EN FINIR AVECC EDDY BELLEGUEULE, roman de Édouard LOUIS, 2014, jeune auteur de 21 ans
03/06/2014 14:06 par livresentete
LOUIS Édouard
EN FINIR AVEC EDDY BELLEGUEULE, roman, SEUIL, 2014, 219 pages
Premier roman réussi d'un jeune auteur de vingt et un ans sur un sujet délicat et déstabilisant: devient-on pédé dès la naissance, sommes-nous pré destinés ?
Eddy a dès son enfance des traits, des allures, des comportements de fille: il a une voix claire et douce, une démarche avec un déhanchement féminin, il suit sa mère comme son ombre, il n'aime pas les sports.
Dès son entrée scolaire, les autres élèves, surtout les garçons le traitent de pédé et lui crachent au visage. Ses parents sont à faible revenu, d'un milieu culturel sous la moyenne, voire pauvre genre son père est travailleur à l'usine depuis l'âge de seize ans.
Il devient, dès le cycle primaire scolaire, la victime des garçons en peu plus âgé que lui. Il ne passe inaperçu et devient le souffre-douleur de son école.
Un roman touchant sur les conditions de vie d'un jeune enfant déjà victime de ses prédispositions à l'homosexualité malgré lui, il est la honte de son père, rejet de son milieu social. Il est déjà jugé, condamné, perdu.
Dès l'âge de dix ans il fut initié à la sodomie par son cousin de quinze ans et deux autres de ses copains d'école. Ils furent surpris par sa mère. Le drame prenait de l'ampleur.
Un jeune auteur de talent, une écriture émouvante, impressionnante.
Un must à découvrir sans faute pour le sujet et la qualité de l'écriture du jeune auteur.
Gilles Lagrois, Auclair, québec
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" Je devais ne plus me comporter comme je le faisais et l'avais toujours fait jusque-là. Surveiller mes gestes quand je parlais, apprendre à rendre ma voix plus grave, me consacrer à des activités exclusivement masculines. Jouer au football plus souvent. ..
Aujourd'hui je serai un dur... comme on peut faire une prière...je pleure parce que je trouve cette phrase ridicule et hideuse et qui fut au centre de mon existence"
" Devenir un garçon passait nécessairement par les filles."
Pour en savoir davantage:
"De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. Je ne veux pas dire que jamais, durant cesannées, je n’ai éprouvé de sentiment de bonheur ou de joie. Simplement la souffrance esttotalitaire : tout ce qui n’entre pas dans son système, elle le fait disparaître. Dans le couloir sont apparus deux garçons, le premier, grand, aux cheveux roux, et l’autre, petit, au dosvoûté. Le grand aux cheveux roux a craché Prends ça dans ta gueule.
Le crachat s’est écoulé lentement sur mon visage, jaune et épais, comme ces glaires sonoresqui obstruent la gorge des personnes âgées ou des gens malades, à l’odeur forte etnauséabonde. Les rires aigus, stridents, des deux garçons Regarde il en a plein la gueule ce filsde pute. Il s’écoule de mon œil jusqu’à mes lèvres, jusqu’à entrer dans ma bouche. Je n’ose pasl’essuyer. Je pourrais le faire, il suffirait d’un revers de manche. Il suffirait d’une fraction de seconde, d’un geste minuscule pour que le crachat n’entre pas en contact avec mes lèvres,mais je ne le fais pas, de peur qu’ils se sentent offensés, de peur qu’ils s’énervent encore un peuplus."
" Un sentiment d’impuissance, de perte d’équilibre. J’ai souri – et le mot pédé qui résonnait,explosait dans ma tête, palpitait en moi à la fréquence de mon rythme cardiaque.
J’étais maigre, ils avaient dû estimer ma capacité à me défendre faible, presque nulle. À cet âgemes parents me surnommaient fréquemment Squelette et mon père réitérait sans cesse lesmêmes blagues Tu pourrais passer derrière une affiche sans la décoller. Au village, le poidsétait une caractéristique valorisée. Mon père et mes deux frères étaient obèses, plusieursfemmes de la famille, et l’on disait volontiers Mieux vaut pas se laisser mourir de faim, c’estune bonne maladie."
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LHOSTIS Christian-Yves
LA DOUCEUR INATTENDUE DE L'HIVER, H&O Éditions, roman 2006, 238 pages
Roman prenant sur la condition humaine, de l'homme bisexuel qui cherche à faire le point sur sa vie personnelle, de couple et familiale. Roman écrit dans un style éclatant, posé, harmonieux. Le personnage principal Daniel cherche à faire le point sur sa relation avec sa conjointe et surtout sur sa vie intime et sexuelle avec les hommes qu'il désire encore rencontrer. Il n'a pas encore avoué à la femme qui partage sa vie son orientation bisexuelle passée et ses désirs secrets homosexuels.
Un roman consciencieux, impartial sur une réalité de couple dérangeante, la bisexualité.
" AU FOND, SEULE IMPORTE L'APPARENCE, SEULS IMPORTENT LES MASQUES PUISQUE, CHEZ AUTRUI, CE SONT EUX QUI NOUS ATTIRENT, NOUS ÉMOUSTILLENT, PUIS LE CAS ÉCHÉANT NOUS MANQUENT."
" Il m'a fallu du temps pour accepter mon homosexualité. J'avais alors 35 ans, j'étais marié, des enfants. Ce n'est pas une situation simple... J'ai fait des rencontres, je me suis documenté, pour comprendre ce qui m'arrivait... Echanger avec des personnes dans ma situation. Comprendre comment j'ai pu me cacher la vérité à ce point pendant toutes ces années? Alors que je connaissais mes désirs, que j'avais tous les éléments pour comprendre qui j'étais."
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
Pascal Éloy écrit à propos de cet ouvrage dans La Référence :
"Il s’agit d’un ouvrage profondément humain qui met en évidence la difficulté de vivre en se mentant à soi-même et en trompant les autres. Il est impossible de toujours tenir le rôle de l’homme marié, irréprochable, et, en même temps, d’avoir un amant et de vouloir oser cette facette de sa personnalité. Un jour, l'explosion survient au moment où on s'y attend le moins et il n'y a plus qu'une seule chose à faire : assumer. Il est parfois difficile de s'avouer gay, mais quelle paix quand le pas est franchi !"
Publié dans : Romans gays sur l'homosexualité d'un homme marié
Qui n’a jamais eu envie de tout laisser pour faire un break, faire le point? Faute de vouloir effectivement le faire(?), suivez Daniel qui prend congé de son travail, de sa femme, de son coin de Bretagne pour quelques mois.
“La quarantaine bien sonnée, à l’abri du besoin et père de famille, je ne m’étais pas encore vraiment mesuré avec la vie. Encore jeune à mon sens mais déjà vieux schnock pour Aurélie et Thomas, je n’avais au mieux que de vagues projets. Je n’avais aucun but, aucun autre objectif que de gagner de l’argent. La belle affaire n’est-ce pas... Etait-ce pour autant dans une totale indifférence que je me préparais à gâcher mes meilleures années? J’étais là, parmi vous, comme une ombre sur un mur, à peine présent.”
La crise de la quarantaine? Le besoin de faire le point sur ses sentiments pour sa femme Cathie? Le besoin de clarifier d’autres désirs, têtus? L’envie de retrouver l’adolescent qu’il était... amoureux d’un lointain cousin “espiègle et déluré qui atteignait à chaque coup sa cible...” Daniel part à la recherche de tous ces souvenirs qui nous disent “Oui, tu étais DEJA comme ça, et tu ne pouvais l’ignorer.”
“Je savais qui j’étais alors, c’était clair, j’avais néanmoins tout mis en oeuvre pour éviter d’en tenir compte et dévier de ma route, Cathy, m’abuser sur moi-même, t’entraîner dans ce désastre, soudain je me raidissais d’incompréhension, animé par le sentiment d’un gâchis insupportable...”
Ce roman nous dit la difficulté de la quête de soi...
“Le plus légitime et le plus irréfutable de nous-même est une chambre obscure. Nous y progressons pas à pas, à tâtons, les souffles s’emmêlent, la lumière se fait sous nos doigts, nos doigts émerveillés.. http://www.un-chemin-d-acceptation-de-soi.com/
SAN ANTONIO
CÉRÉALES KILLER, roman, Fleuve Noir, 2001, 241 pages, son dernier roman
Un roman du genre polar rempli d'humour, d'une intelligence affinée, de mots de vocabulaire néologisme inventifs, orduriers , grossiers, de manies sexuelles comblées, d'une gourmandise démesurée.
Une narration d'aventures spectaculaires riches en épisodes imprévues, une longue histoire compliquée qui nous entraîne, nous maintient en haleine, le souffle coupé.
Un roman de San Antonio époustouflant.Un must pour qui aime le genre.
Un dernier roman à la hauteur du talent invraisemblable de San Antonio rempli de fantasmes rarement ainsi exprimés.
Un maître dans le genre humour, argot, sans gêne sexuelle et sociale. Tout est permis à un auteur de haut calibre.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
"Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un S-A,
Je retrouve tout les ingrédients, beaucoup de jeu de mot, des meurtres, un trafic de drogue, et de la fesse ! (à croire que pour Béru, c'est d'une facilité déconcertante de pouvoir se "taper" toutes les femmes qui passent à ses côtés).
En conclusion, un bon moment de lecture sans se prendre la tête." www.babelio.com
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Frédéric Dard (1921-2000) publie son premier livre en 1940, mais c'est neuf ans plus tard, avec la création de son personnage-pseudonyme San-Antonio, qu'il connaîtra la fortune et la gloire : des centaines de romans publiés, 250 millions de livres vendus. Des succès sans précédent comme : L'Histoire de France vue par San-Antonio (1964) etLa Vieille qui marchait dans la mer(1988). L'œuvre colossale de Frédéric Dard se complète de collaborations au théâtre, à la télévision et au cinéma. www.fleuve-éditions.fr
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LEON Donna
CURIOSITÉS VÉNITIENNES, calmann-lévy, 2013, 66 pages, avec un CD de Vivaldi
La romancière raconte sept légendes sur l'histoire de Venise. Avec sur le CD des morceaux de Vivaldi en rapport, interprétés par le Complesso barocco.
Résumé :
" Dans une ville au passé aussi riche que Venise, les légendes se transmettent de génération en génération et constituent les fondements, sinon les emblèmes de son identité.
Dans ces Curiosités vénitiennes, Donna Leon rassemble les plus étonnantes de ces histoires : un éléphant apporté lors du carnaval sème la panique dans la Sérénissime avant de se réfugier dans une église ; les autorités de la ville embauchent des prostituées pour endiguer l'homosexualité ; des innocents sont condamnés à mort ; un joueur invétéré mise le palazzo familial.
A travers une introduction et sept récits, Donna Leon nous régale d'anecdotes charmantes et nous révèle quelques coutumes locales d'autrefois et d'aujourd'hui. Ces Curiosités vénitiennes comportent de très belles illustrations et, comme Le Bestiaire de Haendel, ce livre s'accompagne d'un CD, d'Antonio Vivaldi, cette fois. A chaque histoire correspond un morceau, magnifiquement interprété par Il Complesso Barocco.
Images, textes, musique : venez explorer dans l'harmonie l'une des plus belles villes du monde. Avec cet ouvrage, elle associe deux de ses passions, Venise et Antonio Vivaldi, interprété ici par l'ensemble Il Complesso Barocco, dirigé par Alan Curtis. "
www.babelio.com
Selon moi, Curiosités vénitiennes est en quelque sorte « l'apéritif », et, met l'eau à la bouche, et, donne envie d'en apprendre davantage sur les légendes entourant Venise.
En ce qui me concerne, c'est à lire et/ou à découvrir.
Des histoires qui donnent à réfléchir et nous relatent des faits passés inconnus depuis le XV11 siècle de Venise la belle cité de la culture de l'époque.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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TARTT Donna
LE CHARDONNERET, roman, frissons, Feux Croisés, PLON, 2014, 787 pages, Prix PULITZER
Un grand roman de Donna TARTT, un grand pavé, tout un pavé dans une écriture à couper le souffle, un souffle soutenu, à nous faire frissonner. Un roman à découvrir, une auteure à côtoyer pour la qualité de son oeuvre et une écriture déchirante, intime, unique et troublante.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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" Le plus important c'était la sensation, une somptueuse et douce lame de fond, si impérieuse que, en cours, dans le bus qui m'emmenait au collège, étendu sur mon lit à tenter de penser à quelque chose de rassurant ou agréable, à un environnement ou à une configuration ..."
" ... la main rassurante de Hobie sur mon épaule, une pression forte et réconfortante comme une ancre, m'informant que tout allait bien."
" Ma tête dans les nuages annonciateurrs de pluie, mon coeur dans le ciel."
" On n'a jamais trop de gentillesse dans le monde, hein ?
" Mais malgré tout je me sentais seul. Boris et ses pulsions désordonnées, sa noirceur, son imprudence, toujours à prendre des risques, démarrant au quart de tour sans récléchir."
" Je détestais le fait qu'il me manque autant."
Pour en savoir davantage:
Résumé
"Theo Decker a 13 ans. Il vit les derniers instants de sa vie d'enfant. Survivant miraculeux d'une explosion gigantesque en plein New York, il se retrouve seul dans la ville, orphelin, et se réfugie chez les parents d'un ami pour échapper aux services sociaux. Tout ce qui lui reste de sa mère, c'est une toile de maître minuscule qui va l'entraîner dans les mondes souterrains et mystérieux de l'art."
www.renaud-bray.com
À 50 ans, l'Américaine née à Greewood, Mississippi, étudiante à Bennington College en compagnie d'un certain Bret Easton Ellis, est entrée en littérature en 1992 avec Le Maître des illusions, premier roman et succès international suivi, dix ans plus tard, par Le Petit Copain. Il faudra encore attendre dix ans avant que cette jeune femme secrète publie Le Chardonneret. Cet impressionnant roman de plus de 800 pages rencontra l'an dernier un succès colossal partout dans le monde.
www.lefigaro.fr
"Quand on interrogeait Donna Tartt sur le choix du Chardonneret, ce tableau de 1654 représentant un oiseau peint par le Néerlandais Fabritius, élève de Rembrandt et maître de Vermeer, comme fil rouge du roman, elle répondait: «Depuis le jour où je l'ai découvert, j'ai pensé tous les jours à ce tableau pendant des années. Il m'obsédait. Cela m'a confortée dans l'idée que le monde vient à moi par le regard plus que par l'oreille.» Ce génial trompe-l'œil d'un peintre célèbre en son temps présente deux détails essentiels aux yeux de l'écrivain: l'oiseau sur son perchoir est entravé par une fine chaîne. Et le tableau a survécu au gigantesque incendie de Delft dans lequel périt son créateur. www.lefigaro.fr
" Trois siècles plus tard, Donna Tartt a imaginé que Le Chardonneret tombe entre les mains du jeune Theo le jour où un attentat souffle plusieurs salles d'un musée new-yorkais et tue plusieurs personnes dont sa mère. À partir de là, le lecteur va suivre les tribulations de Theo, d'abord dans une famille d'accueil aisée de la 5e Avenue. Puis à Las Vegas où son alcoolique de père, qui les avait abandonnés sa mère et lui, l'emmène vivre dans une résidence au bord du désert.
Là, il fera la connaissance de Boris, également livré à lui-même, grande gueule, consommateur d'alcool et de drogues. Ces deux-là vont nouer une amitié intense, par moments amoureuse, mise entre parenthèses par un nouveau drame qui poussera Theo à quitter Vegas et à regagner New York où il fera son trou dans le monde des antiquaires, transportant avec lui son précieux tableau.
À la fois témoin de son passé, fil à la patte qui le protège tout en l'exposant aux dangers, image mystérieuse qui l'obsède et l'effraie.
Roman de la solitude et de l'amitié, des métamorphoses et des faux-semblants, hommage au roman d'apprentissage à la Dickens mais aussi à la noirceur dostoïevskienne, thriller littéraire d'une grande efficacité, Le Chardonneret est une histoire qui envoûte et s'empare du lecteur avec une force irrésistible.
Une réussite qui tient beaucoup à l'écriture, variée, changeante, surprenante et aux personnages, charpentés, consistants, crédibles. À sa sortie, aux États-Unis, le livre fut notamment soutenu par Stephen King, qui salua dans le New York Times l'impressionnant talent de son auteur qu'il résuma en deux mots:«Un triomphe»."
www.lefigaro.fr
TESSON Sylvain
S'ABANDONNER À VIVRE, Gallimard, nouvelles,2014, 220 pages
Sylvain Tesson nous propose des nouvelles de divers pays, La Sibérie, La Russie, l'Afghanistan, la France, le Maroc, la Norvège, l'Islande et autres qui nous incitent selon des circonstances de vie où parfois il vaut mieux lâcher prise car lorsque de toute façon les dés sont jetés ou pipés, il vaut mieux s'abandonner à vivre et survivre.
La résilience devient non pas un choix mais une condition de survie car alors la résilience est le seul moyen de l'individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances incontrôlables et traumatiques qui dynamitent notre vie.
Les circonstances peuvent être personnelles, sociales, politiques mais généralement économiques et financières.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
Collection Blanche, Gallimard
Parution : 02-01-2014
"Devant les coups du sort il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre. C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs, ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit." L'éditeur
" S'abandonner à vivre, précepte karmique des bouddhistes et hindouistes ou fatalisme slave?
Après le succès de son récit dans les forêts de Sibérie, Sylvain Tesson renoue avec un genre qu’il affectionne, la nouvelle.
Devant les coups du sort, il n'y a pas trente choix possibles. Soit on lutte, on se démène et l'on fait comme la guêpe dans un verre de vin. Soit on s'abandonne à vivre.
C'est le choix des héros de ces nouvelles. Ils sont marins, amants, guerriers, artistes, pervers ou voyageurs. Ils vivent à Paris, Zermatt ou Riga, en Afghanistan, en Yakoutie, en Russie, au Sahara. Et ils auraient mieux fait de rester au lit.
On retrouve dans ce nouvel opus les paysages et les situations exotiques propres à l’imaginaire de l’auteur.
Tous ces textes (19 au total) tirent leur force des personnages singuliers qu’ils révèlent, autant que des inflexions de vérité que l’on perçoit dans la manière d’écrire de Sylvain Tesson. Tout ici est plus ou moins directement inspiré d’une expérience vécue par l’auteur, puis ressaisi par la fécondité de son imagination et son talent de conteur toujours plus vigoureux et affûté. "
www.lescinqcontinents.com
Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997.
Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’axe du loup (Robert Laffont).
De lui, les Éditions Gallimard ont notamment publié Une vie à coucher dehors(collection blanche, 2009, Folio n° 5142), Prix Goncourt de la nouvelle, et Dans les forêts de Sibérie, Prix Médicis essai (collection blanche, 2011, Folio n° 5586).
RUFIN Jean-Christophe
LE COLLIER ROUGE, roman, Gallimard, 2014, 153 pages
Un autre roman efficace de Rufin sur la condition humaine, cette fois-ci par temps de guerre. L'auteur attache de l'importance au dialogue, à l'importance de se parler, de s'exprimer avant de juger. Il ne faut jamais déduire sans preuve, sans conviction sinon nous risquons de passer à côté de l'amitié, de l'amour, de rater sa vie et de gâcher celle de l'autre.
Ici un chien joue un rôle important par sa présence continue et sa fidélité aux personnes qui lui accordent une attention.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
La guerre dans le regard d'un chien
"Un héros de la guerre 14-18, Jacques Morlac est retenu prisonnier pour avoir commis un acte de provocation contre la nation, un juge militaire, Hugues Lantier du Grez, dont c'est la dernière mission avant de retourner à la vie civile est chargé d'instruire l'affaire et de déterminer la responsabilité réelle de Morlac, le juge aimerait bien pouvoir être clément avec l'accusé pour terminer sa carrière de juge militaire de manière positive n'ayant pas pu être autant indulgent qu'il aurait voulu. La tâche est délicate surtout que le prévenu se charge un maximum, il refuse de déclarer qu'il était ivre, c'est faux mais ça excuserait en partie son geste, et de faire des excuses publiques, et que dans cette ville du Berry frappée par la canicule, le chien de Morlac ne cesse d'aboyer devant la caserne convertie en prison.
Ce roman de Jean-Christophe Rufin tiré d'une anecdote racontée par un de ses amis, mélange plusieurs genres, on y trouve une enquête policière, la quête de vérité du juge fait penser à une enquête de Maigret et on ne sait vraiment qu'à la fin la vérité, un drame sur le non-dit et une peinture de cette période même si ce n'est pas un roman sur la première guerre mondiale, il se passe après la guerre mais celle-ci y est évoquée, une réflexion sur la fidélité, sur l'héroïsme et sur l'orgueil. Plus court que d'autres romans de Rufin, 160 pages en comparaison avec des livres de l'auteur comme " le Grand Cœur" qui fait 600 pages, l'auteur arrive à peindre ses personnages en peu de mots et leur donner une humanité et un vécu qui les rend proches du lecteur, on est dans ce huis-clos avec eux et on découvre la vérité en même temps que le juge. Un très bon moment de lecture."
DELISLE Michael
LE FEU DE MON PÈRE, récit, Boréal, 2014, 122 pages
Récit touchant de l'auteur, poète et écrivain qui a vécu une enfance terrible, traumatisante auprès de parents atypiques: une mère alcoolique, déséquilibrée et insouciante du bien-être de ses enfants, un père autoritaire, violent ayant une carrière de malfaiteur. Le feu ici représente une arme et non un sentiment d'amour paternel.
" Je ne me souviens pas du soir de l'hiver 1959 quand mon père a visé ma mère avec son feu, mais les relations successives de cette scène ont figé l'événement en icône et je m'y réfère désormais pour repenser ma place entre les deux.
Un corridor obscur.
À l'ouest, mon père armé.
À l'est, ma mère éméchée.
Nu, je la protège du canon paternel. Elle m'offre en sacrifice. Il est sur le point de nous tuer tous les deux. Il a le tempérament pour le faire. Soudain, un éclair déchire tout. C'est l'intervention divine, le revirement de dernière seconde.
Ou était-ce seulement la violence de mon cri? J'ai pris ma place et le crime n'a pas eu lieu.
J'ai tant annoté la question du père que j'étouffe sous le poids des pages. Je vois tous les aspects, je les repasse et j'arrive au point où je ne peux plus bouger. On ne traverse pas quand tous les signaux s'allument en même temps. Si j'avance, c'est parce que, dans un élan de colère , j restreins ma vision à un seul plan. Je prélève un point et le place plus haut que les autres. "
Un RÉCIT écrit dans un style spontané, éclatant, illuminé qui nous émeut, nous donne la chair de poule, un récit de grands frissons et d'émotions manifestes.
Gilles Lagrois, Auclair, Québec
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Pour en savoir davantage:
" Quand Michael Delisle était enfant, ses « oncles », c’est-à-dire les amis de son père, ne disaient pas « arme » mais morceau ou de façon plus métonymique,feu. « J’avais mis mon feu dans le coffre à gant. » « Il s’est débarrassé de son feu. » « Oublie pas ton feu. » Dans ce poignant récit, le poète se remémore son père, le bandit devenu chrétien charismatique, l’homme violent qui ne parlait plus que de Jésus, l’homme détesté qu’on ne peut faire autrement qu’aimer, en dépit de tout.
La question qui revient éternellement est celle-ci : où va le feu ?
Et la question me revient au chevet de mon père. Je passe mon doigt sur son vieux tatouage de marin (une ancre avec les lettres MN pour merchant navy) qui n’est plus qu’une pastille noire et floue. Ces cellules sont aussi les miennes. Je reconnais la parenté organique et l’odeur qui monte de son corps : un parfum de vieux drap gorgé de phéromones. Cet encens sébacé est mon seul lien avec cet homme, le seul que je reconnaisse."
Cet animal m’a donné la vie.
Michael Delisle est poète, romancier et nouvelliste. Il est lauréat du prix Émile-Nelligan (Fontainebleau, 1987) et du prix Adrienne-Choquette (Le sort de Fille, 2005).
« Un livre sombre, mais beau et grand. [..] Il y a là une grande et infinie douleur, des phrases évocatrices. J’ai été profondément touchée par ce livre-là. »
Patricia Powers - Chez nous le matin / Radio-Canada
« Avec son écriture percutante, le poète, romancier et nouvelliste parle de son père et de la relation amour-haine qu'il a entretenue avec lui. »
Josée Lapointe - La Presse
« Un écrivain remarquable. C’est magnifique. »
Marie-Louise Arseneault - Plus on est de fous plus on lit / Radio-Canada
« Voici une œuvre à marquer d’une croix, un ouvrage clé. Certainement un livre unique… »
Danielle Laurin, Le Devoir
MOREAU Guy
L'AMOUR MALLARMÉ, roman, VLB, 1999, 289 PAGES
Roman dont le sujet est la déception amoureuse de François, un jeune homme de dix-sept ans dont le surnom était Mallarmé: " C'est un nom comme un autre. Ils ont commencé à m'appeler comme ça quand j'étais tout petit parce que je bégayais tellement des fois on aurait dit une mitrailleuse. Le surnom m'est resté."
Mallarmé est amoureux de Sonia, une jeune fille de dix-neuf ans. Mallarmé réagit fortement à la présence de Sonia, il se bâtit un roman d'amour, il rêve d'elle dans sa vie future, la voit comme une déesse et tremble de ferveur en sa présence. Mais étant réservé et incompris il ne manifeste pas son amour ouvertement à Sonia.
Il souffre en silence, recherche ardemment sa présence, les occasions de la cotoyer. Son amour non déclaré devient vite une souffrance, une obsession.
Des pensées malsaines l'habitent, des scénarios morbides et déplacés l'habitent qui sont rapidement nourris de rancune, de colère, de jalousie, de tristesse aigüe.
Un style d'écriture pétillant et enjolivé d'expressions et de mots de vocabulaire de son milieu à la québécoise. Un monde de l'adolescence à découvrir, un auteur à accompagner dans un roman touchant et bouleversant par son réalisme.
Gilles Lagrois, Aulair, Québec
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" ...j'étais brûlé, vanné mais c'était pas tellement physique, c'était mental, j'en pouvais plus de penser en rond."
" On aurait dit que la nuit allait tomber sur ma vie,"
" Dehors il faisait chaud. Le soleil brillait en fou. Mais je voulais pas sortir de ma chambre, je voulais surtout pas sortir. Je voulais rester là. Je me sentais pas normal."
" Je savais maintenant pourquoi on disait blanc de peur. Je devais êtrre blanc comme un vampire...tout le monde verrait la folie qui se pointait dans mes yeux,...la terreur dans mes gestes."
" Moi si j'étais Dieu, j'aurais mis des animaux sur terre juste pour savoir comment je devrais agir avec les humains."
Pour en savoir davantage:
«[...] j'ai aperçu un bout de papier sur la table à côté de moi. Je l'ai pris et je l'ai lu.
C'était l'écriture de Sofia et c'était écrit Sait-tu seulement combien je t'aime?
Durant une seconde de folie douce j'ai pensé que Sofia avait mis le mot sur la table pendant que j'avais les yeux fermés. Mais ça se pouvait pas. C'était pas pour moi, ce mot. Ça serait trop beau. Jézucri que ça serait beau! C'était à Raf qu'elle avait écrit ça. Le mot était pour l'autre, celui qui l'aimait pas assez et qui l'aimait trop. Pour Raf!»
François, dit Mallarmé, a dix-sept ans et vit une passion amoureuse qu'il ne peut avouer; ce sera pour lui l'été paradisiaque et l'été infernal, l'été de grâce et celui de la déchéance. Le récit de ses déboires donnera au lecteur une chronique savoureuse, d'un style audacieux et insolent. Il a le parler raboteux, le Mallarmé. Il invente son propre langage, dont la syntaxe crée une étrange poésie, et il manie l'ironie et l'autodérision avec une verve enjouée."
www.felix.cyberscol.qc.ca