrir sans faute.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
"Jeune étudiant gauchiste et pro-Palestinien, le narrateur a pour meilleur ami un juif grec amoureux de théâtre, Sam. Malade en phase terminale, ce dernier lui soumet comme dernière volonté de montrer la pièce «Antigone» de Jean Anouilh à Beyrouth, en 1982, alors que la guerre civile fait rage. Le projet est insensé, fou, magnifique: permettre le temps d'une représentation de réunir sur scène des Chrétiens, des Chiites, des Palestiniens ou encore des Druzes."
"Son dernier roman en date est une oeuvre d'une force rare qui parvient à mêler la petite histoire à la grande Histoire, l'intime à la politique et la tragédie grecque revisitée par Jean Anouilh à la guerre civile au Liban. «Le Quatrième mur» évoque aussi la désillusion d'une génération et sonne la perte des valeurs morales et idéologique face à l'absurdité et l'horreur du monde. C'est souvent d'une beauté à pleurer - surtout lors des passages au Liban -, et quand il nous fait vivre le jour d’après le massacre des camps palestiniens de Sabra et Chatila commis à Beyrouth en 1982, on a la gorge nouée et la rage au ventre. Une envie d'hurler le désespoir du monde comme le héros du roman."
"Sorj Chalandon a obtenu ce jeudi le très réputé Goncourt des lycéens pour «Le Quatrième mur», aux éditions Grasset. Une juste récompense pour le journaliste, ancien reporter de guerre pour «Libération» de 1973 à 2007, prix Albert-Londres en 1988 et qui écrit depuis 2009 dans «Le Canard enchaîné».
"On ne sort pas indemne du dernier livre de Sorj Chalandon"
"Humaniste, oui, parce qu’en n’esquivant rien de l’atrocité et de la brutalité des actes des homme, Sorj Chalandon, qui donne beaucoup de lui-même à son personnage Georges, réussit au cœur de ce désastre humain à faire survivre la bonté ( ce n’est pas un gros mot ni un mot niais) et l’espoir.
De la première page à la dernière, mon cœur a tapé fort et mon ventre m’a fait mal, mais pas seulement dans la description de la réalité de l’horreur de la guerre, celle de l’enfer du martyr des femmes, vieillards et enfants de Chatila, ni celle de la violence ordinaire des combats d’idées, ou de la haine que l’on trouve toujours à justifier au nom de l’engagement et des convictions, non, pas seulement donc car l’écriture est si acérée, que chaque mot, chaque geste, précis et sobres font mouche. Chalandon balance les mots comme les snipers les balles, sans qu’on s’y attende, mine de rien au détour d’une phrase leur puissance nous fait vaciller."
"Ce livre fait partie des textes essentiels, profondément humanistes que l’on oublie jamais et qui devraient aider à guider les consciences et combattre les certitudes. A employer aussi les bons mots et les bonnes expressions. Par exemple, comprendre qu’entre le slogan "Palestine vaincra" et "Palestine vivra" , il y a une différence avec toutes ses composantes. Et que celui qui hurle CRS SS n’a certainement jamais rencontré le nazi Alois Brunner." www.salon-litteraire.com
Jean TEULÉ
FLEUR DE TONNERRE, roman, Julliard, 2013, 282 pages
Roman réussi et impressionnant de Jean TEULÉ. Une écriture fluide, pathétique, précise. L'écriture est directe, sans état d'âme superflu, sans émotion spontanée, sans règles sociales, sans morale religieuse.
Ce qui pourrait nous sembler être une légende bretonne de 1804 est de fait une cause célèbre de l'empoisonneuse bretonne Hélène JÉGADO.
L'auteur décrit un personnage du passé insaisissable, phénoménal, dénué de morale avec une véritable carrière criminelle.
Chaque fois, après un méfait, elle quitte spontanément sa victime: elle part rapidement pour une autre ville, ne revient jamais au même endroit.
Tout drame humain prend souvent sa source dans une expérience vécue de vie personnelle, de son passé, de son enfance: un être témoin d'un drame.
Un roman de grands frissons. Nul n'y verse une larme. Drame ou rituel ?
" Les religions se succèdent en se pénétrant. La nouvelle prend le dessus en avalant l'ancienne qu'elle digère avec le temps."
" Malheur à ceux qui ouvriront leur porte à sa carrière de mort."
" Malgré son état trébuchant, bissac sur l'épaule, elle va au crime d'un pas résolu tout en chialant son chagrin d'amour"
" Elle, tout le jour, pudeur, calme, respect, silence et vigilance, fait avec simplicité son humble devoir de pauvre âme à tout faire mais la nuit ..."
"Un mauvais ange t'a mise sur mon chemin. À quelle force irrésistible aura-t-elle cédée?"
" Fleur de tonnerrre apaise ses sourcils crispés, lui ferme les yeux du souvenir."
" Mon ouvrage est fait. Je crains d'être accusée par la rumeur publique de ces cadavres. Partout où je vais, la mort me suit."
" En général, je suis surtout exposée à me dégoûter de moi-même. Les cadavres marquent ma route. J'ai si peu de goût pour le monde vivant. "
"Elle tue qui elle croise. C'est un fléau. Elle est insaisissable."
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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POUR EN SAVOIR DAVANTAGE: résumé
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Jean TEULÉ
FLEUR DE TONNERRE, roman, Julliard, 2013, 282 pages
Roman réussi et impressionnant de Jean TEULÉ. Une écriture fluide, pathétique, précise. L'écriture est directe, sans état d'âme superflu, sans émotion spontanée, sans règles sociales, sans morale religieuse.
Ce qui pourrait nous sembler être une légende bretonne de 1804 est de fait une cause célèbre de l'empoisonneuse bretonne Hélène JÉGADO.
L'auteur décrit un personnage du passé insaisissable, phénoménal, dénué de morale avec une véritable carrière criminelle.
Chaque fois, après un méfait, elle quitte spontanément sa victime: elle part rapidement pour une autre ville, ne revient jamais au même endroit.
Tout drame humain prend souvent sa source dans une expérience vécue de vie personnelle, de son passé, de son enfance: un être témoin d'un drame.
Un roman de grands frissons. Nul n'y verse une larme. Drame ou rituel ?
" Les religions se succèdent en se pénétrant. La nouvelle prend le dessus en avalant l'ancienne qu'elle digère avec le temps."
" Malheur à ceux qui ouvriront leur porte à sa carrière de mort."
" Malgré son état trébuchant, bissac sur l'épaule, elle va au crime d'un pas résolu tout en chialant son chagrin d'amour"
" Elle, tout le jour, pudeur, calme, respect, silence et vigilance, fait avec simplicité son humble devoir de pauvre âme à tout faire mais la nuit ..."
"Un mauvais ange t'a mise sur mon chemin. À quelle force irrésistible aura-t-elle cédée?"
" Fleur de tonnerre apaise ses sourcils crispés, lui ferme les yeux du souvenir."
" Mon ouvrage est fait. Je crains d'être accusée par la rumeur publique de ces cadavres. Partout où je vais, la mort me suit."
" En général, je suis surtout exposée à me dégoûter de moi-même. Les cadavres marquent ma route. J'ai si peu de goût pour le monde vivant. "
"Elle tue qui elle croise. C'est un fléau. Elle est insaisissable."
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
www.livresentee.vip-blog.com
POUR EN SAVOIR DAVANTAGE: résumé
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JEAN Michel
UNE VIE À AIMER, roman, Libre Expression, 2010, 219 pages
Un roman touchant d'une écriture fine, sensuelle, sensible. Un roman qui ne laisse pas indifférent car cet homme hors dimension pourrait être chacun d'entre nous dans un futur prochain ou lors d'un accident foudroyant. Une histoire d'une grande humanité. Un arrêt forcé dans le temps, le temps d'y réfléchir, d'y penser comme acteur et victime.
Un roman émouvant, saisissant car " parfois une pognée de secondes valent une vie. Despoussières de temps qui peuvent lui donner un sens."
Roman bien construit, envoûtant autant par ses événements consécutifs que par l'écriture vertigineuse de l'auteur.
" Dès le réveil , un sentiment d'urgence me serrait le ventre et me poussait en avant. Bouger. Et vite. C'était ma vie. Avant. Maintenant, je vis dans l'attente."
" Je suis réduit au silence. Et au rôle d'observateur, impuissant de ma pauvre vie."
" Les duels où ce n'est pas le plus fort qui l'emporte, mais le plus vif."
" C'est lorsqu'elle dort qu'une femme est la plus belle."
"Un baiser et j'étais convaincu que rien ne nous séparerait plus. Que le plaisr de cette étreinte resterait notre bien le plus précieux."
" Parfois pourtant, la rage roule sur moi comme une déferlante."
"Quelle expression de l'amour peut être plus belle et plus noble que deux êtres indépendants qui se retrouvent pour vivre des moments importants ensemble?"
"La cuisine constitue une preuve de civilisation. Manger représente plus qu'un plaisir."
" Parfois les corps expriment mieux les choses que les mots."
" La nuit et ses silences m'aident à enrouler le fil de mes souvenirs puis à suivre leur tracce. Ce passé qui est ma vie. Oui, ma vie!!
" Dans l'univers d'Helen, je me sentais soulagé de mes angoisses. J'étais meilleur."
" Le sort m'avait dépouillé de mon humanité et cette femme me rendait à moi-mêmme. Je baignais déjà dans son parfum, une simple bouffée suffisait à chasser ma solitude."
Un roman dur par son réalisme, touchant par sa réalité et son écriture.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
www.livresentette.vip-blog.com
Pour en savoir davantage: RÉSUMÉ
" Marc-Antoine est un avocat qui a aimé. Aussi loin qu'il se souvienne, il a toujours recherché la compagnie des femmes. Il écoutait avec intérêt les conversations des amies de sa sœur aînée, tout comme celles de sa mère qui passait – avec les siennes – des heures à boire du café et à parler de leurs maris absents.
Son premier amour a laissé des traces. C'est si fragile, un cœur d'adolescent ! Mais ces premières expériences le préparaient à rencontrer son « Anglaise », son artiste, l'amour de sa vie. Puis survient le drame et Marc-Antoine est démuni. Il s'accroche tant bien que mal, et c'est au travail qu'il rencontrera sa jeune amoureuse, impétueuse, très différente et pas tout à fait libre. Elle sera sa dernière histoire d'amour connue… Car Marc-Antoine est paralysé. Il garde tous ses sens, sauf l'odorat. Pour le reste, son corps a oublié ou a simplement cessé de tenir compte du monde extérieur.
Une vie à aimer trace le portrait d'un homme qui jette un regard lucide sur le monde, sur les gens qu'il a rencontrés durant sa vie et, surtout, sur lui-même. C'est l'histoire d'un homme qui a aimé, qui a été aimé, qui aurait aimé que ça continue et qui, malgré son état, espère toujours." www.éditions-libreexpression.com